The Black Keys
Peaches!
- Warner Bros. Records
- 2026
- 45 minutes
Peaches! marque le quatorzième album de The Black Keys. Le duo Dan Auerbach et Patrick Carney y renoue avec une approche garage-blues épurée, privilégiant l’imperfection des prises live jouées en groupe au détriment d’enregistrements piste par piste. Carney a d’ailleurs décrit ce projet comme leur effort le plus naturel depuis leurs débuts, et force est d’admettre que cela leur sert bien. En cessant de viser le succès commercial, le duo retrouve son éclat pour redevenir cette efficace machine de garage-blues.
Pendant longtemps, le duo a porté au sommet un blues rugueux, minimaliste et accrocheur, prêt à conquérir les foules des grands festivals. Pourtant, après leur ascension fulgurante du début des années 2010, les productions successives les ont dépouillés de leurs racines crasseuses au profit d’un son poli et générique. Cette dérive de production et un manque d’inspiration ont atteint son paroxysme avec No Rain, No Flowers, paru en 2025, un album pop-rock d’ambiance en pilotage automatique et totalement dépourvu d’intérêt.
C’est peut-être en réaction à ce creux créatif que le duo d’Akron est retourné aux sources en cessant de composer pour simplement retrouver le plaisir de jouer des reprises de titres qui les inspirent: une démarche salvatrice déjà amorcée avec Delta Kream en 2021.
Ce nouvel opus est né dans l’urgence, lorsque Carney a poussé Auerbach à retourner en studio pour « jouer fort » et évacuer la pression d’un contexte personnel éprouvant. Peaches! se nourrit également de leur passion de collectionneurs de vinyles et traverse six décennies de blues et de R&B avec une manifeste sincérité.
Sur le premier extrait You Got to Lose, on entend les Black Keys prendre du plaisir à s’approprier ce titre popularisé par George Thorogood and the Destroyers, la formation à l’origine des mythiques Bad to the Bone et One Bourbon, One Scotch, One Beer. Là où Thorogood proposait une version très incarnée, rapide et portée par un swing dansant, le duo a choisi de ralentir la cadence pour mieux régulariser le rythme. Leur relecture gagne en lourdeur et injecte la signature sonore du groupe avec ses effets de guitare caractéristiques. Ce n’est pas meilleur, ce n’est pas pire : c’est une réappropriation qui leur ressemble.
Même constat sur When There is Smoke, There is Fire, le deuxième extrait. Le duo muscle la rythmique, sature les guitares d’effets et y injecte même des cuivres, mais délaisse au passage le dialogue voix-guitare si limpide et organique de Willie Griffin. Ce gain en densité se fait au détriment de la sincérité brute de l’originale, mais cette version moderne s’avère résolument plus accrocheuse pour les oreilles avides de blues en 2026. Une appropriation réussie.
Globalement, l’album marque avant tout le retour d’une instrumentation organique et brute où la section rythmique retrouve une solidité exemplaire, notamment audible sur les introductions de Stop Arguing Over Me et Tomorrow Night. Si le chant d’Auerbach paraît parfois trop poli pour du blues, il gagne en épaisseur et en swag sur la reprise de Who’s Been Foolin’ You, l’une des pièces fortes du disque. On y retrouve sa signature de guitare caractéristique, grinçante et chargée de réverbération, au sein d’un groupe dont on perçoit le plaisir de jouer. Ce retour aux sources se cristallise également dans le dialogue intime entre la guitare et l’harmonica de Jimbo Mathus sur It’s a Dream.
Malgré ces moments forts, l’album traverse des zones plus convenues où l’inspiration semble stagner. Des titres comme She Does It Right ou Fireman Ring the Bell demeurent agréables, mais sans relief particulier, manquant de l’étincelle nécessaire pour marquer les esprits. Le morceau Tell Me You Love Me l’illustre bien: placé après la percutante You Got to Lose, il apparaît un peu beige et facile, malgré que techniquement irréprochable.
Après une série d’albums où le blues du duo s’était graduellement poli jusqu’à perdre de sa rugosité, et surtout après la platitude de No Rain, No Flowers, The Black Keys revient à une matière plus brute, une sorte de renaissance.
Cet album de reprises délaisse les accroches mémorables des refrains et claviers qui ont fait leur succès au tournant des années 2010, mais remet leur son de guitare signature au centre du projet. S’il ne contient pas de titres exceptionnels, Peaches! ne présente aucune faiblesse majeure non plus. C’est le travail honnête de deux amoureux du blues qui sauront certainement remettre le garage blues sur la carte lors de leur prochaine tournée.