Critiques

Bill Callahan

Shepherd in a Sheepskin Vest

  • Drag City
  • 2019
  • 64 minutes
8
Le meilleur de lca

Âgé aujourd’hui de 53 ans, l’auteur-compositeur-interprète américain Bill Callahan est un créateur folk aussi productif que pertinent. Autant sous le pseudonyme de Smog qu’en mode solo, la qualité est toujours au rendez-vous avec cet artiste. Au cours des dernières années, Callahan nous a gratifiés de trois excellents albums : Apocalypse (2011), l’orchestral Dream River (2013) et Have Fun with God (2014).

Or, ça faisait près de six ans qu’on n’avait pas eu de nouvelles de Callahan. Manque d’inspiration ? Que nenni ! Au cours de ces années de silence créatif, le vétéran en a profité pour se marier, fonder une famille et c’est sans compter sur le décès impromptu de sa mère; une perte qui l’a sérieusement affligée. C’est donc dans ce contexte que le songwriter s’est remis difficilement au boulot afin de nous présenter ce nouvel opus, Shepherd in a Sheepskin Vest.

Fidèle à son habitude, Callahan nous propose un assemblage de chansons personnelles, forcément autobiographiques, inspirées de son nouveau mode de vie paisible… mais soyez sans crainte, les réflexions anxieuses et troublées de Callahan n’ont pas disparu pour autant. Dans Writing, l’auteur exprime clairement, avec un soulagement certain, le retour du souffle littéraire. Avec les nouvelles responsabilités familiales, on peut imaginer que le temps accordé à la création fut amputé considérablement. :

« It feels good to be writing again

Clear water flows from my pen »

Writing

Fidèle à son habitude, Callahan témoigne avec franchise les tourments de sa vie domestique. L’artiste est d’un naturel lucide et, malgré la stabilité et la constance qu’impose ce mode de vie, l’homme demeure d’une authenticité émouvante.

Musicalement, on est plongé dans un folk dépouillé, aux ascendants parfois country, mais toujours ponctué d’accords dissonants, parfois jazzistiques. Enregistrées en format trio en compagnie de Matt Kinsey et Brian Beattie, les chansons coulent comme un long fleuve… faussement tranquille, car Callahan saupoudre ses textes de réflexions percutantes qui détonnent avec la tranquillité de la musique. Dans What Comes After Certainty, le poète rend un hommage touchant, mais clairvoyant, à son épouse :

« Well, I don’t believe in fate

I believe in destiny

My destiny is swearing in the road in front of me, drunkenly

When you take responsibility for your own destiny

True love is not magic

It’s certainty

And what comes after certainty… »

What Comes After Certainty

C’est cette introspection assumée, superbement relatée, combinée à la voix grave de Callahan qui fait de ce disque LA réussite folk de l’année en cours. Encore une fois, le chansonnier réussit à nous émouvoir jusqu’à la moelle avec des chansons d’apparence simple, mais qui recèlent une subtile profondeur. Pas de doute, Callahan n’a pas perdu la touche et s’impose de nouveau parmi les incontournables du folk états-unien.

Shepherd in a Sheepskin Vest est l’un des meilleurs albums de l’année, tous genres confondus.

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