Critiques

Belle And Sebastian

A Bit of Previous

  • Matador Records
  • 2022
  • 48 minutes
7

La respectée formation indie-pop originaire de Glasgow en Écosse a concrétisé son enviable réputation grâce à trois excellents disques, tous parus à la fin des années 90 : Tigermilk (1996), If You’re Feeling Sinister (1996) et The Boy with the Arab Strap (1998). Depuis ce temps, le groupe mené aujourd’hui par Stuart Murdoch s’est plus ou moins contenté de surfer sur sa renommée en créant des albums efficaces et constants, mais qui n’ont jamais atteint les standards établis avec les longs formats mentionnés ci-dessus.

Le dernier album studio de la formation remonte à 2015 avec la parution de Girls in Peacetime Want to Dance. Après sept années d’absence, Belle and Sebastian est donc de retour avec un 10e opus en carrière intitulé A Bit of Previous; une création issue de la contrainte pandémique, car le groupe a dû abandonner son projet d’enregistrement planifié à la fin de 2019. Belle and Sebastian a donc dû modifier son approche créative en colligeant ses nouvelles chansons dans son studio de répétition.

Qu’a donc fait Murdoch durant toutes ces années ? Il en a profité pour approfondir les philosophies bouddhistes et chrétiennes sans pour autant devenir un dévot aveuglé par sa foi. Or, les thèmes explorés par l’auteur-compositeur sur A Bit of Previous sont teintés par de nombreuses réflexions spirituelles : le temps qui passe, la survie, la réincarnation, etc.

Dans Working Boy in New York City, il raconte l’histoire d’un jeune homme qui décide d’aménager dans la mégapole états-unienne afin de devenir pleinement lui-même. Mais pour Murdoch, la rédemption passe obligatoirement par l’avènement d’une certaine forme de paix intérieure :

Pray, gay
You are the holy boy outside the scriptures
Far and away from all the brightest sunbeams

You chose to stay and fight from the inside
Outside

– Working Boy in New York City

Musicalement, les nostalgiques des premiers albums (on en fait partie!) devront accepter l’embourgeoisement sonore de la formation. Devenus aujourd’hui des adeptes de la méditation et des parents attentionnés, ces sommités vieillissantes de l’indie folk-pop, n’ont plus que l’humble, mais noble prétention, d’écrire des chansons réconfortantes. Même si cette approche ne favorise pas nécessairement la naissance du « grand art », on peut affirmer que Belle and Sebastian vieillit bien, en toute sérénité.

Malgré l’habituelle réalisation luxuriante associée aux groupes qui « ont réussi », on retrouve avec plaisir les magnifiques arrangements qui ont constamment caractérisé l’œuvre de la formation. Belle and Sebastian a toujours su insuffler à ses chansons, et de belle façon, des sonorités orchestrales qui les magnifient sans les dominer.

Dans Come On Home, on pense aux Beach Boys du mythique album Pet Sounds (1966). Sur Unnecessary Drama et Young and Stupid, l’utilisation judicieuse de l’harmonica remémore l’époque glorieuse des Smiths. Murdoch et ses acolytes s’aventurent dans le folk-country orchestral à la Neil Diamond avec Deathbed of My Dreams. Même les incursions synthétiques, comme Reclaim the Night, sont somme toute réussies. Une seule ombre au tableau : Talk to Me, Talk to Me fait curieusement penser à la formation Huey Lewis & the News… et ce n’est pas nécessairement un compliment en ce qui nous concerne.

A Bit of Previous est un disque rempli de vibrations positives en parfaite cohérence avec la démarche spirituelle de Stuart Murdoch.