Critiques

Bill Nace

Through A Room

  • Drag City
  • 2022
  • 42 minutes
7,5

Bill Nace est un guitariste expérimental reconnu pour son association avec l’emblématique Kim Gordon (Sonic Youth). En 2013, Body / Head nous avait présenté Coming Apart. Depuis ce temps, la paire nous a offert quatre autres longs formats. Le Philadelphien d’origine a également collaboré avec Steve Gunn et même Yoko Ono.

Or, l’Américain produit également des albums en mode solo. L’année dernière, l’instrumentiste s’amusait à faire tourner en boucle sa guitare distordue sur l’album Both; une création transitionnelle qui nous mène aujourd’hui à la sortie de Through A Room.

Colligé et élaboré au cours de l’été 2021, sous la supervision de l’ingénieur de son Cooper Crain, ce nouvel album élargit la palette sonore du musicien en y incluant des enregistrements de vielle à roue, de pipe à beignet — mieux connu sous le nom de « doughnut pipe » —, en plus d’intégrer un Taishogoto, une sorte d’autoharpe japonaise dont le jeu est basé sur le cliquettement d’une machine à écrire.

Si le précédent effort de Nace mettait de l’avant son obsession pour les bourdonnements de guitares maintenus et répétés, Through A Room, lui, bonifie ces grondements d’éléments sonores éclectiques. Les changements harmoniques, souvent inattendus, nous escortent vers des moments obscurs, quasi volcaniques, et nous donnent l’étrange sensation d’être prisonniers dans une pièce « habitée » par des créatures sonores provenant d’un autre espace-temps. Plus simplement, ce nouvel album est aussi terrifiant que transcendant.

Quelques étrangetés se démarquent. Dans E : E, les gazouillis, évoquant le son d’un thérémine, sont modernisés par la distorsion provenant de la guitare de Nace. Crooked Teeth remémore les moments saturés et expérimentaux de la mythique formation My Bloody Valentine. Dans Ann, la mixture des instruments utilisés, et mentionnés au troisième paragraphe de ce texte, s’apparente à de lointains chants d’oiseaux qu’on aurait enfermés dans une chambre métallique réverbérée. Les superpositions de guitares dans The Giant possèdent un je-ne-sais-quoi de psychédélique et les grincements « granulaires » entendus Les Echos (Piece for Tuba) sont déstabilisants. Et malgré la variété sonore qui caractérise ce nouvel opus, on reconnaît le son distinctif de Nace.

Là où Both pouvait être perçu comme une performance spontanée, brouillonne et sans ligne directrice claire, Through A Room traite les sons comme des entités distinctes en les assemblant de manière astucieuse. Ces blocs sonores, bien compactés par Bill Nace, font de ce nouvel album une réussite étrange et fascinante à la fois.

Les fans de post-punk, de free jazz et de musique industrielle au profil hautement aventureux apprécieront la démarche artistique de cet artiste hors-norme.