Critiques

Bill Ryder-Jones

Yawn

  • Domino Records
  • 2018
  • 53 minutes
8,5
Le meilleur de lca

L’auteur-compositeur-interprète britannique, et ex-The Coral, Bill Ryder-Jones déclarait ceci sur la version française du site de sa maison de disques, en marge de la sortie de son nouvel album intitulé Yawn : « Il y a du bon à raconter sa peine aux autres ». Le bon Bill a bien raison, à condition que l’empathie et l’écoute soient au rendez-vous… et rien n’est moins sûr dans ce monde « je-me-moi ».

En 2013, le multi-instrumentiste avait lancé le superbe A Bad Wind Blows in My Heart; disque autobiographique portant sur l’enfance et les relations parentales tendues. Deux ans plus tard, c’est West Kirby County Primary que le compositeur faisait paraître; un virage plus rock, inspiré par Pavement et les Pixies.

Enregistré en totalité dans son studio personnel, le bonhomme ne s’en est remis qu’à lui-même afin de mener cette nouvelle production à terme. De plus, Ryder-Jones n’était pas dans la meilleure des formes psychologiques, semble-t-il, ce qui constitue malheureusement une excellente nouvelle pour l’auditeur. C’est dans un état morose que le musicien écrit et compose ses morceaux les plus significatifs. Pas de doute, ce Yawn est LA création de la jeune carrière de l’artiste.

Ryder-Jones nous balance dix chansons rock à tempo moyen, magnifiquement tristes et déprimantes. Musicalement, on se retrouve dans une zone musicale située entre le shoegaze, le grunge et le slowcore; l’influence de la respectée formation Low se faisant fortement sentir. Et sur le plan littéraire, l’auteur nous raconte sa peine avec une admirable authenticité, multipliant les références à sa mère et à sa probable bipolarité. Le parolier sait coder subtilement son message.

En assumant complètement la réalisation de ce Yawn, Ryder-Jones a su bonifier ses compositions d’arrangements subtils et judicieusement positionnés dans le mix. L’ajout d’un violoncelle dans Recover vous remplira les yeux de larmes. Malgré sa répétitivité, la conclusion frémissante de Mither capte l’attention grâce à ce mur de guitares puisé directement du shoegaze. Don’t Be Scared, I Love You et John sont de purs bijoux mélodiques et la conclusive Happy Songs nous achève à grand coup de guitares aussi abrasives que vaporeuses. Au-delà des chansons prisées par l’auteur de ces lignes, ce disque s’écoute d’un seul trait, sans aucune interruption.

Voilà un album de rock spleenétique comme il s’en fait trop peu. À écouter attentivement par une froide soirée automnale, avec un bon verre de scotch à la main, seul si possible, en réfléchissant à ce monde qui, comme un troupeau de bisons affolés, court tout droit vers le précipice.

On te le confirme, Bill. Il y a du bon à raconter sa peine aux autres.

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