Critiques

Band Of Horses

Things Are Great

  • BMG
  • 2022
  • 41 minutes
6

La formation Band of Horses roule sa bosse depuis maintenant 2004. Mené par Ben Bridwell, le quatuor a été découvert avec Everything All the Time, un premier album paru en 2006. Et c’est grâce à The Funeral — succès tiré du disque mentionné précédemment — que le groupe originaire de Seattle, maintenant résident de Charleston en Caroline du Nord, a séduit les fans d’indie rock de l’époque. Ensuite, Band of Horses nous a offert le très potable Cease to Begin (2007) pour ensuite s’enliser dans une sorte de folk rock un peu trop soigné pour plaire à l’auteur de ces lignes.

Après avoir lancé un Why Are You OK ? (2016) en dents de scie, Bridwell a décidé de rebrasser ses cartes en faisant appel à de nouveaux instrumentistes pour l’accompagner dans sa prochaine aventure. Ainsi, il a réuni la crème des musiciens rock de Charleston afin de mettre sur pied un tout nouveau groupe. Après quelques répétitions, le chanteur à la voix haute perchée a vu la possibilité de développer une relation créative approfondie avec l’un de ses accompagnateurs. C’est ainsi que Bridwell a tissé un lien plus stable avec le guitariste et réalisateur Wolfgang Zimmermann, laissant tomber rapidement cette idée de former un tout nouveau groupe.

Écrit et composé en majeure partie avant l’avènement de la pandémie, Things Are Great est un album autobiographique qui s’intéresse aux frustrations tues et aux subtiles indignités vécues au quotidien. L’une des forces de Band of Horses a toujours résidé dans cette dichotomie entre les textes grinçants de Bridwell et ces chansons, souvent rassembleuses, fluctuant constamment entre joie et mélancolie.

Cette fois-ci, pour la première fois de sa carrière, c’est Bridwell qui se charge de la réalisation, mais il a également mobilisé quelques amis afin de l’escorter dans son travail : Jason Lytle (Grandaddy), Dave Fridmann (Mercury Rev, The Flaming Lips), Dave Sardy (LCD Soundsystem, Badly Drawn Boy), en plus, bien sûr, de Zimmermann. Le meneur souhaitait, semble-t-il, orienter Band of Horses vers un son plus abrasif, celui qui caractérisait la formation à ses débuts.

L’effort s’entend. Things Are Great est un peu plus décapant que les dernières parutions du groupe. Or, Band of Horses peine à se détacher de cette esthétique sonore « indie folk rock » si emblématique de la première décennie des années 2000. On se lasse assez rapidement de ces refrains épiques, surutilisés aujourd’hui dans le merveilleux monde de la publicité, et qu’on a entendu à maintes reprises dans un festival près de chez nous. Les deux pièces conclusives de l’album — You Are Nice to Me et Coalinga — sont des exemples probants de ce qui est formulé précédemment.

Bridwell nous propose quand même quelques chansons valables. L’hommage à peine voilé à la musique des Cure, intitulé Crutch, est franchement divertissant. L’introductive Warning Signs est une pièce énergique portant sur ces moments où nous avons l’impression que le tapis glisse sous nos pieds et que l’existence est une constante spirale descendante. Pour sa part, Lights est une bonne chanson aux allures pop-rock.

Malgré ce louable effort pour durcir le ton, Things Are Great ressasse une formule qui a connu son essor au beau milieu des années 2000. Un disque qui plaira assurément aux nostalgiques de cette époque ou à ceux qui aiment leur rock tout aussi doux que du vrai coton.