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Le Festival en chanson de Petite-Vallée 2015

NouveaulogopvalleeUne fois par année plusieurs jeunes musiciens et quelques artistes accomplis font le voyage jusqu’à ce village de 150 habitants en Gaspésie. Petit îlot de bonheur au bord du golfe naissant, le Théâtre de la Vieille Forge accueille une bonne partie des spectacles alors que l’église du village voisin de Cloridorme sert de lieu aux événements de plus grande envergure.

Mais Petite-Vallée, ce n’est pas à la porte! Les yeux encore cimentés, notre petite délégation journalistique avait rendez-vous aux aurores pour attaquer les onze heures de route qui se dressaient devant nous. Mais la route en vaut la peine. À notre arrivée, le spectacle époustouflant qui s’offrait à nous valait bien quelques heures de confinement dans un minibus.

Passons aux choses sérieuses, le voulez-vous? Musicalement, qu’est-ce qui s’est passé là-bas? Tout s’est amorcé avec l’un des arrimeurs (j’y reviendrai plus tard), Yann Perreau, qui nous offrait un spectacle solo au piano dans lequel il en a profité pour partager plusieurs anecdotes, histoires, chansons et rires. Après une Conduis-moi et une Pays d’où je viens habilement réussie, il nous a balancé Le bruit des bottes incroyablement puissante en version piano-voix. Le grand enfant a continué en nous récitant Je danse de Jean-Paul Daoust digne du dandy poète.

En soirée, c’est l’éclaté jazzman Ben Paradis qui venait divertir les spectateurs présents au Théâtre. Voyageant à travers son répertoire, il a collectionné les sourires grâce à la chanson Fuck le rêve tirée de son album T’as-tu toute? Lâche pas la patate et Camping nous ont offert aussi de très beaux moments alors que Mehdi a ravi la foule. C’était un retour réussi pour ce lauréat interprète du concours en 2004.

Samedi, c’était au tour de David Goudreault de nous faire découvrir son slam agile et rythmé en plein après-midi. En plus de maîtriser son débit avec une habileté remarquable, celui-ci sait construire des images limpides à l’aide de ses mots. Son texte sur Sol est tout simplement magnifique et valait à lui seul le déplacement. Puis, c’est le Marseillais Nevché qui est venu se présenter puis conquérir le public du Théâtre de la vieille forge. Il a rapidement mis les spectateurs dans sa petite poche et nous a livré ses pièces qui oscillent entre slam et rock, mais qui contiennent toujours une bonne dose de charisme.

Au menu en soirée, nous avions droit à un spectacle de Kevin Parent qui se retrouvait en territoire connu puisqu’il est originaire de la baie des Chaleurs. Il a été généreux, tellement qu’en plus de livrer ses succès populaires, il a étiré la sauce un bon quarante-cinq minutes de plus. C’est Alexandre Désilets qui a dû en payer les frais, son spectacle commençant avec une bonne heure de retard. L’Église de Cloridorme, bondée pour l’occasion s’est transformé en grande messe que le chanteur Gaspésien a menée d’une main de maître. Par la suite, c’est Désilets qui a repris le flambeau à la vieille forge avec un spectacle à l’image de Fancy Ghetto: dansant, accrocheur et très dynamique. À voir les nombreux popotins qui brassaient autant qu’une Whirlpool mal balancée, il semble avoir conquis les fêtards. Parmi ses coups les plus réussis? Bas-toi mon cœur était particulièrement captivante alors que Renégat a frappé dans le mille.

Dimanche, l’inquiétante Salomé Leclerc venait faire son tour, accompagnée de ses mâles barbus (Philippe Brault et José Major) et celui qui l’est moins (Benoît Rocheleau). Un groupe qui ferait rougir de jalousie bien des artistes. La jeune femme a donné une excellente performance ponctuée d’un nombre incalculable de sourires et de riffs bruyants. Ses chansons laissent plus de place au rock sur scène et mes tympans amochés par les années de lourde distorsion étaient tout à fait ravis. En plus des chansons de 27 fois l’aurore, dont l’excellente Arlon, elle nous a fait sa convaincante version de 20 ans de Léo Ferré et une nouvelle vieille chanson qu’elle avait déjà jouée quelques fois en spectacle: Sur moi la glace qui est tout simplement fabuleuse. Une autre artiste qui est passée par Petite-Vallée avant de s’établir en tant qu’une des meilleures jeunes auteure-compositrice-interprète.

En soirée, Alexandre Belliard et son projet Légendes d’un peuple ont pris la scène. Épaulé pour quelques chansons par Daniel Boucher, Salomé Leclerc, Yann Perreau et Alexandre Désilets, le jeune homme a réaffirmé l’importance de ce projet qui remet de l’avant certains pans oubliés de notre histoire collective québécoise. Si musicalement, ce n’est pas notre tasse de thé au Canal Auditif, on peut dire par contre que le projet est tout à fait nécessaire et louable.

