Chroniques

Fugazi

End Hits

  • Dischord Records
  • 1998

Après une longue et éreintante tournée pour l’album Red Medecine (1995), les quatre gars de Fugazi sont retournés dans leurs pantoufles au studio Inner Ear, géré par leur ami, l’ingénieur Don Zientara, leur complice depuis 1988. L’objectif était de prendre son temps, d’explorer de nouveaux sons et de nouvelles ambiances. Sept mois plus tard, Ian MacKaye, Guy Picciotto, Joe Lally et Brendan Canty bouclaient l’enregistrement de End Hits, leur cinquième album complet.

Cette remise en contexte permet de mieux saisir la démarche du groupe et la raison pour laquelle End Hits est un disque assez diversifié… certains diront disparate, mais jamais épars.

On y retrouve bien des chansons punk rageuses à la manière In On The Kill Taker (1993), comme Five Corporations ou Place Position, mais c’est avec des morceaux comme Floating Boy, Closed Caption ou No Surprise, plus lents, que l’on décèle de quelle manière le groupe a cherché à peaufiner sa formule en studio.

La complexité de la ligne rythmique, le contraste entre une guitare tranchante et une plus grave, le chant en spoken words et la structure en crescendo sont tous des éléments qui, sur ces compositions, rapprochent Fugazi de Slint et de l’incontournable Spiderland. Quand on sait quelle discipline le groupe s’imposait en répétition par souci du détail, on peut y voir un rapprochement avec ces sept mois passés en studio par MacKaye et ses associés. Pour un groupe a contrario reconnu pour son urgence, on comprend le contraste. Avec End Hits, c’était d’ailleurs la première fois que Fugazi attendait trois ans avant de faire paraître du nouveau matériel.

Mais ce n’est pas tout ce qu’on retrouve sur cet album en matière de sonorités nouvelles et innovantes. Le quatuor poursuit son évolution et livre aussi des chansons avec des mélodies franchement bien ficelées comme sur Caustic Agnostic ou encore sur Foreman’s Dog où Picciotto et MacKaye se répondent dans le refrain.

End Hits a beau être incontestablement un album de Fugazi par son propos, le son de ses guitares ou par le jeu omniprésent de Joe Lally à la basse, il est aussi un album de son époque qui réussit à combiner la rage politisée de Sonic Youth, la force de frappe de Sebadoh, le noise de Shellac et la réflexion sur sa propre démarche et celle de Slint.

Un point à mentionner : de tous les groupes mentionnés ci-haut, tous ont jalousé l’éthique d’indépendance farouche, voire bornée, de Fugazi (mais surtout de Ian MacKaye). C’est justement cette éthique qui fait du groupe de Washington une icône méconnue, mais un monstre d’intégrité, admiré et respecté depuis plus de 30 ans.

Il est vrai qu’on se réfère souvent à Repeater, Steady Diet Of Nothing et In On The Kill Taker comme étant l’âge d’or du groupe et pour avoir défini de manière radicale les jalons du post-hardcore (étiquette que le groupe a toujours rejetée, of course). End Hits dévoile Fugazi dans toute sa maturité.

Finalement, bien que son titre ait porté certains critiques à conclure qu’il serait leur dernier album (il s’agirait plutôt d’une blague selon des sources), End Hits préfigure néanmoins, par l’évolution de ses thèmes et de ses ambiances, ce que deviendra trois ans plus tard The Argument. Avec ces deux derniers gravés, l’héritage de Fugazi est complet et immuable.

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