Osheaga 2026 | Jour 2 : Tate McRae + Angine de Poitrine + Wolf Parade + Little Simz + Partyof2 + AJ Tracey + Viagra Boys + Turnstile + Franz Ferdinand
On en a vu de toutes les couleurs samedi à Osheaga, du hip-hop britannique au post-punk suédois, jusqu’à la pop bonbon canadienne. Et on a été charmé du début à la fin. Retour sur une journée bien chargée.
Avec la contribution de LP Labrèche et Nadine Mathurin.
Photos par Claudia Guillemette.
Samedi était la journée la plus attendue du festival, la première à afficher complet, et c’était en grande partie grâce à la venue de la jeune popstar albertaine originaire de Calgary, Tate McRae, qui donnait le premier spectacle de sa carrière à titre de tête d’affiche d’un festival.
Et on doit avouer qu’elle mérite ce nouveau statut prestigieux. Son spectacle était, ma foi, impressionnant.
Tate McRae
Je suis habituellement un amateur de concerts en salle et de festivals de plus petite envergure. Alors, voir l’ampleur du déploiement d’un spectacle d’une mégavedette de la pop sur la plus grande scène de l’un des plus grands festivals de musique au pays m’a quand même époustouflé.
Une quinzaine de danseurs et de danseuses accompagnent la star sur scène, de la pyrotechnie apparaît à plusieurs reprises, des feux d’artifice éclatent même dans le ciel au début et à la fin du concert, les chorégraphies sont travaillées et de haut niveau, et le tout se déroule dans un décor inspiré de la Grèce antique.
Et que dire de Tate McRae? Elle possède ce star power qui rend difficile de détourner le regard. Loin de moi l’idée de vouloir commenter le physique des artistes que je vois en spectacle, mais ici, c’est un peu incontournable, puisque cela fait clairement partie de son image de marque, et en grande partie de ce sur quoi repose le spectacle. Le sex-appeal de Tate McRae est indéniable, tout comme sa beauté, renversante. Le fait qu’elle danse avec une telle maîtrise en ajoute énormément. À la fin du spectacle, elle se trempe littéralement dans un bain d’or pour en ressortir telle une déesse de la Grèce antique.
J’ai passé le spectacle, je dois l’avouer, en admiration béate.

Turnstile
LP Labrèche : Ça faisait un bail que Turnstile n’était pas venu à Montréal. Le groupe avait évité la métropole dans le cadre de sa tournée pour l’album Never Enough. Leur dernier passage remontait à 2023 en première partie de Blink-182. Le groupe a démontré à quel point sa performance était rodée au quart de tour. Énergique et efficace, Turnstile a misé à part égale sur Never Enough et Glow On. Parmi les bons coups, terminer la prestation sur Birds, ma pièce préférée de Never Enough était une manière puissante d’en finir. Seule tristesse pour ma part, je suis fan de Turnstile le band hardcore et ses albums pré-2021 et le groupe n’a presque rien joué de ce matériel.
Nadine Mathurin : Toute la beauté de Turnstile réside autant dans l’attitude de ses fans que celle du band. D’ailleurs, le groupe passe les deux derniers tiers du spectacle à mettre en valeur ce public venu le célébrer. Les cinq membres continuent de jouer, mais ce qu’on voit sur les écrans, ce sont des gens ordinaires, passionnés de musique, qui saluent la caméra, sourient, crient de bonheur, pointent leur chandail à l’effigie du groupe; des enfants sur les épaules de leur parent, des filles qui se frenchent, des gens qui dansent et des gars qui trashent. Tout ça est l’exemple parfait de la communion unique de Turnstile avec ses fans, qu’on retrouve très rarement ailleurs.
Certains détracteurs se plaindront que le groupe n’est plus assez « hardcore ». Qu’il a changé. C’est un faux débat. Turnstile a tout simplement craqué le code de la pop, donnant une couche mélodique à leur musique hard, permettant peut-être à des gens frileux qui n’en écoutaient pas à s’aventurer dans cette avenue musicale. Et se plaindre de cette évolution musicale est nier que Turnstile sert beaucoup plus la scène hardcore maintenant qu’il ne l’a jamais fait auparavant.

Angine de Poitrine
LP Labrèche : Les frères de Poitrine continuent leur domination outrageuse du monde. Même Osheaga se les arrache, les glissant en surprise le samedi après, une surprise qui a été dévoilée avec l’affiche officielle lors de l’ouverture du site vendredi. Angine de Poitrine a été égal à lui-même : bon, weird, amusant et inspirant. Khn a eu chaud en début de prestation alors que, visiblement, une de ses pédales faisait des siennes. Mais le tout est rentré dans l’ordre et les deux frères ont passé à travers le tout avec grâce et constance. Entre le Newport Jazz Festival et le Festivent de Lévis, Osheaga était un arrêt logique pour la formation, qui prendra heureusement une semaine de congé à partir du 4 août. Je crois qu’ils auront mérité un peu de repos avant de se lancer dans une tournée américaine.

