Critiques

Black Midi

Schlagenheim

  • Rough Trade
  • 2019
  • 43 minutes
8,5
Le meilleur de lca

On aurait dû parler du premier album de Black Midi bien avant dans les pages du Canal Auditif. Et c’est ma faute, j’avais dit que je le ferais, et ça m’a pris des mois. Mais voici le texte enfin. Et il était temps, parce que l’album sera dans un paquet de listes de fin d’années dans quelques semaines à peine et le site aurait eu l’air d’avoir manqué le bateau. Mais j’y arrive. Voici donc.

Black Midi est un inventif quatuor de rock qui nous arrive d’Angleterre, plus précisément de Croydon dans la banlieue de Londres, plus précisément encore de la BRIT School, une université spécialisée dans les arts d’où sont sortis Amy Winehouse, Adele et l’acteur Tom Holland. Aucun de ces renseignements ne peut vous donner la moindre idée de ce que Black Midi peut faire comme beau vacarme.

Pour avoir une idée, il faudrait plutôt combiner les réactions qu’ont la plupart des gens en les entendant la première fois. C’est généralement une réaction en deux phases. La première se résume à : “Qu’est-ce que je viens d’entendre là, moi?”. La seconde est le réflexe naturel d’essayer de comparer à ce qu’on a déjà entendu. Et Black Midi renvoie une réflexion ciblée qui ne fait que refléter les connaissances et les goûts de l’auditeur. Une brève enquête dans les commentaires YouTube donne une liste de noms aussi variés que Talking Heads, Nirvana, Slint, Primus, Pere Ubu, The Police, Radiohead, NoMeansNo, Sonic Youth, This Heat, Swans, The Minutemen, Frank Zappa, Mission of Burma… Et c’était vraiment une recherche très brève.

C’est dire à quel point le groupe puise à quelque chose de pur et d’universel en matière de rock. Il arrive à sonner simultanément comme de nombreux groupes soniquement excitants tout en ayant un effet déroutant à la première écoute. Entendre ça, venant de musiciens ayant tous à peine 20 ans, c’est à la limite du supportable pour une vieille croûte jalouse comme moi, mais c’est aussi très rassurant pour l’avenir du simple principe de se réunir dans une salle pour jammer. C’est une formule qui peut encore transcender les origines, les goûts et les méthodes.

La jeunesse du groupe paraît seulement dans sa façon d’accélérer et de détruire un riff quand il ne sait plus quoi faire avec. Le truc revient trois ou quatre fois sur l’album, et c’est peut-être le seul exemple sur l’album d’une répétition qui ne fonctionne pas. Autrement, on a ici un document qui nous montre l’éclosion d’un groupe exceptionnel, l’union improbable de quatre jeunes musiciens incroyablement inventifs et tights (tout particulièrement l’exceptionnel batteur Morgan Simpson), et ce qui a tout l’air du point de départ de ce qui pourrait être une longue ascension. Je leur souhaite. Je nous le souhaite à tous.

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