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Le Multitude Tour de Stromae au Centre Bell le 25 novembre 2022

Stromae était de retour à Montréal pour le premier de quatre spectacles au Centre Bell avec son Multitude Tour.

Photos par Alexanne Brisson

Je m’en confesse : je ne suis pas une habituée des spectacles d’aréna. Mon texte sera probablement teinté par cette perception. Par exemple, la vue des lumières de téléphone cellulaire qui s’agitent ci et là avant le début du concert m’amusent plus qu’elle ne le devrait. C’est soit mon cœur d’enfant, soit le fait que je ne vais jamais voir de spectacles au Centre Bell. Pour vous donner une idée, la dernière fois que j’y mettais les pieds, c’était pour aller voir Paul McCartney il y a quatre ans. J’étais dans la plus haute section. L’idée d’être journaliste dans la vie ne m’avait même pas encore effleuré l’esprit. De retour à aujourd’hui. En cherchant ma section (après avoir cherché la bonne entrée), j’ai eu une pensée pour Édith Butler et son album Le tour du Grand Bois, en me demandant si ledit tour de ce « Grand Bois » était aussi long que de faire le tour du Centre Bell parce qu’on est partie du mauvais bord. En tout cas.

Ce délai, causé en grande partie par mon talent pour toujours choisir la mauvaise direction lorsque je me retrouve à la croisée des chemins (mêlé avec mon sens de l’orientation complètement déficient), m’a fait manquer la majorité de la première partie assurée par Sho Madjozi. Lorsque je pose finalement mes fesses sur mon banc, elle est en plein dans une chanson, et elle remercie Montréal. Je me dis donc : « Oupelaïe, j’ai manqué toute sa performance, je pense… » Mais finalement non. J’aurai le loisir d’attraper deux chansons. Sho Madjozi est un bon choix pour ouvrir pour Stromae : elle est énergique, son flow est impeccable et ses danseuses, Miss Mia et Gilla, donnent tout ce qu’elles ont.

Crédit : Alexanne Brisson

Le plat de résistance : Stromae

Le message préenregistré du Centre Bell a le temps de résonner deux fois avant que l’auteur-compositeur-interprète monte sur scène. Des chansons très connues, dont Mr. Vain de Culture Beat, I Like to Move It (avec The Mad Stuntman) de Reel 2 Real et finalement Rythm is a Dancer de Snap! ont elles aussi le temps de jouer. Puis, ça s’arrête sec. Les gens commencent à hurler : le spectacle va commencer.

Ça débute avec une projection où on retrouve le maître de la soirée dans une vidéo animée qui nous propulse dans un monde futuriste. D’ailleurs, ses animations reviendront sporadiquement pendant le spectacle (j’en reparlerai plus tard). Au départ, lors de Fils de joie, je me demande si leur présence sert à camoufler quelque chose. Mais vers la fin du morceau, lorsque Stromae se laisse aller à quelques pas de danse, je comprends que non. Il sait doser son énergie, rester statique quand il le faut et tout donner le reste du temps. Rapidement, il s’adresse à la foule : « Ça fait plaisir d’être de retour, pour quatre Centre Bell en plus », lance-t-il. Sur scène, Stromae est accompagné de quatre musiciens installés sur des plateformes surélevées, qui ressemblent un peu à des tapis roulants futuristes. Ça commence en force avec Invaincu.

Crédit : Alexanne Brisson

S’en suit Fils de joie, mais avant de l’entamer, on lui apporte un lutrin politique (oui, le truc qui sert aux politiciens pour faire leur discours lors de point de presse). Immédiatement, les gens lèvent les poings. La question se pose : sommes-nous dans un spectacle de musique ou un rassemblement politique? À voir l’engouement du public, si Stromae se décidait à se lancer en politique (au Québec, pour une raison que seul lui pourrait nous donner), il aurait de fortes chances de l’emporter aux prochaines élections. Chacune de ses actions est acclamée chaudement.