Partyof2
Ma deuxième journée d’Osheaga avait débuté quelques heures plus tôt, à l’autre bout du site, avec le spectacle du duo californien de hip-hop alternatif Partyof2.
Les deux membres du groupe, Jadagrace et SWIM, sont meilleurs amis depuis 20 ans. Cette amitié se traduit par une complicité des plus plaisantes à voir sur scène. Leur spectacle est la définition même du mot fun. Le duo chante, rappe et danse à travers des chansons qui mêlent avec beaucoup d’habileté R&B, rap, rock et même punk. Sur scène, ils sont sympathiques, souriants et complices. Du grand plaisir contagieux.

AJ Tracey
Tout de suite après, c’est le rappeur britannique AJ Tracey qui prend le relais sur la scène voisine. Le gars est fort : il rappe sans playback sur des productions grime et UK garage. C’est bon, mais très classique : un rappeur posé et son DJ. Dans le genre, il ne se démarque pas particulièrement. Il n’y a rien de vraiment marquant à retenir de son spectacle.
Wolf Parade
Nadine Mathurin : Wolf Parade compte parmi les bands les plus solides de Montréal. Leur carrière s’étale sur plus de 20 années charnières, cinq albums, et un nombre incalculable d’esti de bons bangers. Confiner le succès du groupe à leur récente et fulgurante envolée après être apparu sur la trame sonore de la série canadienne Heated Rivalry serait carrément malhonnête. Ils font ça depuis 20 ans, ils ont roulé leur bosse, et ils ont encore prouvé ce dont ils étaient capables ce samedi après-midi à Osheaga. Mettez Spencer Krug et Dan Boeckner sur la plus immense scène de votre festival ou la plus petite planche de 2×4 surélevée de votre Ritz PDB, ils vous feront vivre toutes les émotions inimaginables. On a pu entendre beaucoup de chansons de Apologies to Queen Mary, pour le plus grand plaisir des fans de la première heure, et I’ll Believe in Anything en grande finale, pour les plus récents initiés aux téléphones levés.

Little Simz
Mais tout de suite après, voilà qu’une autre rappeuse britannique embarque sur la scène d’à côté avec une prestation mille fois plus originale et engageante : Little Simz.
Little Simz est, sans l’ombre d’un doute, l’une des meilleures (si ce n’est la meilleure) et des plus intéressantes artistes hip-hop des dernières années.
Elle entame son spectacle avec Thief, Flood et Young, les trois morceaux qui ouvrent également son dernier album, Lotus, paru l’année dernière. La formule est rock, portée par des musiciens solides, et cela lui sied à merveille. Little Simz rappe bien, bouge bien et possède un swag naturel ainsi qu’un charisme impérial. Elle est précise, articulée et pertinente.
Puis, après cinq chansons, elle nous surprend en amenant son spectacle complètement ailleurs, le transformant en DJ set. Elle passe derrière les platines pour interpréter quelques pièces de son dernier microalbum, Sugar Girl, et de son album de 2024, Drop 7. Une formule complètement différente, mais qui fonctionne tout aussi bien, idéale en contexte de festival et qui révèle également Little Simz comme une excellente animatrice de foule.
Les membres du groupe viennent danser avec elle avant de reprendre leurs instruments pour revenir à la formule initiale et terminer le spectacle avec ses plus grands succès, aux lignes de basse immédiatement reconnaissables : Point and Kill, Woman et, finalement, Gorilla.
Définitivement un spectacle coup de cœur du festival.

Viagra Boys
LP Labrèche : Il n’y a rien qui respire plus la santé qu’un Américain devenu suédois bedonnant qui chante Sports en enfilant des White Claws à la vitesse de l’éclair. Se promenant allègrement dans son répertoire, Viagra Boys a offert des pièces de son plus récent, viagr aboys, comme Man Made of Meat et Waterboy, comme des pièces aimées de son répertoire : Troglodyte, Ain’t No Thief, Punk Rock Loser, Slow Learner et quelques autres. Par contre, la formation n’a fait aucune pièce de Welfare Jazz. Le groupe a offert une fois de plus une performance poignante. Il y a de l’électricité dans l’air quand Viagra Boys prend la scène et c’est comme ça chaque fois que je les ai vus en concert. Ils sont really cools.

Franz Ferdinand
Nadine Mathurin : Jouer tout de suite après la performance complètement démesurée des Viagra Boys pourrait paraître comme un défi insurmontable pour plusieurs groupes. C’est mal connaître les Écossais de Franz Ferdinand, réussissant à canaliser l’énergie bien présente de la foule en lui faisant faire pas mal tout ce que le band voulait tout au long de leur performance. Dès l’entrée sur scène, la chimie opère entre la foule et le charismatique chanteur, Alex Kapranos, qui n’a pas hésité à nous prouver à quel point il est francophile, s’adressant dans la langue de Molière entre chacune des chansons. On l’avoue, ça a fait son effet. The Dark of the Matinée, Walk Away, Hooked, le répertoire de Franz Ferdinand est tellement riche en chansons énergiques, on se dit que le choix doit être difficile à faire pour une perfo de 50 minutes. Pis là paf! ils enchainent avec Do You Want To, heureusement qu’on était dehors parce qu’un plafond aurait carrément explosé. Un combiné final de Take Me Out / This Fire était tout ce qui avait de plus satisfaisant, dansant, énergisant, et une autre preuve que We’re lucky, lucky, We’re so lucky d’avoir Franz Ferdinand sur cette super programmation de festival.

























































Crédit photo: Claudia Guillemette