Aller au contenu

Concerts

Osheaga 2026 | Jour 3 : Lorde + Clipse + Sofia Isella + Not For Radio + Zara Larsson + Gunna + Amble + CMAT

La question du jour n’était pas : « Allait-il pleuvoir? », mais plutôt : « À quel point allait-il pleuvoir??? ». L’ouverture du site fut retardée de quelques minutes à cause des risques d’orage et les scènes de la Vallée et de la Forêt ont subies de lourds retards tout au long de la journée, qu’on imagine causés par la pluie abondante.

Avec la collaboration de Jules Couturier et Louis-Philippe Labrèche
Claudia Guillemette aux photos

En fait, la météo avait autant de rapport avec un festival estival que la proposition musicale de Amble à Osheaga. À vrai dire, Amble fitte au boutte avec la pluie, l’automne, un pumpkin spice latte pis un feu de foyer. On aurait largement vu Amble programmé à Lasso plutôt qu’à Osheaga…

CMAT

CMAT suivait sur la scène principale et on a été impressionné par la verve et l’énergie de la chanteuse irlandaise, Ciara Mary-Alice Thompson, de son petit nom, alors qu’elle venait d’annoncer sur ses médias sociaux que la moitié des instruments du groupe s’étaient perdus dans un vol de United Airlines. Rien de tout ça n’a paru! Prouesses vocales, chorégraphies sympathiques, hommage à Leonard Cohen, CMAT et ses musiciens ont tout donné, comme une catharsis à leur malheureuse destinée, belle façon de renverser la malédiction. CMAT arborait un chandail écrit « I Love You » et on a eu le goût de lui répondre : Nous aussi!

Crédit : Instagram de Caroline Cloutier

Sofia Isella

De l’autre côté du site du festival, la météo commençait déjà à faire des ravages sur l’équipement technique, alors que les deux scènes subissaient des retards importants sur la programmation initiale. Sofia Isella est montée sur scène 30 minutes après l’heure prévue, ce qui lui aura laissé amplement de temps pour aller se rouler dans la bouette en arrière-scène, beau présage de ce à ce quoi on aurait sûrement tous l’air, nous festivaliers, à la fin de cette journée supramouillée.

Sofia Isella, malgré son tout jeune âge (21 ans!), est une artiste complète, jouant sur les contrastes entre une voix douce et des montées portées par des gros beats dans une mise en scène plus proche du théâtre que de la performance purement vocale et musicale. Une genre de Mitski, version trash. Sofia est aussi charismatique qu’elle tente de vouloir rebuter avec son look tout droit sorti de Walking Dead.

Musicalement, Sofia Isella fait penser à l’intensité de Fiona Apple, avec la voix de Billie Eilish, et le second degré (et un peu le look, finalement) de Andrew W.K. Tout au long de son set, elle a dansé, s’est roulée par terre, a joué des solos de guitare avec un suçon dans la bouche, a joué du violon de manière totalement déchaînée, a semblé complètement possédée par moments et ultra lucide et en conversation avec son public à d’autres occasions. On aura eu droit à des versions intenses d’entre autres Out in the Garden, Hot Gum, Cacao and Cocaine, Everybody Supports Women et une finale d’I Looked the Future in the Eyes, It’s Mine dans la foule, complètement sous le charme de l’artiste. 

Bambii Bolarinho

LP Labrèche : Il n’y a pas qu’aux deux petites scènes que les choses se passaient de manière inattendue. J’ai espéré Bambii à travers la pluie et 45 minutes de disco. C’était, disons… pas prévu. La DJ torontoise n’a jamais pris la scène et cela a donné lieu à un vaudeville où Bolarinho nous a dit au moins dix fois que c’était sa dernière toune. Le pauvre a sauvé le moment en mixant un peu plus à l’aveuglette. Alors que les deux premières pièces de son rappel, qui n’en était pas un, étaient des mix, à un moment donné, il a simplement commencé à envoyer de la chanson pour faire danser la foule. Souvent avec goût et une fois avec Pretty Young Thing de Michael Jackson (qui prend une nouvelle signification aujourd’hui, hein?). Je m’en serais passé, mais il y a pire. On ne peut que féliciter Bolarinho d’avoir pris le relais à pied levé, mais Jackson, je pense qu’on a fait le tour non?

