Critiques

Arcade Fire

Reflektor

  • Merge Records
  • 2013
  • 71 minutes
8,5
Le meilleur de lca

106278Arcade Fire. Certains les détestent souverainement, d’autres les adulent au point d’en perdre toute forme d’objectivité. En ce qui nous concerne, la formation montréalaise nous a toujours passablement laissés de marbre. Nous reconnaissons la force de frappe du premier effort, le très prisé Funeral, mais la bande à Chassagne/Butler est loin de nous avoir prouvé qu’elle méritait toute l’adulation éblouissante de la part de certains fanatiques sectaires et meneuses de claque médiatiques, car les albums Neon Bible et The Suburbs sont à notre humble avis deux parutions pertinentes sans plus.

Donc, voici Reflektor; disque réalisé majoritairement par maestro James Murphy… opus qui détient indéniablement l’empreinte sonore du meneur du défunt LCD Soundsystem. Malgré la grande séduction marketing qui a tapé royalement sur les nerfs de votre humble critique, nous nous sommes mis en mode impartialité lors de l’écoute de ce Reflektor. Bien franchement, ce qu’on en pense?

Ambitieux, pulsatif, foisonnant, colossal, aussi intellectualisant que fédérateur, parfois ambiant, la pop baroquisante du groupe se bonifie d’exhalaisons électro, de disco, de rythmes caribéens, de moments contemplatifs épurés et offre une mixture sonore déstabilisante qui demandera plus d’une écoute de la part du mélomane afin d’en apprécier toute sa substance. Les morceaux présentés sur ce Reflektor sont d’une richesse sonore inépuisable.

Le sextuor groove astucieusement, délaisse sa mécanique habituelle, prend des risques créatifs que peu de musiciens de cette envergure peuvent se targuer d’avoir tenté dans leur carrière. Arcade Fire passe du statut de groupe important… à grand groupe, rien de moins! Percussions, congas, claviers new-wave, cordes bichonnées et veloutées, rock à la Bowie/Reed, effluves de David Byrne, moments quasi punk, rythmes antillais et chœurs gospelisants se côtoient astucieusement et de manière étonnamment cohérente. Reflektor respire l’audace!

Arcade Fire aurait pu surfer sur son succès, se la couler douce (comme une écrasante majorité de ses semblables) et engranger aisément les billets verts. Voilà que la troupe refuse obstinément le statu quo imaginatif, se met en danger artistiquement et sitedemo.caigue un Reflektor qui sera à souligner en caractère gras dans son corpus chansonnier.

Ça démarre sur des cadences entraînantes avec quatre brûlots dansants qui allient des éléments de dance rock, de dub et de new-wave: Reflektor, We Exist, Flashbulb Eyes et Here Comes The Night Time. Par la suite, contre toute attente, Arcade Fire rock dynamiquement avec Normal Person, You Already Know et Joan Of Arc; morceau qui se conclut en état d’agravité. En deuxième partie, la meute y va de façon spleenétique et éthérée avec Here Comes The Night Time II. S’ensuivent l’émouvante mixture de folk-pop et gospel nommée Awful Sound (Oh Eurydice), la très James Murphy intitulée It’s Never Over (Hey Orpheus), l’électro eighties Porno et l’hymne rassembleur Afterlife. Ce périple musical se conclut avec la poignante Supersymmetry.

Certains mélomanes pourraient croire que ce Reflektor est d’une prétention sans borne… et nous serions presque enclins à leur donner raison. En effet, cette œuvre est grandiloquente et forcément condescendante. Toutefois, les risques artistiques encourus, l’abondance sonore, la qualité d’écriture chansonnière ainsi que la réalisation orfévrée/chirurgicale font de cette sitedemo.cauction, une élaboration sonore remarquable. Achtung Baby a bousculé plus d’un admirateur de U2 à l’époque. Idem pour le Sandinista des Clash ou le Kid A de Radiohead. Cette offrande est du même acabit. On s’en reparle dans dix ans?

Ma note : 8,5/10

Aracde Fire
Reflektor
Merge Records
71 minutes

arcadefire.com/reflektorpreorder/us/

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