Arielle Soucy
Passages
- Bonbonbon
- 2026
- 31 minutes
Arielle Soucy a frappé fort avec l’excellent Il n’y a rien que je ne suis pas, qui est sorti en 2023. La folkeuse montréalaise a récolté des accolades en masse : album folk de l’année au GAMIQ, nomination dans la catégorie artiste de l’année au même gala, nomination dans la catégorie révélation de l’année, du choix de la critique et de l’album folk de l’année à l’ADISQ ainsi que la dixième place de notre prestigieux (tousse tousse) palmarès 2023. Ça se passait comme on dit. Voici que le deuxième album arrive avec des attentes du public.
Sur son premier album, Arielle Soucy avait surtout joué sur les boucles qu’elles superposaient pour créer sa tapisserie sonore. Sur Passages, elle part dans une tout autre direction. Entourée de Marcus Lowry, Sophie Brubacher, Stratsimir Dimitrov, William Lalonde, Elisabeth Tremblay et Jeanne Laforest, elle a fait un album en groupe avec les imperfections de la livraison en direct en studio. Ceux qui, comme moi, ont trippé sur le premier album risquent d’avoir besoin d’un peu de temps pour entrer dans la nouvelle proposition. Mais ça vaut la peine de se donner le temps. Parce qu’Arielle Soucy offre, une fois de plus, un magnifique album.
Donnez-moi une autre tête, donnez-moi un autre corps, je suis fatiguée d’essayer de fonctionner
Donnez-moi une autre tête, donnez-moi un autre corps, je suis fatiguée d’essayer d’avancer
— Pattern
On a une idée dès Pattern de ce qui s’en vient. Un orgue est le seul soutien au début de la chanson pour la voix d’Arielle Soucy, qui plonge dans la lamentation. Elle a raconté à Estelle Grignon dans Le Devoir qu’elle était partie avec l’idée de creuser la musique religieuse et sacrée. Au final, ce n’est pas tout l’album qui est teint de ça, mais Pattern l’est. Il y a une mélancolie qui accompagne la pièce. Après que le groupe ait rejoint Arielle Soucy dans son chant, elle revient seule à chanter les lignes que vous pouvez lire plus haut qui transperce le tissu sonore avec sa complainte. Une complainte à laquelle on peut s’identifier facilement dans les moments de découragements.
J’ai tellement peur de toute foirer
Comme si ça changeait quelque chose
Y’a rien à manquer – y’a rien à changer
Ahhhhhhhhh
J’ai imaginé un astre en émoi,
Un diamant qui se dissipe
Un jour j’serai pu là
Ahhhhhhhhh
— J’pense que
Dans J’pense que, on continue avec ce côté de musique sacrée, mais cette fois, c’est la contrebasse de Sophie Brubacher, jouée à l’archet, qui vient insuffler quelque chose de plus grand que nous dans la pièce. Pendant ce temps, Arielle Soucy livre un des très bons textes sur Passages. L’orgue pour sa part, refait surface sur la Passage, la dernière pièce de l’album. Comme si l’instrument bouclait la boucle. Une idée que tout finit par passer. Ça commence avec le sentiment d’être pris dans quelque chose et ça se termine sur une pièce plutôt lumineuse qui s’ouvre sur un futur rempli d’espoir.
Entre les deux, il y a du folk, et du très bon, livré par Arielle Soucy. C’est le cas sur Varieties of Quiet qui confirme son talent à jouer avec les mélodies folk. On se laisse conquérir aisément par les chœurs magnifiques qui chantent sur la guitare délicate. How to Be Me, une complainte, une demande de tendresse, est plutôt rythmée et compte sur l’apport du groupe oui merci. Encore une fois, les voix volent la vedette de la pièce folk rock. Nid de vie est plutôt country-folk, mais encore une fois, Arielle Soucy surprend avec sa mélodie atypique magnifique.
C’est difficile de trouver des défauts à ce second album d’une artiste qui nous montre une nouvelle facette de son folk. Arielle Soucy démontre une fois de plus son génie créatif et la grande qualité de ses compositions à travers l’excellent Passages. Même si tout doit passer, on peut se permettre de rester un certain temps avec l’album qui ajoutera une bonne dose de douceur et d’émotion dans votre quotidien.