Critiques

Anachnid

Dreamweaver

  • Musique Nomade
  • 2020
  • 30 minutes
8
Le meilleur de lca

Plus tôt cette année, Anachnid a lancé son premier album, Dreamweaver. Établie à Montréal, l’artiste oji crie micmaque propose une œuvre sonore éclectique avec l’aide de sons empruntant à l’électro, à l’indie-pop, en passant par le soul jusqu’au trap. Un album expressif, spontané où les traditions autochtones s’intègrent au caractère de la ville. Gagnante du prix de l’auteure-compositrice-interprète autochtone de l’année octroyée par la SOCAN, Anna-Khesic Kway Harper est une des preuves que la musique autochtone ne peut se laisser cloisonner dans une seule catégorie. 

L’ambiance s’installe en douceur avec Phoenix, pièce qui mise sur un côté électro-minimaliste dont l’écho d’une voix constante habille et rythme la chanson. On laisse entendre un commencement, un nouveau départ, fidèle au fameux phénix qui renaît de ses cendres. Animism propose une atmosphère silencieuse à la fois sombre et apaisante. Réverbérations, sons électros aux allures futuristes, le souffle d’une flûte sud-américaine, puis les hurlements d’un loup nous préparent à une chute en distorsion, à la manière d’un esprit qui s’éveille. 

Sous les crépitements d’un feu et d’une guitare sèche, La lune sonne légèrement plus folk et romantique que les autres morceaux.  La voix chaude et aérée de la chanteuse est mise à nue, ce qui permet de constater l’ampleur de la polyvalence de celle-ci, qui va au-delà de l’interprétation de différents genres musicaux. On parvient à exploiter et transformer la voix d’Anachnid pour en faire objet de bruitage et d’ambiance sonore. Cette voix, reflétant lumière et noirceur, s’avère être l’instrument qui relie les chansons ensemble.

Le rythme lent et hypnotique de Anachnid semble être le fruit d’un élan plus spontané, voire primitif, où l’on joue davantage avec des effets sonores pour en faire une pièce très ludique. Les cris et les percussions dans Windigo imposent une forte figure autochtone. Dans ce trap, plutôt contemporain, l’artiste aborde avec beaucoup d’audace et juste assez d’ironie les préjugés que sont confrontés les peuples autochtones. Puis, America poursuit dans la même lancée avec une trame de rap parsemée de tambours et de chants ancestraux, affrontant des concepts comme l’identité et l’intégration. On glisse ensuite vers une sonorité électro-pop obscure, mais dansante, avec Summer Hunting. Une chanson courte, qui se développe rapidement vers une musique entraînante et libératrice. 

Braids surprend par la diversité des sons. Une trame dansante, combinant l’énergie du trap, la rythmique de la house music et la mélodie soul d’un saxophone. Tout ça sur fond « d’empowerment »  culturel. La dernière chanson, sous-forme électro-planante, Skywomen, clôt à merveille l’album par un hymne à la tolérance et à l’émancipation. On suit alors le parcours émotionnel et spirituel de l’artiste qui, au fil des 10 chansons, multiplie les couches de résonance.  

Les co-réalisateurs de l’album, Ashlan Phoenix Grey et Emmanuel Alias, parient sur une certaine homogénéité au niveau sonore, malgré la pluralité des styles présentés. Dreamweaver est un rêve éveillé aux revendications bien réelles. Sa créatrice puise dans ses racines pour bâtir un univers musical ultramoderne. On assiste à l’émergence d’une voix d’une grande pertinence. Un album important qui séduit déjà l’industrie. 

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