Critiques

Andromède

Andromède

  • Indépendant
  • 2021
  • 26 minutes
7,5

Andromède s’est formé en 2019, après que Marie-Neiges Harvey et Roxane Reddy, les femmes derrière le projet, aient travaillé ensemble pendant plusieurs années sur les projets des autres. Habitées par l’idée de créer quelque chose qui leur ressemble, elles mettent sur pied Andromède. Lorsque la pandémie frappe, les deux musiciennes en profitent pour plancher sur le projet musical.

Andromède, leur album homonyme, a vu le jour le 10 septembre dernier. Il propose une sorte de folk-pop-jazz tout en douceur. Les voix, et plus particulièrement toutes les possibilités harmoniques des deux chanteuses, sont mises de l’avant constamment. 

Écouter Andromède (l’album), c’est comme embarquer dans une chaloupe qui navigue sur un long fleuve tranquille. C’est doux, ça nous berce, ça fait du bien à l’âme. Ça donne envie de s’enrouler dans une grosse couverture chaude pendant que la pluie bat contre les fenêtres. 

L’album s’ouvre tranquillement sur une Introduction d’une minute 13, comme une porte ouverte sur une chaumière accueillante dans un film. Les voix des musiciennes nous attirent, comme celles de sirènes, à entrer dans leur univers, à s’y installer confortablement.

Puis, Menteuse, avec sa ligne de basse omniprésente et les douces voix Marie-Neiges Harvey et Roxane Reddy, nous montre ce qui nous attend. Il s’agit de l’une des pièces qui bougent le plus de l’album, avec Cerises. La pièce suivante, Les fées, annoncée comme étant un genre de chanson hommage à la pièce de théâtre Les Fées ont soif, parues en 1978, ne rate pas son coup. Elle modernise un peu les personnages et écarte, à moins d’une erreur de ma part, la figure de la vierge. Le morceau se déploie comme un monologue des personnages de Marie, la femme au foyer, à Madeleine, la prostituée. Désormais, l’archétype de la prostituée est devenu celui d’une femme sexuellement active qui ne peut ni garder un partenaire à ses côtés ni développer de relations amoureuses profondes.

Tes conquêtes se fanent en quelques mois
Elles te brisent le coeur déjà brisé
Usent de ton corps, sans vouloir plus de toi
Mais tu as tant d’amour à donner

Les Féés

Cette pièce met également la table pour les revendications féministes qui parsèment ici et là les textes d’Andromède. La belle pièce Je n’sais plus pose une critique assez forte sur le monde moderne et la condition des femmes. Même si la situation semble avoir évolué depuis le temps, elle n’en est pas plus parfaite ou idéale. « On m’a délié les mains pour mieux m’emprisonner », chantent-elles vers le milieu de la pièce. Cette phrase à elle seule résume très bien la pensée de la pièce et la situation actuelle. Une chanson toute en douceur, qui finit dans une répétition de plus en plus soutenue qui affirme : ça suffit, c’est nous qui choisissons notre destin! Très à propos quand on pense à ce qui se passe présentement au Texas…

Un autre thème important pour Andromède est sans conteste les relations toxiques. Enfumée (cigarettes) en est un excellent exemple. Marie-Neiges Harvey et Roxane Reddy proposent une douce métaphore entre l’addiction à la cigarette et à une personne. Les deux ne sont pas bons pour la narratrice de la chanson, mais elle ne peut s’en passer ni s’en défaire aussi facilement. La seconde dans cette veine est La mine, qui traite ouvertement d’une relation toxique dont on ne peut sortir facilement. La narratrice de cette pièce est consciente de sa situation, elle a la volonté de s’en sortir, mais ce n’est pas aussi facile qu’elle le voudrait.

« Je rêve de tout briser,
Retrouver enfin
Un semblant de naïveté
[…]
Pis on s’dit qu’on s’aime après toute s’être reproché
Pis on s’dit qu’on s’aime sans jamais se pardonner
On va s’endormir pour encore tout oublier

La Mine

L’album d’Andromède permet un beau voyage mélodique tout en douceur, avec des textes poétiques d’une belle intelligence. Idéal à écouter lors d’une marche en nature avec les temps froids qui s’en viennent!