Crédit : Alexanne Brisson

L’art de la mise en scène

Stromae maîtrise plusieurs arts. Mais l’un d’entre eux, sans contredit, est l’art de se mettre en scène. Chaque mouvement est pensé repensé et re-repensé, ça se sent. Tout est calculé au quart de tour. Pendant Tous les mêmes, il danse comme si la scène lui appartenait. Puis, à un moment opportun, il se dirige vers un de ses musiciens, l’embrasse sur la joue, ce qui fait réagir positivement la foule. Même chacun de ses mouvements est réfléchi afin de faire réagir la foule d’une manière ou d’une autre. Dans Mon amour, par exemple, le mouvement associé à la question « Est-ce qu’il en a une plus grosse que moi? » est plutôt clair. Lorsque je dis que tout est planifié au quart de tour : le personnage animé de Stromae est habillé de la même manière que le chanteur l’est sur scène. La ville où il joue est même présentée sur une carte.

Le décor joue un rôle clé dans son spectacle. Pendant Mauvaise journée, on retrouve l’artiste dans une chorégraphie avec un fauteuil qui bouge tout seul. Ça s’explique par ce vers « laissez-moi c’est mon droit d’être déprimé dans mon fauteuil » que l’on peut entendre au refrain. Juste après, pour montrer la dichotomie de la vie, il propose Bonne journée. À un moment très précis, il demande à tout le monde de sauter, et il y a quelque chose de réjouissant dans la vue de ces gens qui sautent en vague. Avant de se lancer dans Papaoutai, probablement l’un des titres les plus attendus de la soirée, Stromae annonce : « Pour la prochaine chanson, j’ai besoin d’un petit assistant. » Les gens commencent à en proposer, offrant au chanteur leur enfant ou leur ami, ce à quoi il répond : « Non, mais je l’ai, c’est gentil! C’est un petit chien robotique » qui fait son entrée sur scène, qui fait quelques tours et puis s’en va.

Il sait aussi trouver le juste équilibre entre offrir des morceaux tirés de son dernier album, Multitude, tout en puisant dans ses anciens succès. Tous les mêmes, Papaoutai, Formidable et Alors on danse, chacun a son moment de gloire pour faire chanter les milliers de gens réunis.

Crédit : Alexanne Brisson

Des projections bien pensées

Comme énoncé ci-haut, les animations dominent ce concert. Pendant Pas vraiment, pièce dans laquelle il questionne les couples, une projection d’une tour d’habitation est présentée. On voit les gens vivre par les fenêtres. Certains dansent, un mange seul, l’autre va se coucher, pendant qu’un couple se demande en mariage, comme pour appuyer les propos de sa pièce. D’ailleurs, les écrans qui soutiennent ces projections ne sont pas statiques. Elles sont parfois déplacées par des bras robotiques (que l’on aperçoit pour la première fois en version animée) faits par une firme allemande. Ces déplacements permettent des changements d’ambiance et de décor tout en subtilité. En outre, il profitera de la présence de sa femme dans la salle pour lui exprimer sa reconnaissance. « Elle m’a fait un magnifique bébé il y a quatre ans », explique-t-il. C’est pourquoi il a décidé de lui offrir « la suite de Papaoutai : C’est que du bonheur. » Pendant cette chanson, les animations montrent le musicien dans cinq phases de sa vie, de bébé à vieillard.

Ce sont d’ailleurs lesdites animations qui lui permettront de lancer une autre des chansons les plus attendues du concert : Alors on danse. Juste après sa sortie de scène, on le retrouve de manière animée alors qu’il tente de jouer son immense succès. D’ailleurs, avec tous les cris qui ont été poussés pendant Alors on danse, je pense que j’ai perdu mon ouïe. Si jamais vous la retrouvez au Centre Bell, vous pouvez me faire signe au 514-123-4567