Critiques

Big Ups

Two Parts Together

  • Exploding In Sound
  • 2018
  • 30 minutes
8
Le meilleur de lca

Actuellement, s’il y a un groupe punk en pleine ascension créative qui vaut la peine de découvrir, c’est bien Big Ups. Originaire de New York, le groupe s’est fait connaître d’un public d’initiés grâce à Eighteen Hours of Static (2014); un disque réalisé avec les moyens du bord qui positionnait la formation en tant que digne héritier des Fugazi et Jesus Lizard de ce monde. Il y a bien pire comme influences, vous en conviendrez.

Par la suite, Joe Galarraga (voix), Amar Lal (guitare), Carlos Salguro Jr. (basse) et Brendan Finn (batterie) ont convaincu bien des sceptiques avec la parution de Before a Million Universes (2016); album qui poursuivait musicalement sur la même lancée que le précédent effort, mais avec des moyens de production accrus.

Big Ups est une formation punk aux antipodes de ce que peut nous proposer une litanie d’artistes qui n’ont de « punk » que ces prétendues guitares abrasives, inévitablement gonflés à l’hélium par des refrains « verre d’oreilles » agaçants. Pas de ça chez Big Ups. On peut qualifier la musique du quatuor de « punk intello » tant les thèmes abordés portent la réflexion un cran plus haut.

Sur son premier album, la formation abordait le combat perpétuel qui prévaut entre la foi (et ses multiples déclinaisons religieuses) et la science… dont le financement étatique s’étiole au profit des grandes corporations. Sur Before a Million Universes, la ligne mince entre le subtil contrôle de masse que nous subissons (merci à la révolution technologique en cours !) et l’expression d’une sincère individualité était abordée de front.

La semaine dernière paraissait le troisième effort complet de la formation intitulé Two Parts Together. Les ex-étudiants en technologie de la musique au NYU nous plongent dans cette révolution technologique en cours qui, disons-le, n’épargnera personne. L’être humain se retrouve de nouveau face à l’inconnu. Comment réagira-t-il face à ce monde inédit qui pointe à l’horizon ? Big Ups ose y réfléchir.

Musicalement, le son des New Yorkais prend de l’expansion en profitant de l’utilisation astucieuse de claviers, parfois bonifiés de cordes, qui font leur apparition lors de moments où l’intensité est à son plus bas. Big Ups en connaît un bon petit bout sur l’art d’atténuer intelligemment la fureur d’une chanson. Dans l’extatique Imaginary Dog Walker, ce decrescendo est une réussite totale.

Quelques moments bruitistes et éthérés viennent aussi fertiliser les inventives chansons de Big Ups. En fait, c’est ce parfait équilibre entre les instants « métaphysiques » et les déflagrations très « loud/quiet/loud » qui font de ce Two Parts Together la meilleure oeuvre de la courte carrière de ce grand groupe en devenir.

La conclusion de Trying To Love est d’une beauté émouvante. Fear est l’alliage parfait entre Fugazi et The Jesus Lizard. Tell Them est la pièce la plus accessible de ce nouvel album et elle ne recèle aucune forme de racolage. Imaginary Dog Walker est un pur chef-d’œuvre punk !

Et vous savez quoi ? Je crois ce groupe capable de créations encore plus remarquables que ce qu’il vient de nous proposer. Je conclus sur cette lucide observation émise par le chanteur Joe Galarraga dans Fear : « Which version of the world is the one that will be coming ».

C’est qu’on appelle mettre le doigt sur le bobo.

1 commentaire

  1. jertrude battue, le 2018-05-24 à 09:38

    tu me donnes le goût de l’écouter à matin! J’étais pas convaincu au premier album. Probablement à cause des attentes liés au line up.

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