Chroniques

Entrevue | Mehdi Cayenne : la musique reflète l’instinct de survie

En vue du festival Franco-Ontarien qui se déroulera du 13 au 15 juin à Ottawa, et puisqu’il nous a semblé pertinent d’échanger avec lui, voilà qu’en pleine tournée, l’artiste touche-à-tout Mehdi Cayenne s’est arrêté un instant pour parler de son processus créatif et de ce qui le forge.

Au sujet de sa place dans la programmation 2024 du festival Franco-Ontarien, laquelle fut annoncée tout récemment, Mehdi Cayenne se dit heureux d’en faire partie, trouvant que sa présence est plus que pertinente. Il sera en concert lors de la soirée Pop-éclectique du 15 juin en compagnie notamment de Damien Robitaille.

Représentations multiples

Perpétuer l’histoire et la survie de la langue, des droits et de la culture franco-ontarienne fait beaucoup de sens pour Mehdi Cayenne puisqu’il a vécu pendant 15 ans à Ottawa. C’est aussi un moment pour se rappeler que le musicien est né en Algérie d’une mère française et qu’il a vécu et grandi au Québec, en Acadie et en Ontario. Bref, ce mouvement, cette multiplicité, cette impression de toujours vivre entre deux plaques tectoniques est quelque chose qui habite son univers, lequel se transpose sur scène comme dans plusieurs autres circonstances : « la sensation de légitimité et d’appartenance, c’est toujours un truc que j’ai trouvé complexe, mais en même temps, je pense que beaucoup de gens, en fait, se retrouvent dans cette espèce de marginalité là, d’être comme-ci et comme ça, et d’ici et de là-bas, un peu gauche, un peu malade. C’est ça le Cayenne Club, je dirais, c’est comme cette embrassade des paradoxes qui a toujours été au cœur de ce que je fais ».

Les baromètres de son processus créatif

Paru en octobre dernier, son plus récent album pop funk, Animal Chic, est son premier autoréalisé. À ce sujet, Mehdi Cayenne s’est dit heureux de son existence dans l’espace. Les textures sonores lui ressemblent, tout comme la poésie qui s’en dégage. C’est pour lui comme une sorte de résonance : « D’abord, le terme Animal Chic, c’est des antonymes. Ça ressemble beaucoup à ma démarche. Je sens définitivement que les tounes qui sont dessus n’auraient pu être écrites que par moi et chantées que par moi. Ce qui ne signifie pas qu’elles sont meilleures que d’autres ». Plus tard, Mehdi Cayenne a dit que peu de choses sont réfléchies dans son processus. L’instinct et les idées se multiplient et changent constamment de direction, ce qui artificialise le processus : « Je choisis une clé, une métrique, un tempo, une progression d’accords, un texte de référence, une musique de référence. Toutes des choses qui s’éloignent de l’idée qu’on a de la toune, où tu vis une émotion forte, puis tu l’écris direct. Une toune comme l’Enfer à l’endroit, par exemple, il y a eu plusieurs versions de cette toune-là, c’était le verse d’une autre toune avec un chorus d’une autre toune ; il y a un mélange de cinq, six tounes. Animal Chic et sa composition comme telle, c’est neuf samples de mon cimetière à chansons que j’ai juste agencé d’une certaine façon. Je pourrais en nommer plein qui sont tributaires d’exercices un peu niaiseux ou d’accidents ».

Explorer les différentes versions de soi et de son art

En échangeant sur la vie, ses paradoxes et ses nuances, puis le fait de parler de dualité, mot qui revient souvent dans le vocabulaire de Mehdi Cayenne, nous nous sommes arrêtés sur Expansion 1 de Animal Chic, paru tout récemment : « Je suis vraiment into la modularité des choses. D’abord parce que les chansons que je fais ont souvent beaucoup de versions. Qu’est-ce que la version finale? La meilleure version? Expansion 1 c’est l’opportunité qu’autrui appose sa voix ou ses sons sur la toune. Les expansion packs, les versions alternatives, c’est quelque chose que je trouve très stimulant, que je veux reproduire de plus en plus. La notion de jeu avec la matière sonore revient, la pureté de la chanson originale, la trahir, la pervertir ; c’est des manières d’avoir du fun avec la chose. »

Alors que je lui ai fait mention de son penchant « couteau suisse », Mehdi Cayenne a dit que prendre part à de nouvelles expériences, que son amour de l’art et de la culture est ce qui le porte : « Mais c’est pas juste ça, il y a aussi le fait de survivre au monde. Je pense que c’est une motivation intrinsèque qui est partagée par mes congénères. D’où je viens, ou comment j’ai grandi, cet élan de liberté a toujours été un élan de survie ».

En terminant, je lui ai parlé de sa place en tant qu’animateur de Zik, émission jeunesse nommée aux Gémeaux qui se veut axée sur la musique. Plus précisément, je l’ai questionné sur ce qui l’avait inspiré à accepter le mandat : « Ils étaient très ouverts à mon point de vue. Puis j’aime le fait que ça parle de musique en s’inspirant de plein d’éléments qui soient historiques ou absurdes ou sociologiques. Tout ça, ça me ressemble ». À noter que Mehdi Cayenne vient tout juste de remporter le Prix d’excellence pour la personnalité jeunesse de CTVM.

Pour conclure, Mehdi Cayenne a parlé de sa présente tournée : « En tournée, tu sors de toi, et les moments que t’as de libre, tu te reposes. Ce qui est intéressant de cette tournée-là, c’est que je m’étais mindé à me reposer, à profiter de ma vie. Je suis allé en Italie, j’avais quelques dates en France, puis ailleurs en Europe. Là je suis dans le nord de l’Ontario, puis cet été je vais être au Québec et ailleurs. Je me donne du temps, quelques jours de libres ici et là. Je me donne le temps.

À noter que Mehdi Cayenne s’arrêtera au Festival Franco-Ontarien le 15 juin prochain à Ottawa!

*Cet article a été rédigé en collaboration avec le Festival Franco-Ontarien.

Crédit photo: frédérique bérubé

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