Concerts

FIMAV 2021 — Tamayugé, Thisquietarmy X Away et Growler’s Choir

Le 17 mai se mettait en branle le FIMAV qui avait dû prendre une année de congé en 2020 en raison de la crise sanitaire. Si le festival est reconnu pour ses invités internationaux prestigieux, cette année, il a misé 100% local et la qualité de ce qui était présenté n’en a pas souffert du tout.

Mettre les pieds dans une autre ville pour couvrir un festival, voilà quelque chose qui était devenu lointain dans mon esprit. La dernière fois : le FME en août 2020. C’est avec plaisir que j’ai retrouvé le Carré 150 pour ce premier concert dans mon périple au Festival international de musique actuelle de Victoriaville. Le tout commençait sur un plateau-double de Tamayugé et Thisquietarmy X Away.

Tamayugé

Tamayugé est l’alliance de deux immigrantes ayant pris Montréal comme terre d’accueil. La première, nous la connaissions un peu plus, la chanteuse Maya Kuroki, originaire du Japon, qui officie aussi dans TEKE::TEKE. La seconde se nomme Tamara Filyavitch, originaire d’Ukraine, joue avec toute sorte de machines. Leur proposition est hautement théâtrale et mélange des sonorités quasi-8 bit avec un peu de kitsch. Sur ces trames, Kuroki se laisse aller à des litanies vocales qui passent de l’étrange, au cauchemardesque, à une mélancolie touchante. C’est intense, intéressant et franchement bizarre. J’ai émergé de leur performance avec plus de questions que de réponses.

Thisquietarmy X Away

En décembre dernier, Eric Quach et Michel Langevin (Voivod) ont The Singularity, Phase I. Dans celui-ci, on retrouve les forces des deux musiciens : d’un côté la force rythmique de Langevin qui sait se débrouiller dans la sphère métal et de l’autre le drone dissonant de Quach. C’est exactement ce que la paire nous a offert sur scène. Par contre, la puissance de la proposition prend toute la place sur scène. Michel Langevin nous a fait vivre un voyage à travers les rythmes de batterie issus du thrash métal alors que Quach s’est assuré que la guitare garde le fil conducteur de l’ensemble à travers des variations bruyantes. Le résultat est franchement efficace. Et disons-le, Langevin, c’est une solide machine derrière les fûts. Un très beau moment pour les oreilles.

Growler’s Choir

J’avais très hâte de voir le Growler’s Choir sur scène. Le projet complètement fou de Pierre-Luc Senécal qui utilise le « growl » de manière orchestrale repousse les limites des chants choraux et metal. Les deux alliés ensemble donnent des résultats époustouflants. Pour ce concert qui était donné au Colisée Desjardins, le chœur dirigé par Pierre-Luc Senécal offrait deux pièces parues dans la dernière année et demie : The Day King et Hate.Machine, en plus d’entourer le tout d’improvisations vocales dirigées.

Pour le Dayking, la chorale était accompagnée de Fortner Anderson, poète et artiste de performance, qui signe le texte au centre de cette œuvre impressionnante. S’il y a une chose qu’il faut retenir, c’est la grande maîtrise de leur voix que possèdent ces chanteurs. Non seulement savent-ils jouer avec des sonorités métal, mais nous envoient aussi des chants de gorge tibétains, des sonorités de type « asmr » et bien d’autres acrobaties vocales. Hate.Machine pour sa part se rapproche du métal plus traditionnel dans sa facture. Bien évidemment, avec les mesures sanitaires, il aurait été difficile d’embarquer des musiciens sur scène en plus du chœur, donc ils faisaient le tout accompagné d’une bande maîtresse. Ça enlève un peu de force à la partie instrumentale, mais ça demeurait très convaincant.

The Growler’s Choir est une idée de Pierre-Luc Senécal qui dirige et est rejoint sur scène par : Yves Godbout (Within Anguish), Maude Théberge (Valfreya, Sanguine Glacialis) Corinne Cardinal (Valfreya) Marie-Claude Fleury, Maxime Daigneault, Estelle Martinez, Philippe Langelier (Canadian Idol) Misha Standjofski-Figols, Laurent Bellemare (Basalte, Conflux, Serocs, Sutrah), Pascal Germain-Berardi (Archetype, Opéra de Montréal, OSM, Temps Fort, Voces Boreales), Jeff Mott (Hands of Despair), Samuel Arseneau-Roy, Roxana Bouchard (Your Last Wish) et Patrick Goyette.

Le FIMAV a encore une fois démontré toute la richesse de la musique actuelle et d’autant plus, cette fois-ci, avec une saveur 100% locale. Chapeau à toute l’équipe qui a avancé contre mers et marées en préparant cette édition hors du commun.

Crédit photo: Martin Morissette