Clipse

Clipse

Jules Couturier : La pluie battante n’aura rien changé : Clipse est quand même venu donner une véritable leçon de rap à une foule recouverte de ponchos. Dès le début, en enchaînant Chains & Whips et P.O.V., Pusha T et Malice donnent le ton. Pas de mise en scène spectaculaire, pas de fla-fla. Seulement deux vétérans qui maîtrisent leur art. Les textes sont livrés avec précision, sans playback et avec une aisance qui rappelle pourquoi ils comptent parmi les meilleurs du rap américain.

Les deux frères font la part belle à Let God Sort Em Out, leur excellent album de retour, qui s’impose déjà comme l’un des meilleurs albums hip-hop des dernières années, tout en replongeant dans leurs classiques comme Grindin’, Keys Open Doors et Mr. Me Too. Rigoureux dans leur interprétation, les deux rappeurs restent généreux avec le public, multipliant les regards complices avec les premiers rangs et échangeant plusieurs passages « bars for bars » avec les fans les plus passionnés.

Bref, Clipse a livré exactement ce qu’on attendait de lui : du rap pur et dur, exécuté par deux maîtres du genre.

Zara Larsson

Jules Couturier : Zara Larsson a offert l’un des spectacles les plus festifs de la journée. Entourée d’un groupe de musiciennes entièrement féminin et de danseuses, elle a transformé la grande scène d’Osheaga en un immense terrain de jeu hyper coloré et débordant d’énergie.

La chanteuse suédoise ouvre et referme le concert avec Midnight Sun, la pièce-titre de son plus récent album, qui l’a propulsée parmi les grandes vedettes de la pop actuelle. Entre les deux, il n’y a pratiquement aucun temps mort. Son énergie est contagieuse. Autant sur scène que dans la foule, le plaisir est palpable.

La danse occupe une place énorme dans le spectacle. Le moment le plus adorable survient lorsqu’elle invite une jeune fille à monter sur scène pour reproduire avec elle la chorégraphie de Lush Life.

Sans révolutionner la pop, Zara Larsson livre un spectacle généreux, efficace, ludique du début à la fin, qui ne se prend jamais au sérieux et qui est franchement amusant.

Not For Radio

Not For Radio

Une petite foule timide était rassemblée pour voir la magnifique performance de Not For Radio à la Scène de la Forêt, programmée ingratement pendant Zara Larsson. Not For Radio, c’est le tout nouveau projet solo de la chanteuse de The Maria’s, Maria Zardoya. Vêtue en mariée gothique, accompagnée de nombreux musiciens dont un violoncelliste et un organiste, Not For Radio a livré ses belles mélodies dans une scénographie rappelant une clairière verdoyante.

Très vaporeuse, sensuelle et rythmée, elle a même mis en scène sa mort avant de réapparaître en version « mariée cadavérique », vêtue toute de noir pour enchaîner la suite de sa dream pop gothique et sophistiquée. Une belle découverte qu’on aurait tout de même préféré voir en salle, on pense entre autres à un Gésu, endroit parfait et assez intime pour recevoir ce type de proposition en pleine gueule (et en plein cœur). 

Gunna

Gunna

Jules Couturier : Coincé entre les spectacles très élaborés de Zara Larsson et de Lorde, Gunna a malheureusement souffert de la comparaison.

Seul sur scène, sans véritable scénographie ni mise en scène, il se contente d’aller et venir d’un bout à l’autre de la scène, tandis que quelques jets de flammes arrivent trop tard pour réellement dynamiser l’ensemble.

Musicalement, Gunna demeure solide dans son registre trap et réussit à maintenir une certaine ambiance. Mais pour les spectateurs moins familiers avec son répertoire, les chansons finissent par toutes se ressembler, ce qui accentue l’impression de longueur et de répétition.

