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Mutek 2019 — jeudi 22 août

Retour sur cette troisième journée de Mutek où on pouvait voir Ryoichi Kurokawa, 404.zero, Jan Jelinek et bien plus.

Crédit : Mutek / Bruno Destombes

A/Visions 1

Après X/Visions la veille qui proposait de regarder vers l’intérieur pour voyager, A/Visions 1 ramenait notre regard sur la toile de fond du Théâtre Maisonneuve avec l’artiste audiovisuel Ryoichi Kurokawa. Le lieu était parfaitement adapté à la présentation de son œuvre subassemblies, une combinaison de visuel 3D d’un segment de forêt et d’immeubles abandonnés avec une musique drone ponctuée d’itérations mécaniques et d’électricité statique. La première partie ouvrait sur un vol plané qui entre progressivement dans une forêt, révélant des arbres représentés en particules flottantes, comme une grille numérique répliquant le lieu filmé. La trame sonore drone ajoutait de la pesanteur au vol plané jusqu’à ce que celui-ci soit coupé abruptement au montage, passant à un segment plus saccadé et rythmique avec des plans de caméra qui plongent, remontent et revisitent la forêt dans tous ses angles. La transition vers la deuxième partie était fascinante, faisant fondre la forêt à travers une grille, à partir de laquelle se ‘manufacturait’ ensuite des plans architecturaux d’immeubles sur une trame de clichés photographiques saturés. Le visuel est passé à une visite de lieux abandonnés, passant à travers les murs comme des fantômes d’une civilisation passée. Après une ponctuation dans le noir et un mélange sonore expérimental, la troisième partie concluait avec les deux univers mélangés, laissant sur un clin d’œil somme toute positif de la nature qui reprend possession des lieux empruntés par l’ère humaine.

Crédit : Bruno Destombes / Mutek

Le duo russe 404.zero faisait la deuxième partie avec leur musique synthétique modulaire et leurs projections 3D de masses nuageuses et organiques, de formes géométriques et architecturales. L’écran était coupé de façon à créer un monolithe vertical, comme une porte vers une dimension parallèle dans laquelle l’espace-temps est codé différemment. La trame musicale s’est envolée lentement comme un drone planant durant le premier segment, variant en niveau de saturation et de feedback sur un fond de nuage synthétique. Le passage au deuxième segment proposait un visuel à la géométrie et l’architecture trafiquée par un flot organique, donnant une impression de visiter une centrale hydroélectrique sibérienne avec la réverbération de tunnel en béton gelé. Le segment suivant continuait de façon plus abstraite avec une représentation de minerais fondus, comme la formation d’une croûte terrestre accompagnée par une trame synthétique sci-fi. Voyage réussi.

Play 1

La deuxième partie de ma soirée se déroulait à l’Agora (ou l’AHQCSUQAM pour les intimes) de façon plus abstraite avec un thème esthétique tournant autour de la génération d’ondes sonores et de la manipulation de celles-ci en direct. C’est ce qu’Adam Basanta a fait en ouverture de programme avec la guitare acoustique retrouvée sur son album Intricate Connections Formed Without Touch. L’ingéniosité du montage et l’étendue de la palette sonore se sont super bien transposées sur scène, Basanta prenant le temps d’ajuster les vitesses d’oscillation et les niveaux de textures des différentes sources sonores, et ajoutant quelques échantillons de voix dans le mélange. Une version en direct convaincante qui a bien démarré Play 1.

Crédit : Mutek / Myriam Ménard

Je pensais que le duo suivant allait jouer ensemble, mais c’est finalement Daniel Majer qui a assuré la première partie de la version en direct de leur prochain album conjoint, It’s Counterpart. Majer nous a proposé un collage ingénieux de sa collection d’échantillons trouvés, le montage était relativement posé et abstrait, donnant au public le temps d’apprécier les mouvements de chaque extrait traité, sans pour autant révéler leur provenance. Jonathan Scherk a ensuite pris place en continuant le programme dans le même esprit, en faisant voyager le public à travers une quantité phénoménale d’enregistrements sonores, focalisant sur les textures de chacune en les découpant en petites pièces détachées. Le montage plus serré donnait une impression de revisiter des souvenirs en accélérés, et apportait un aspect élastique au temps.

Crédit : Mutek / Myriam Ménard

Jan Jelinek, dont le travail a inspiré les deux artistes précédents, suivait en troisième partie avec la version en direct de Zwischen, album dont la matière première vient de tous les sons et bruits situés entre les mots enregistrés durant des entrevues radiophoniques avec des personnalités publiques. Le résultat est d’autant plus fascinant, puisque le montage en direct créé une sorte de face cachée de l’entrevue, concentrée sur les bruits mécaniques de la bouche qui s’apprête à parler ou qui vient tout juste de terminer et des ponctuations de respiration par le nez que ça implique naturellement. Jelinek nous a ainsi placé tout prêt des interlocuteurs, comme des spectateurs de laboratoires inspectant chaque cliquetis de la communication humaine.

Crédit : Mutek / Myriam Ménard

Lady Gudrun Gut terminait la soirée de façon tellement plus dansante avec des extraits de son dernier album Moment et autres remixes en direct constitués de pièces cold wave, industriel, post-punk et techno. Un contraste qui était le bienvenu après un certain niveau d’abstraction, et une conclusion parfaite à une excellente soirée.

Crédit photo: Bruno Destombes

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