Apparat
A Hum of Maybe
- Mute
- 2026
- 51 minutes
L’artiste allemand Sascha Ring évolue sous le nom Apparat depuis vingt-cinq ans, et a fait ses débuts avec une identité sonore qui combine des strates ambiantes filtrées avec des rythmes et des percussions claires et texturées, un peu comme du Haujobb sans paroles. Après deux premiers albums instrumentaux, il focalise davantage sur des arrangements qui profitent de l’ajout de paroles et de voix pour élaborer sur les lieux visités et les histoires racontées. Pour ces raisons on peut dire qu’il commence à se passer de quoi de plus personnalisé et singulier à partir de son troisième album Walls (2007).
Je ne sais pas à quel point la collaboration sur le premier album de Moderat (2009) a influencé Ring, mais l’évolution entre Walls et The Devils’s Walk (2011) est marquée, particulièrement au niveau de la qualité des arrangements et l’ajout d’instruments acoustiques. La collaboration avec son ami Nackt l’a certainement aidé à briser le moule établi en solo. En passant, la pièce Goodbye a été utilisée comme chanson thème de l’excellente série sci-fi allemande Dark. Ça aura ensuite pris huit ans et deux excellents albums de Moderat (II et III) avant que Ring revienne avec LP5 (2019), une sommité dans sa discographie, en collaboration avec Nackt et Philipp Thimm à l’écriture et la composition.
Apparat a possiblement atteint un nouveau sommet avec son sixième album A Hum of Maybe, composé avec son collègue Philipp Thimm, qui est de retour au violoncelle, piano, autoharpe et guitare. Avec les quatre autres musiciens et sa collaboration avec Jean-Philipp Lorenz sur une chanson, Ring s’est entouré de talents qui ajoutent une nouvelle dimension à sa créativité, plus étoffée et sophistiquée. Ça donne des frissons quand ça fonctionne parfaitement, et ça devient expérimental lorsque l’exploration passe proche de déséquilibrer le thème.
L’excellente Glimmerine ouvre au piano accompagné d’un kick sourd et de la voix de Ring, chanté doucement, presque chuchotée. L’atmosphère intime se déploie à travers un breakbeat jazz et une guitare saturée à la perfection, et jouée en duo avec un trombone. Le contraste entre le filament mélodique délicat et le thème gonflé par la superposition d’instruments et la production compressée représente bien ce qui va se passer ensuite. A Slow Collision part d’un synthétiseur dissonant en forme de percussions trafiquées qui mène à une boucle bondissante sur laquelle Ring chante en mode balade, comme un thème de Disney rempli d’espoir. C’est super bien arrangé, jusqu’à ce qu’un clavier complètement saturé oscille avec une puissance telle qu’on a l’impression d’écouter une scie à béton jouer par-dessus un chant d’oiseau.
Tilth se démarque avec sa séquence saccadée doublée à la basse, en duo avec la chanteuse Káryyn. Le thème est décoré par des harmonies résonnant comme des filaments de verre qui s’étirent, jusqu’à une transition très dense qui fait passer à une deuxième partie plus ambiante, rythmée par un battement mécanique. La pièce-titre ouvre en accords de guitare accompagnés d’un rythme jazz feutré sur laquelle Ring pose sa voix. Non ce n’est pas une pièce de Moderat, mais on reconnaît la forme simple et efficace qui fait respirer le thème de façon intuitive, avec une résolution délicate et très satisfaisante.
La deuxième moitié de l’album ralentit le tempo et devient plus ambiante et aérienne, en équilibre avec des accentuations et des articulations percussives. La ressemblance entre ces pièces fait en sorte que l’expérience auditive devient progressivement immersive, voire méditative. Ça tombe bien après une première moitié plus dense et dynamique, et ça met en perspective les contrastes réussis à la grandeur de l’album. Une très belle suite à LP5.