Critiques

Amber Arcades

European Heartbreak

  • Heavenly Recordings
  • 2018
  • 37 minutes
8
Le meilleur de lca

D’assistante juridique au tribunal international des crimes de guerre à auteure-compositrice-interprète, Amber Arcades de son vrai nom, Annelotte de Graaf est fascinante. Après avoir enregistré elle-même un album avec toutes ses économies pour finalement obtenir un contrat d’enregistrement pour un premier album, Fading Lines (2016), chez le très respectable Heavenly Recordings (King Gizzard & the Lizard Wizard, Saint-Étienne, etc.), cette jeune femme a non seulement trouvé une vocation en musique qui lui va à ravir, mais elle récidive avec un remarquable second album, European Heartbreak.

Avec cet opus, elle délaisse le côté électro/dream-pop de Fading Lines, acclamé par la critique, pour des sonorités un peu plus indie folk. Faut-il s’en inquiéter? Absolument pas, puisque l’on y gagne beaucoup en matière d’écriture, d’interprétation et particulièrement de conception.

European Heartbreak débute avec Simple Song, une pimpante chanson composée d’une brillante rythmique dont il est impossible de ne pas se dandiner ou bien de taper du pied. On ne peut résister par la suite à la voix chaude et éplorée de Annelotte de Graaf sur Hardly Knew, Oh My Love (What Have We Done), Self-Portrait In A Car At Night et notamment l’introspective et touchante ballade Goodnight Europe.

« Europe, it’s not you
I’m starting to think it could be me
My left ideals and university degree […]
Europe, I’m lonely
Everyone got bored and moved along
Now I’m left here, wondering if I still belong… »

Goodnight Europe

De la chanson lente à la plus rythmée, il y a une agréable variété d’ambiance sur ce disque; tel qu’en témoignent deux de mes coups de cœur : Alpine Town, un charmant morceau intimiste et Where Did You Go, une piste sautillante assortie de solides riffs de guitare, d’un brillant jeu de batterie et d’un thème musical qui persiste pendant des heures. C’est édifiant, c’est nostalgique, c’est lancinant et tellement captivant.

Enregistré et co-produit à Los Angeles avec Chris Cohen et à Richmond avec Trey Pollard, on baigne dans un registre sophistiqué et parfumé d’influences sixties, bordées d’incursions seventies. Les paroles sont belles et sincères, les mélodies sont agréables et les parties de guitares, de percussions et de cuivres sont astucieusement bien pensées, et ce, sans s’enfoncer dans le trop criant ou le trop planant. Ces détails permettent à l’album de ne pas sombrer dans le linéaire offrant au final un lot de très beaux moments. Il n’y a pas de haute-voltige musicale, pas de tentative de réinventer la roue, mais tout simplement des pièces franchement bien construites.

European Heartbreak est un disque musicalement riche et émotionnellement puissant où chaque ingrédient est parfaitement dosé. Résolument alimenté par son propre rayonnement, il s’écoute naturellement et apporte un grand vent de fraîcheur sur la scène indépendante féminine actuelle.

Je vous suggère également de jeter un coup d’œil à la trilogie de clips European Heartbreak (Goodnight Europe, Simple Song et Where Did You Go). Chaque volet enchante avec leur plan visuel narratif, leur composition symétrique et leur palette de couleurs typiquement rétro.

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