Critiques

AaRON

Anatomy of Light

  • Birds in the Storm Records
  • 2020
  • 42 minutes
7

Simon Buret et Olivier Coursier du duo français AaRON viennent de lancer Anatomy of Light, leur quatrième album en carrière, dont la sortie initialement prévue en juin avait été repoussée septembre. Quatre des chansons du disque ont néanmoins paru au tout début de l’année au sein d’un EP intitulé Odyssée. Et comme ce dernier, l’album s’ouvre sur la dansante The Flame, véritable tube de pop rétrofuturiste. C’est le cas de le dire, le groupe n’a rien perdu de sa flamme depuis que U Turn (Lili) a ému toute la France dans le film de Lioret Je vais bien, ne t’en fais pas. Le duo a toutefois énormément cheminé depuis et nous entraîne dans un univers où tout est orchestré pour nous faire bouger ou pour nous entraîner dans des rêves où le synthétique et l’organique suivent les filons de l’émotion.

Si la plupart des pièces de leur long jeu précédent, We Cut the Night, misaient sur une irrésistible patine sombre, Anatomy of Light embrasse une esthétique résolument plus lumineuse comme le suggère le titre. Dans certaines pièces comme Keep Walking Love (une de mes préférées), la voix de Buret est plus flûtée et les rythmes résolument pop, alors que le refrain n’est pas sans évoquer un Interpol des premières heures qui aurait fusionné avec du dance.

Autre pièce phare de l’album, Ultrarêve, nous plonge dans un joli état d’apesanteur ponctué de synthés et de roulis de piano sans pour autant laisser tomber les rythmes réguliers qui nous font taper du pied en rythme. Joliment écrite « on n’accroche rien sur la peau du vent/qu’est-ce qu’un dimanche pour l’océan » c’est aussi une pièce dont le vidéo compte déjà plus d’un million de visionnements dans YouTube. De fait, les musiciens ont eu la surprise de découvrir qu’ils comptaient Jean-Claude Van Damme parmi leurs fervents admirateurs et, après quelques échanges, lui auraient proposé de jouer dans le clip de leur chanson. Il en résulte une performance solo de l’acteur qui badine dans un stationnement de Los Angeles, dans les montagnes ou au bord de la mer… JCVD joue à JCVD, non sans une bonne dose d’autodérision (mise de l’avant par la réalisation et le tournage orchestrés par deux des enfants Van Damme). Le contraste entre la chanson aux accents d’électro-pop nostalgique ponctuée de piano, les paroles poétiques et le plaisir décomplexé de l’acteur qui roule des muscles devant la caméra provoque un effet pour le moins saisissant. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’AaRon recourt aux vedettes américaines du cinéma puisqu’on peut aussi voir John Malkovich ouvrir le très beau clip de la chanson Blouson noir de leur album précédent, We Cut the Night, datant de 2015. Une stratégie qui leur apporte sans conteste une visibilité à grande échelle.

J’aime beaucoup la voix de Buret lorsqu’il chante en français, et j’aurais volontiers pris quelques titres de plus dans la langue de Molière. Minuit et ses arrangements résolument inspirés de la pop des années 1980, la délicate Sauvages et l’introspective Les rivières « j’avais le goût des grands dégâts de nuit/tes mots avaient la taille de toute une vie » se démarquent vraiment du lot. Cela dit, l’alternance entre l’anglais et le français n’entrave pas la cohérence de l’album qui propose un voyage mélodieux, tout en échos et ambiances évocatrices d’une frénésie à la fois actuelle et passée. D’ailleurs, le vidéo de The Flame, qui nous montre la paire d’artistes dansant dans un club où ils ne sont que les deux, est pour le moins évocateur de la situation actuelle où la proximité au sein d’une foule demeure proscrite. À défaut de pouvoir danser dans un club avec eux, AaRON nous permettra au moins de taper du pied dans notre salon et de nous évader, tandis que nous tentons de nous réinventer (sic).

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