Critiques

Bill Callahan

Gold Record

  • Drag City
  • 2020
  • 40 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Bill Callahan nous a fait languir pendant six bonnes années avant de nous gratifier d’un album studio de nouvelles chansons – voir Shepherd in a Sheepskin Vest paru l’an dernier. Cette fois-ci, le vétéran n’a pas perdu de temps. Près d’un an après la parution du disque susmentionné, l’homme est de retour avec un nouvel album titré Gold Record.

Pour ce nouvel enregistrement, le songwriter âgé de 54 ans s’est imposé une contrainte : l’écriture de chacune des chansons de cette nouvelle création devait être complétée à l’intérieur d’un délai de huit jours. La raison pour laquelle l’artiste s’est imposé cette obligation, c’est que la famille Callahan est sur le point de s’élargir. Un deuxième enfant est actuellement en gestation pour le plus grand bonheur de la cellule familiale. L’arrivée de cette naissance modifiera assurément le rythme créatif du père de famille…

En entrevue avec Phillipe Mathé, journaliste pour le site Ouest-France.fr, Callahan déclarait ceci : « Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la nature humaine. En vieillissant, j’ai appris à mieux la comprendre. J’ai compris que tout le monde traverse des difficultés en essayant de faire au mieux. C’est difficile d’être humain. Alors, je ne sais pas si avoir compris ça me rend plus heureux, mais plus empathique et gentil, certainement ».

Par cette seule déclaration, on constate que le virage intimiste emprunté par Callahan depuis Shepherd in a Sheepskin Vest n’est pas le fruit du hasard. Accompagné encore une fois par Matt Kinsey (guitare) et Jamie Zurveza (basse), il nous convie dans un univers forcément paisible, ponctué de gestes conscients et attentionnés, de contemplations, de soleils qui se lèvent à l’horizon et de sérénité au quotidien.

S’il s’inspire des légères fluctuations de la vie de tous les jours, Callahan ne verse jamais dans l’autobiographie narcissique. Il sublime la banalité du quotidien en y insufflant une bonne dose d’onirisme quasi cosmique. Dans As I Wander, l’auteur-compositeur confirme son unicité littéraire :

« It’s times like these that the forces at work considering me

As the link between death and dreams »

– As I Wander

Avec une économie de mots, le parolier nous invite à marcher dans ses pas tout en conservant son libre arbitre. Dans Protest Song, il évoque un chanteur propret qui interprète une chanson contestataire dans un talk-show de fin de soirée :

« Oh my God

His songs are a lie

I protest his protest song

I protest his protest song ! »

– Protest Song

Callahan rend également hommage à ses héros musicaux. Dans Pigeons, il entame l’album avec un « Hello, I’m Johnny Cash » parodique et conclu avec « Sincerly, L. Cohen » dans As I Wander. Entre ces deux clins d’œil, il consacre une chanson complète à Ry Cooder; ce grand guitariste qui a ressuscité de nombreux artistes cubains grâce à l’album Buena Vista Social Club.

Avec une musique dépouillée de tout artifice et un timbre de voix qui impose le respect et l’écoute, Callahan incarne subtilement le sage; celui qui incite à détourner le regard vers les nombreuses richesses qui se dissimulent dans chaque minute de notre existence. Le sourire d’un inconnu, l’oiseau qui gazouille, la compagne de vie concentrée que l’on observe furtivement, la première bouchée d’un sandwich, là où le bonheur se trouve concrètement.

C’est ici et maintenant que la vie prend tout son sens.

Un rappel plus que judicieux en ces temps instables.

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