Chroniques

Le US black métal

Si tu cherches à t’aliéner la moitié de ton lectorat, écris une chronique sur le black métal américain, écrit deux ou trois fois « Deafheaven » dans ton texte et hop, le tour est joué, t’es maintenant l’ennemi numéro 1 du culte black (non je n’écrirai pas k v l t).

Mais il existe quand même une vraie de vraie scène aux États-Unis qui réinterprète le black métal et son héritage en le bonifiant de nouvelles influences (les puristes diront « diluer »).

Mais avant d’aller plus loin, de quoi parle-t-on quand on se réfère au black métal ? Les blast beats omniprésents de la batterie, la voix perchée, éraillée, vampirique, les colonnes de guitares, noyées dans une lourde réverbération, mais éclaircie par des arpèges mélodiques.

Dans son interprétation américaine, le black devient radicalement cru et mathématique chez Liturgy, excessivement émotif chez Oathbreaker et Conjurer, deux groupes qui puisent dans le post-hardcore de Converge, fantomatiquement mélodique chez Wolves In The Throne Room et franchement choqué, avec des notes de sludge, du côté de Vattnet Viskar (jusqu’à ce que le groupe change de nom, lance un album qui sonne comme du « Team Sleep vedge » et ne finisse finalement par se dissoudre).

Tous ces groupes ont été également influencés par les interprétations continentales des Français de Alcest qui proposent un black métal plus doux et mélodique de même que par le lyrisme insulaire des Islandais de Solstafir.

Mais les groupes plus récents qui se mouillent à redéfinir le genre aux États-Unis – mettons Deafheaven – se sont aussi imprégnés du shoegaze britannique, qui connaît un regain de popularité depuis une dizaine d’années, et par le post-rock. Ces deux genres, bien que provenant de racines différentes du black métal, partagent des qualités formelles qui s’agencent presque naturellement.

Les crescendos instrumentaux post-rock ajoutent à l’intensité des passages purement black, tandis que des réglages d’instruments et un attirail de pédales propres au shoegaze donnent quant à eux un son plus chaud, mais toujours nuageux, aux murs de son.

Évidemment, chaque groupe utilise ces procédés à sa guise et chacun a son approche, mais on peut toutefois dire que les interprétations américaines du black métal – qu’elles soient atmosphériques, transcendantales (pour Liturgy… lol) ou shoegaze – proposent une réalisation plus organique, des textes plus émotifs et une intention plus artistique que politique, les affranchissant ainsi des vitrioliques pamphlets anti-toute de leurs comparses norvégiens.

Au final, la musique appartient à celui qui la crée, même s’il a les cheveux courts et qu’il commercialise un album avec une pochette rose. L’important, c’est pas la vérité ou la pureté, mais l’expérience. C’est pour ça que j’ai toujours préféré Aristote à Platon.

Donc oui, les Américains font du black métal. Nommez-le comme vous voulez, mais au final, c’est ça leur genre.

*Toutes les erreurs étaient intentionnelles. Je sais aussi que Oathbreaker est belge.

Nom : American Black Metal, US BM, Atmospheric Black Metal, post-BM

Provenance : États-Unis

Racines : Burzum, le black métal norvégien, le post-métal, post-rock, post-hardcore, ambiant, shoegaze britannique

Groupes phares: Krallice, Liturgy, Agalloch, Wolves in the Throne Room, Oathbreaker, Ghost Bath, Deafheaven, Conjurer, Vattnet Viskar