Mais bon, le Festival en chanson de Petite-Vallée est aussi une vitrine de choix pour les artistes qui participent aux différents camps professionnels. D’un côté, nous avions les «chansonneurs» qui sont accompagné par Yann Perreau et Marie-Claire Séguin. On est en présence de jeunes artistes qui visent la carrière professionnelle. L’accompagnement par des artistes établis est vital et permet de passer un peu de leur sagesse sans que cela devienne trop scolaire d’où le terme «arrimeur» pour qualifier les paires qui les accompagnent. Parmi les jeunes loups se trouvait Émile Bilodeau qui a terminé troisième aux Francouvertes ainsi que le Sarah Olivier Trio directement débarqué de France qui valait particulièrement le détour. Ce trio de jazz est mené par une jeune femme théâtrale, confiante, exubérante et franchement rafraîchissante. On sentait que ceux-ci avaient une proposition artistique bien plus aboutie.

Du côté des auteurs-compositeurs, quatre artistes étaient suivis par le coloré Bori et le passionné Daniel Boucher qui les amènent à créer des chansons pour et en compagnie des «chansonneurs». On les pousse à sortir de leur zone de confort pour explorer de nouvelles avenues créatrices. Le dernier volet, Les rencontres qui chantent, est une résidence de création composée de douze artistes de la relève qui se rejoignent et créent de nouvelles œuvres sous l’œil bienveillant de Gaële et Guillaume Arseneault. Ceux-ci sont choisis parmi la francophonie mondiale ce qui a amené Nevché de France, Paul Cournoyer d’Edmonton autant qu’Oli Laroche de Montréal. Le résultat était tout à fait éclectique et réussi. Entre la pièce appréciable de Bouridane, Mademoiselle Philippe et ses compositions lubriques et Éric John Kaiser qui a écrit un vibrant hommage à Petite-Vallée, on n’avait pas le temps de s’ennuyer.

Il faut rappeler l’importance de ce genre d’opportunités pour de jeunes artistes. À Petite-Vallée, ils sont isolés de leur vie quotidienne et n’ont pas d’autres choix que de se concentrer sur la musique. Cela donne des ateliers intensifs. Tout cela est réalisable grâce des passionnés qui année après année doivent remuer mer et monde pour trouver le financement nécessaire pour la survie de l’événement. Il n’y a pas si longtemps Alan Côté, le directeur du festival avait avoué au collègue Philippe Papineau que le déficit accumulé les dernières années atteignait maintenant 275 000 $. Il est plus nécessaire que jamais de soutenir ce genre d’initiative qui forme les artistes de demain, mais surtout qui assure la passation de la culture québécoise d’un créateur à l’autre. Un peuple en santé est un peuple avec une culture vivante et cela prend des efforts gouvernementaux. À cette époque où l’économie semble être la seule préoccupation, il faudrait peut-être se rappeler que la culture est le ciment qui lie les gens. De plus, la portion «festival» est une occasion unique pour la communauté gaspésienne d’être en contact avec les artistes et d’assister aux spectacles.

On nous a fait découvrir aussi le parc Forillon et voici 5 faits marquants lors de la visite en compagnie des experts de Parcs Canada:

1. La Gaspésie a été fortifiée pendant la Deuxième Guerre mondiale puisque des sous-marins nazis coulaient les bateaux à l’entrée du St-Laurent. Pour ce faire, ils attendaient la nuit et lorsqu’un bateau passait devant les lumières d’un village, ils les torpillaient. Des vestiges sont encore présents, dont un gros canon qui vise le Golfe.

2. Félix Leclerc semblait avoir une «amie» bien spéciale en Gaspésie. Sacré Félix!

3. J’ai vu une maman ourse avec ses petits. C’était ben cute.

4. J’ai chanté des chansons à répondre plutôt vulgaires ce qui m’a fait comprendre que même dans les années 20, les gens étaient très au courant de la notion de «coït».

5. La mer c’est une des plus belles choses qui existe. On devrait la visiter plus souvent.

Bref, la Gaspésie m’a très bien accueillie, je me suis fait de nouveaux amis, on a ri aux larmes et surtout j’ai eu la chance d’assister à un festival unique qui, en ces jours où la culture semble se résumer aux feuilletons présentés à TVA, est d’autant plus important. L’année prochaine, va donc fêter la fête du Canada en Gaspésie. Tu ne le regretteras pas, parole de scout!

http://www.villageenchanson.com/festival/

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