Concerts

FEQ 2018 – Kurt Vile et Neil Young

Soirée introspective en vue sur plaines où les guitares et la réverbération me feront (j’espère) oublier le public désagréable de la première soirée. Je manque Lukas Nelson, l’un des fils de Willie, mais on me dit qu’il était très charismatique et très dynamique. Pour combler l’attente avant Kurt Vile une station de radio amène deux gagnants d’une passe or (je pense) à venir prendre un selfie sur la scène avec la foule en arrière-plan. Tout le monde est malaisé une fois, puis l’animateur décide d’en prendre un deuxième. Personne ne leur demande de faire un rappel.

Kurt « mellow dude » Vile

20 h marque l’entrée en scène du rockeur déglingué de Philadelphie. Cheveux au vent et bière médiocre dans les mains (selon les goûts d’un informateur), il nous salue, enfile sa guitare blanche et part. C’est difficile pour moi de critiquer un artiste que j’apprécie autant. Son rock est touchant, drôle, bizarre et constamment créatif. Oui, il a une voix traînante. Oui, il n’a pas de présence sur la scène immense des plaines. Oui, il ressemble à un épagneul abandonné avec ses cheveux embroussaillés et son regard un peu vitreux, mais si j’avais à n’écouter qu’un artiste pour le restant de mes jours il serait dans mes choix possibles. Même son énergie est complètement le contraire d’un rock d’aréna, il captive par les mélodies qui s’enfonce dans votre tête et votre torse. Chaque note est jouée avec une lenteur apaisante, contemplative. Le coucher de soleil se met de la partie, il y a quelque chose de magique dans l’air. Toutes les pièces sont excellentes, mais Outlaw où le banjo est à l’avant plan et les effets psychédéliques de Girl Called Alex sont les moments forts de la sélection que Vile nous offre. Il me semble que chaque chanson est une version modifiée de celle entendue sur l’album. Parfois, Vile répète des mots ou tronque des phrases pendant qu’il s’amuse à triturer ses accords à la guitare

En milieu de parcours il s’exclame « We’re gonna keep it mellow » avec un sourire en coin. Merci de nous avoir prévenu Kurt, mais on s’en doutait. La vie passe plus lentement quand Vile joue de sa guitare, et ça fait du bien. Je l’ai dit d’entrée de jeu : je suis déjà un converti.

 

 

Neil Young

30 minutes après que le « dude mellow » soit repartit boire sa bière pas chère, l’improbable se produit : Neil Young est sur scène à Québec pour la première fois de sa carrière. La légende avance tranquillement sur scène avec ses quatre acolytes pour cette tournée, une bande nommée Promise of The Real. La foule crie, puis elle est enterrée par la guitare de Young, rapidement rejointe par celles des frères Lucas et Micah Nelson. Un mur de son nous compresse l’estomac. Le reste est flou. Les deux premières pièces sont des jams qui totalisent environ 25 minutes. C’est un groupe qui se connaît, ça paraît. Parfois, de la masse d’accords pleins de fuzz émerge un refrain hyper connu : « Keep on rockin’in the free world ! ». On entend aussi un bon « Fuck You Trump ! » bien senti. On est éberlués de chanter en cœur avec ce jeunot de 72 ans.

C’est fascinant de voir à quel point les cordes vocales de ce géant du folk rock tiennent encore la route. Cristallines, tout simplement. Elles semblent constamment sur le point de se briser, écorchées, mais tiennent bon. Se dandinant ou sautillant difficilement, Young laisse courir ses doigts sur les cordes. Précises ou complètement possédées, ses mains semblent animées d’une énergie inépuisable alors qu’il entame un énième solo pendant Down By The River, qui doit durer plus de 10 minutes.

Dire qu’ils jouent fort serait un euphémisme. Old Black en paye le prix. Ses cordes ne supportent pas la puissance d’un Young qui les martèle avec vigueur. Ça ne l’empêche pas de continuer à frotter les cordes sur l’un des micros de la guitare, la distorsion est à son comble. Je le connaissais principalement pour son folk, maintenant je comprends que c’est le rock qui le pousse à continuer.À travers toutes ces ondes électriques, des moments plus doux et acoustiques nous bercent. Young laisse la scène à Lukas et Micah Wilson qui démontre leur talent vocal à la hauteur de leur jeu de guitare. Je ne l’espérais plus, mais au rappel il entonne les accords familiers d’Harvest Moon. C’est beau, si beau.

Au final, 2 heures de spectacle (qui aurait pu s’éterniser si ce n’était du couvre-feu) où les musiciens se sont amusés et le public a été ravi. Un de mes moments favoris du FEQ, toutes éditions confondues, mais je suis un converti. À entendre les plaines crier ce vendredi soir de juillet, je n’étais pas le seul.

 

 

 

 

 

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