Critiques

Black Mountain

Destroyer

  • Dine Alone Records
  • 2019
  • 43 minutes
7,5

Il s’en est passé des choses dans la vie de Black Mountain depuis que la formation a fait paraître l’excellent IV il y a trois ans. Le groupe s’est fait voler la majeure partie de son équipement en Suède puis a subi le départ de la chanteuse Amber Webber et du batteur Joshua Wells. Hasard ou pas, la troupe menée par Stephen McBean revient avec un disque plus rock et moins prog, mais presque aussi solide.

On le sait depuis longtemps maintenant, Black Mountain a très bien assimilé le rock des années 70. La musique du groupe évoque autant le proto-métal à la Black Sabbath que le hard rock de Led Zeppelin, avec souvent un petit côté planant à la Pink Floyd. On n’appelle pas non plus un de ses albums IV si on souhaite éviter les comparaisons avec le Vol. 4 de Black Sabbath ou alors le ZoSo de Led Zeppelin.

Et nous voici rendus à Destroyer, cinquième chapitre dans la carrière de la formation vancouvéroise. L’album tire son titre d’un modèle de voiture de marque Dodge mis en circulation en 1985. Le communiqué accompagnant la sortie du disque parle aussi du fait que McBean ait finalement obtenu son permis de conduire, à l’aube de ses 50 ans, comme l’une des sources d’inspiration derrière ce Destroyer.

Sauf que Destroyer, c’est aussi le titre d’un album de Kiss lancé en 1976 et contenant les succès Detroit Rock City et Shout It Out Loud, devenus des classiques de char depuis. Même si le rock musclé de Black Mountain n’a que peu à voir avec le glam metal de Kiss, je doute fort que la référence soit accidentelle. En fait, McBean et ses acolytes (dont la chanteuse-guitariste Rachel Fannan qui prend la relève d’Amber Webber) livrent ici leur propre version d’un album de char, où les ambitions prog du précédent IV cèdent le pas à un hard rock beaucoup plus direct.

Ça démarre en trombe avec la puissante Future Shade, sans contredit un des meilleurs titres du répertoire de Black Mountain grâce à son riff énergique et à son savant mélange des voix de McBean et de Fannan. Placée ainsi en début d’album, la chanson est l’équivalent d’un char passant de zéro à 100 km/h en moins de deux secondes. Puis vient Horns Arising, qui se veut plus lente dans sa rythmique. Le tempo est pesant, comme celui d’un Hummer qui écraserait tout sur son passage. L’utilisation d’un effet électronique sur la voix de McBean offre un joli contrepoint au côté stoner rock de l’ensemble, malgré une théâtralité légèrement pompeuse.

L’autre fait saillant de l’album se nomme Licensed to Drive (oui, presque comme le film de 1988 qui mettait en vedette Corey Haim et Corey Feldman tentant de gagner le cœur de la belle Mercedes incarnée par Heather Graham, mais on s’égare ici…) La chanson débute sur un motif inquiétant au clavier qui reprend en fait un thème entendu plus tôt, sur la courte Closer to the Edge (à ne pas confondre avec le classique de Yes… on est davantage dans un truc à la Philip Glass que dans les envolées spatiales à la Rick Wakeman). L’image qui me vient en tête est celle d’une scène de course dans un film, quand les rivaux font chauffer leur moteur avant d’enfoncer la pédale de gaz. Puis, McBean nous lance un riff qui aurait pu figurer sur Countdown to Extinction de Megadeth. Oui, j’abuse des clins d’œil, mais c’est ce que j’aime de Black Mountain, ce côté référentiel tout à fait assumé.

Destroyer n’est pas non plus un disque parfait. Parce qu’il est plus brut que IV, il est aussi moins complexe et moins nuancé (une chanson comme High Rise tourne un peu à vide avec son riff répété ad nauseam). Mais compte tenu de tous les changements de personnel au sein du groupe, il faut saluer le travail de McBean qui offre malgré tout un album d’une grande cohésion. Le mérite en revient aussi au réalisateur John Congleton (The War on Drugs, Swans, St. Vincent) qui a su enrichir le son de Black Mountain sans le dénaturer. Bref, un beau modèle ce Destroyer.

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