Critiques

Apparat

Capri-Revolution

  • Mute Records
  • 2020
  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

Réaliser la bande originale d’une œuvre culturelle est sans doute l’un des défis les plus intéressants que l’on puisse confier à un artiste. Il faut pouvoir capter l’essence même du projet pour la traduire en sons. Là où le compositeur doit habituellement se concentrer sur le respect de quelques lois musicales, il doit désormais travailler à une tout autre harmonie.

La bande originale doit être le reflet sonore de ce qu’elle accompagne pour capter son auditeur. C’est là que toute la magie peut s’opérer. Il arrive même un point où la musique peut devenir un stand alone. Qui n’a jamais imaginé que l’un des plus grands réalisateurs filmait les événements de notre quotidien à cause d’un morceau. 

De mon côté, j’éprouve un grand amour pour les bandes originales. J’aime les écouter sans forcément connaître ce qu’elles accompagnent. Une plongée sans filet dans la musique avec, pour seule compagne : mon imagination. Quelle idée se cache derrière ce morceau ?  Quelle sensation cette phrase doit-elle sonoriser ? Je me plonge très souvent dans des scores avant de découvrir l’ensemble. 

Un voyage immobile dans un imaginaire certain que j’ai pu faire avec Apparat et cet OST qu’il a réimaginé pour le film italien Capri-Revolution

Il faut dire qu’Apparat est loin d’en être à son coup d’essai et, c’est un bonheur que de le retrouver en studio en solitaire. Sascha Ring, de son vrai nom, a su nous proposer des morceaux d’electronica plus délicats les uns que les autres. On l’avait suivi aux côtés de Modeselektor pour l’aventure Moderat. Désormais terminée, cette aventure a permis à Apparat de gagner en justesse avant de reprendre sa carrière entamée au début des années 2000. 

Dès les premiers instants, tout est clair. On sent bien qu’il s’agit d’un coup de maître du producteur allemand. Un plongeon vers un horizon musical éthéré dans lequel il sera notre guide. 

Neruvola se fait plus sombre avec une rythmique haletante presque psychotique. Un son de début de nuit que l’on retrouve, sous une forme plus calme avec Paestrum Neruvola.

Chaque morceau a sa propre ambiance et son propre imaginaire. Ainsi Harper Caprira sonne comme un nouveau jour avec des guitares et un piano plus présent. Un premier appel avant que la nature même de la musique électronique d’Apparat ne reprenne le pied. 

Il dépose d’ailleurs cette touche particulière dans chacun des morceaux de l’album, mais La Gravidanza et ses petits sons glitchys sont la signature du maître. 

Si l’album est une réinterprétation de la bande originale, il n’en garde pas moins le format habituel de ce type de composition. 2 ou 3 minutes par morceau pour faire passer une sensation, un sentiment ou un message. Seul écart à cette règle, le dernier morceau : Aracneae. Titre final aux allures de crédits de fin. 8 minutes lancées à pleine vitesse et de nombreux mouvements différents. 

Si, pour certains films, on reste jusqu’à la fin du générique pour découvrir une surprise, avec Apparat, on est là par amour et par envie de plus. Ce dernier titre résume à lui seul la puissance d’un score de film. 

Avec cette réécriture, le producteur électronique transcende en musique la frontière que l’on attribue trop souvent, par erreur, à la musique d’ordinateur. Cette impossibilité de pouvoir transporter un sentiment. Sascha brise les codes et prouve que les ordinateurs et machines sont les instruments de demain. Les violons ont été, un jour, le nec plus ultra de la technologie. Demain, on pourra dire la même chose de nos machines d’aujourd’hui. 

Tout au long de l’écoute, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Disasterpeace qui a obtenu le même résultat avec la BO de Hyper Light Drifter dont les sonorités semblent s’appeler l’une et l’autre.

Au final, on se retrouve avec une nouvelle version d’un score qui n’oublie, à aucun moment, d’où il vient. Émotions, idées, sensations et sentiment. Tout est réuni pour nous faire vivre un nouveau voyage immobile avec Apparat pour pilote. Comme il l’a annoncé, Capri-Revolution n’est que le premier d’une série que le compositeur s’apprête à sortir dans les prochains mois. 

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