Une prestation correcte, mais qui manquait de relief pour captiver le public pendant toute sa durée et vraiment marquer cette journée d’Osheaga.

Lorde

Lorde a tout de l’étoffe d’une artiste digne d’une tête d’affiche de clôture de festival. Son spectacle, impeccablement artsy, parcourt l’iconographie assumée des principaux thèmes de son large répertoire de quatre albums tout aussi distinctifs qu’exaltants. Après avoir rappelé à tout le monde de bien s’hydrater (gros plan sur son remplissage de gourde!), Lorde s’est lancée dans un enchaînement dont il est difficile de faire mieux: Royals, What Was That et Broken Glass cassaient, justement, magnifiquement bien la glace.

C’est à ce moment que ses danseurs sont venus la rejoindre avec ses musiciens, avec qui elle jouera tout au long du spectacle, abordant un thème récurrent de ses chansons: même entourée, on peut se sentir incroyablement seule. Lorde a ainsi chanté surtout des titres parus sur Virgin et Melodrama, donnant tout ce qu’elle avait entre les morceaux plus rythmés et ses mélodies plus délicates. Chaque chanson avait sa propre mise en scène et la scénographie suivait le flow, tantôt propulsant Lorde seule en haut d’un gigantesque cube surélevé, tantôt la redescendant sur le plancher des vaches, retrouvant ses collaborateurs. 

Justement, tels de mini-tableaux distincts les uns des autres, Lorde s’est assurée de raconter une histoire, créant des images très fortes tout au long de sa performance. On va se souvenir longtemps du pied de micro lui transperçant le cœur, de ses danseurs dévorant la même pomme en même temps, ou de sa veste qui semble être une combinaison de boule disco et d’une partie de Laser Quest. Mais ce qu’on retiendra d’abord et avant tout, ce sont les photos d’elle enfant et adolescente. Projetées à même son propre torse, image hyper puissante d’une femme atteinte de troubles alimentaires depuis des lustres et qui tente encore et toujours de s’accepter comme elle est. 

Et à travers tout ça, Lorde est sympathique, visiblement heureuse d’être là, humble, et privilégiée de clôturer le festival. Elle s’est exprimée plus d’une fois en français « Bonsoir Osheaga! Comment ça va ce soir? » ne cachant pas son plaisir de renouer avec son public montréalais. Et question de bien faire ça, elle a absolument tout donné en fin de parcours, faisant danser la foule sur Supercut, Team, Man of the Year, Girl, so confusing (sans Charli XCX), Greenlight, et David

Comme si ce n’était pas assez, Lorde a terminé son spectacle grandiose en chantant en plein milieu de la foule son succès chéri Ribs, et la pluie s’est mise à tomber dans une synchronicité digne d’une finale de pièce de théâtre de Robert Lepage.

 Un festival réussi

LP Labrèche : Nick Farkas a annoncé en après-midi qu’il s’agissait de la deuxième plus grosse édition de l’histoire d’Osheaga après celle de Kendrick Lamar et Billie Eilish en 2023. Avec ses journées entièrement vendues de samedi et dimanche, on pouvait s’y attendre. Parmi les bons coups de l’organisation, en dehors de la programmation bien sûr, il y a l’ergonomie du site qui est amélioré. Même si les passages entre les deux scènes principales et celles de la Vallée et de la Forêt pouvaient être longs, dans les deux sites, la disposition des installations avait été bien réfléchie. Une autre édition d’Osheaga qui nous laissera de tendres souvenirs en tête.

Inscription à l’infolettre

Ne manquez pas les dernières nouvelles!

Abonnez-vous à l’infolettre du Canal Auditif pour tout savoir de l’actualité musicale, découvrir vos nouveaux albums préférés et revivre les concerts de la veille.

Faire défiler vers le haut

Bloqueur de publicité détecté!

On a remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité. La publicité est un revenu important pour un média indépendant comme nous et nous permet de vous offrir du contenu gratuit de qualité. Est-ce que vous pouvez le désactiver? Ce serait bien apprécié!

- Merci, l'équipe du Canal Auditif