Critiques

Between The Buried And Me

Automata (I et II)

  • Sumerian Records
  • 2018
  • 68 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Avec la parution à la mi-juillet d’Automata II, on peut maintenant écouter dans son entièreté la nouvelle épopée prog des vétérans de Between the Buried and Me. Paru quatre mois après le premier volet, Automata II conclut de grande façon cette aventure dystopique dans laquelle une corporation diffuse aux masses les rêves d’un sujet prisonnier de son état de dormance.

Et qu’on se comprenne bien, Automata II est bien plus qu’une conclusion narrative à un nouvel album concept audacieux du groupe. Il est un voyage dans ce que fait le mieux BTBAM depuis l’exercice Parallax : un métal progressif teinté et original, alliant à la fois intelligence musicale et flair mélodique.

Et les fans de la première heure seront heureux d’apprendre que BTBAM revient dans les deux chapitres de Automata à des structures plus complexes et des ambiances résolument plus bordéliques que ce qui était proposé dans Coma Ecliptic, précédent gravé du groupe.

Mais même si Automata renferme ses moments orageux, le groupe navigue en eaux troubles, mais sans heurts. On comprend du narratif du disque que le protagoniste endormi, dont les rêves sont extraits de sa conscience pour être vendus, apprend dans son subconscient à contrôler les mécanismes de la corporation et ainsi à lutter la machine de l’intérieur, tout en demeurant endormi.

Voilà une manière de résumer les ambiances d’Automata. On sent la lutte, la tension est tangible, mais il se dégage du produit fini une vapeur somnambule et une étrange impression de fixer une spirale kaléidoscopique infinie.

Il est vrai qu’il est plus difficile de déceler cette finesse d’équilibriste dans les cinq premiers morceaux d’Automata I, qui, sans être inintéressants, surprennent moins pour quiconque connaît bien le catalogue de BTBAM. Car c’est vraiment avec Blot, le dernier morceau du premier volet, que la bande menée par Tommy Rogers s’envole. C’est là, à un peu plus de 20 minutes dans l’exercice, qu’on atteint le coeur créatif et conceptuel du projet Automata dans son ensemble. Ni le groupe, ni l’auditeur ne regardera en arrière après cette irrésistible montée qu’est Blot, magnifiquement suivie par The Proverbial Below.

Deux autres moments à souligner : Glide pour le tour de force mélodique de Rogers, qui brode un inattendu refrain à même des rythmes de piano clownesques, et Voice of Trespass pour le what the fuck généralisé rappelant presque Mars Volta, époque Frances the Mute.

Bref, Automata est assurément une oeuvre à écouter d’un trait. Les deux volets, un après l’autre. Ils sont indissociables parce qu’ils ont été pensés et conçus ensemble. Tellement indissociables qu’on se demande presque pourquoi ils ont été commercialisés séparément.

Presque, parce qu’on se souvient que la principale critique de Coma Ecliptic concernait sa durée. À 69 minutes, le précédent disque du groupe faisait une minute de plus que mis ensemble les deux Automata.

Toute est dans toute.