Festival FRIMAT | Jour 2 : Belle Promesse + Grand Eugène + Émile Bilodeau + Barre à clou + Guhn Twei
La seconde journée du FRIMAT donne lieu à un vendredi folk, rock et heavy à souhait. Quelques soucis techniques ont eu lieu, mais ils ont suscité davantage de compassion, de distorsion et d’ovations que de distractions.
« Oui, oui, oui, oui […] », projette Belle Promesse, « groupe musical de la belle province » qui affirme ses penchants pour les régions et la souveraineté du Québec. La formation de confession indépendantiste souligne admirateur·ices présents dans la salle.
Certains hissent le drapeau aux fleurs de lys alors que d’autres soulèvent des pancartes plus audacieuses au slogan du type « belle prostate » que le guitariste Danik Bolduc, visiblement touché, ne manque pas de remercier.

Bonenfant, taquin, ludique et sans malices, la formation se lance des regards d’alerte, des grimaces et toute sorte de manœuvres loufoques qui feignent la perte de contrôle.
Le public est jaloux de la complicité du groupe de pop-rock francophone qui paraît triper tellement que leur symbiose donne le FOMO d’encombrer encore plus la scène de la réserve à minerai.
Grand Eugène
La troupe de Melyssa Lemieux et Jeremy Lachance a le vent dans les voiles par les temps qui courent, eux qui bénéficient d’une ascension fulgurante sur les plateformes comme à tous leurs spectacles sur les festivals. Seulement, leur passage au FRIMAT a donné lieu à plusieurs malheureux problèmes au niveau du son.
L’instrumental envahit la voix de la chanteuse en début de chanson et baisse d’un coup en sonorité pour laisser la batterie les enterrer tous, jusqu’à la fin du morceau. Des chutes drastiques de son et des déséquilibres font vivre une désillusion à une imposante foule réunie pour Grand Eugène.
Un ou deux accros ne méritent pas d’en faire un cas, ce sont des choses qui arrivent. Cependant, les problèmes ont persisté et à la longue, le public a donné l’impression de s’essouffler d’un spectacle qui se révèle en demi-teinte.

Omg, Cimetière et Monstre sont les seules presqu’épargnées, mais la hâte de les entendre a peut-être corrompu le jugement d’un public gagné d’avance.
L’ambiance reste à la fête, malgré tout, alors que les membres du groupe s’amusent à se prendre en photo avec un appareil jetable. Compte tenu des violents mouvements saccadés durant les prises, l’acte fait douter de la qualité qu’auront ces clichés.
Après la résurgence du nu métal, le claviériste Nassim Dib-Mudie, qui se sent les aises de jouer à pieds dénudés, lance le nu pédale comme quoi le confort prime drôlement sur la bienséance podale.
Émile Bilodeau
Avant même le début de la performance, les cris de ralliement entendus en coulisse donnent une idée de l’énergie sur le point de frapper le public de plein fouet.
Le chanteur donne tout jusqu’au bout de sa sueur et de ses attachantes maladresses. Les serviettes virevoltent comme des projectiles à la rescousse des fronts luisants. Émile Bilodeau parcourt la scène d’un bout à l’autre, non sans risquer des chamboulements d’équipements, mais aux finales, on peut dire que Ça va.
Le directeur de tournée a risqué de ne pas mériter son gâteau d’anniversaire alors que la guitare de Émile n’a pas semblé être en mesure de marcher, même branchée. Personne ne s’est laissé abattre et les riffs ont pu reprendre avec l’intensité que l’on connait à l’artiste.
« Malgré la guerre qui continue d’être en guerre, le racisme à la coupe du monde et qu’on ait failli avoir Bernard Drainville comme premier ministre, l’amour va toujours l’emporter », revendique-t-il alors qu’il souligne ses 10 ans de métier.
« Les multinationales continuent de faire du cash sur le dos des gens, la hausse du niveau des eaux se poursuit », dénonce-t-il entre autres, avant d’interpréter Métamorphose, la pièce écoanxieuse qui prend d’autant plus son sens, 5 ans après sa sortie.
Le public a bu chacune des paroles du chanteur qui s’enflamme et entretient la foule à la manière de Freddie Mercury. Une véritable bête de scène, Émile a offert le premier rappel et la première salle comble de cette édition du festival.
L’after métal
Barre à clou et Guhn Twei assure le premier véritable après-bal du festival offre au FRIMAT une nuit marquante. Criblée de bousculades euphoriques, de distorsion envoûtante et de pub pour la marchandise, la soirée a été intense du début à la fin.
Guhn à clou, composition qui lit les deux groupes, est le point culminant du spectacle. Guhn Twei rapatrie, Marc-André Boucher, le chanteur de Barre à clou au visage couvert, tel un militaire dans le désert, pour une interprétation qui soulève La Cité de l’Or.

À un moment, la dérape est le mot d’ordre. La bière s’échappe de ses contenants et gicle, par-ci par-là, sur les gens qui perdent leur bandana comme ils perdent l’équilibre.
Certains ont porté des bouchons tellement la basse de Barre à clou nous prend par les tripes. La maîtrise de l’instrument donne l’impression de sentir les doigts de Jérémy Pépin se déplacer sur les frissons et les tremblements qui nous parcourent.
D’un texte qui parle de « se câlisser en feu » à une pièce écrite par de jeunes élèves qui craignent l’eau de leur lac, le chanteur de Guhn Twei, Simon Turcotte, est armé d’une voix d’une solidité désarmante.
Le groupe se dévoue à l’image de cette deuxième journée où, en maîtrise ou pas, chaque couche d’instrument et chaque artiste est soutenue pour briller devant une assistance déchaînée comme le Déluge.
Crédit photo: William Brière Daigle