Chroniques

Etienne Dufresne: «Excalibur est un album de vulnérabilité et de transition»

À un moment donné, je faisais juste photographier le rêve des autres. Je me suis demandé pourquoi j’essayais pas. Je voyais que telle ou telle personne avait autant de misère que moi dans la vie à s’affirmer, qu’elle était aussi gênée que moi, mais qu’elle montait quand même sur un stage. J’en suis venu à comprendre que tout le monde pouvait faire ça.

Etienne Dufresne

Etienne Dufresne dévoile ce vendredi 7 mai un premier album intitulé Excalibur, sur lequel il n’a pas eu peur de communiquer sa vulnérabilité en mots et en sons. Un album — écrit et enregistré en l’espace de deux petits mois — qui porte sur la transition et les anxiétés de quelqu’un qui ne sait pas où il se trouve, qui ne sait pas où il s’en va, mais qui a envie de tout foutre en l’air pour aller au bout de soi. En fait, Excalibur parle de nous tous.

Le Canal Auditif était curieux de tâter le pouls de cette année concentrée en studio pour l’auteur-compositeur-interprète et photographe professionnel, et c’est ce que nous avons fait lundi matin, à la première heure. Voici notre entrevue-fleuve avec Etienne Dufresne.


Ton projet est tout jeune encore! Ton premier EP Sainte-Colère est paru en février 2020. Combien de concerts as-tu pu faire, coudonc ?

Genre on avait fait trois shows… D’ailleurs, juste avant que la pandémie et que le premier confinement tombe, on nous annonçait qu’on allait ouvrir pour Pierre Lapointe durant l’été. On était comme : « Voyons donc, c’est quoi le gap? ». Hahaha! Je capotais, pis là, boom! Pandémie. Mais c’est ça. En tout, on aura fait officiellement trois shows.

Excalibur sera en quelque sorte ta seconde sortie en pandémie : est-ce un statement, ou t’avais juste vraiment hâte de le sortir?

En fait, ça fittait vraiment bien dans l’horaire des sorties de Chivi Chivi. L’album est prêt depuis le mois de juillet passé. Faut dire que même avant que Sainte-Colère soit sorti, déjà l’album était en chantier. Donc, je l’avais commencé à l’été d’avant, donc en… 2019? Puis j’ai eu le loisir de le terminer. Dès qu’on a eu le droit de recommencer à vivre en juin 2020, nous on était déjà ready, alors on s’est juste garroché en studio et ça a pris, sérieux… Trois semaines, un mois? Ça fait qu’à l’été dernier, il était prêt.

Alors mon statement, c’est plus genre : « Je suis content de pouvoir sortir un album aussi rapidement que ça, parce qu’on s’est pas mal fait casser les jambes par ce qui s’est passé ». En fait, t’as comme pas le choix de sortir du matériel pour rester là. 

Etienne Dufresne cover
Photo : Noémie Laniel

Puisqu’on parle de confinement (on est donc originaux !) : Plus rien ne t’excite sur la chanson Rien et tu t’ennuies profondément sur Forteresse. Est-ce que ce sont des textes que tu as composés lors de la première vague ou ce sont des émotions que tu ressentais déjà auparavant?

C’est ça qui est drôle, car ce sont des choses que je ressentais déjà avant la pandémie, mais maintenant c’est qu’il y a des gens pour qui ça a pris du sens avec le contexte. Alors que moi, ce sont des choses que j’ai ressenties en vieillissant, durant des petites passes dépressives, de comme… « Quéssé que j’fais? », surtout avant de commencer à faire de la musique. Je travaillais comme vidéaste et photographe événementiel. Et je sentais juste que j’avais pas de sens. J’me suis dit : il y a tellement de monde qui ne se trouve pas à la bonne place, que de parler de ça, c’est sûr que ça peut rejoindre bien des gens. Puis j’aime chanter que j’ai pu de fun sur une toune upbeat. J’trouve ça drôle comme contraste. 

Qu’est-ce que cet album-là dit de toi?

L’album en tant que tel aborde beaucoup d’aspects de ma personnalité, mais j’adresse entre autres ma prise de décision de faire le saut en musique. Ce qui est pour moi une grande aventure, de là l’Excalibur.

Je fais ce que mes parents m’ont toujours dit de ne pas faire. Mon père a essayé d’être musicien, et beaucoup de ses amis aussi. Dès que j’ai commencé à jouer de la guitare, il m’a fait comprendre que je devais garder la musique comme hobby. « Fais pas comme un tel ou un autre. Ça n’a pas marché. Fais pas ça. » Alors j’ai toujours joué sur le side, en me disant que j’allais devoir vivre d’autre chose. Faire de la musique, c’est un vieux rêve pour moi. En arrivant à Montréal je me suis retrouvé à faire de la photo de musicien.nes et à fréquenter ces cercles-là pareil. Je faisais juste photographier le rêve des autres. Je me suis demandé pourquoi j’essayais pas. Parce que je voyais que telle ou telle personne avait autant de misère que moi dans la vie à s’affirmer, qu’elle était aussi gênée que moi, mais qu’elle montait quand même sur un stage. J’en suis venu à comprendre que tout le monde pouvait faire ça. C’est la vérité. Alors pour moi, de passer à la musique, c’est joyeux. 

Bon, il y a aussi une couple de chansons que j’ai écrites dans un état dépressif, ou des chansons classiques « le gars qui arrive à la trentaine et qui se trouve moins jeune ». Mais j’avais envie d’adresser ces thèmes-là, dont le fait que je me suis rendu compte avec le temps que j’ai peur de ça, l’engagement, l’intimité, etc. Je commençais à me vulnérabiliser puis j’ai mis ça en chanson.

Je ne suis pas quelqu’un qui a beaucoup voyagé, je n’ai pas fait le tour du monde, là. On dirait que mes histoires c’est juste ce que je vis dans mon quotidien et c’est de ça dont j’ai envie de parler. C’est aussi simple que ça. Au final, Excalibur c’est un album qui est vraiment vulnérable, où je me dis : « hey, j’ai fait un gros move, je suis content de l’avoir fait, mais j’ai la chienne. » Il est transitoire, cet album. 

Photo : Etienne Dufresne

Musicalement, on entend très fort l’influence de Daniel Bélanger avec des flûtes, des guitares acoustiques et des arrangements en subtilité. Est-ce que son travail a été une influence pour toi, ou ça adonne de même?

Tsé, Bélanger a été une influence — bien, pas ses trucs des années récentes. J’ai l’impression que ses méthodes de productions, c’étaient les mêmes que moi, genre, jouer de la guitare et y ajouter un beat en arrière. Alors ça a donné ça. Et tant mieux si ça sonne de même! Puis Félix Petit (Les Louanges, Hubert Lenoir, Laurence-Anne), qui a co-réalisé l’album, il tripe solide sur Daniel Bélanger, Rêver Mieux. Mes compos lui ont donné envie d’aller all in avec des flûtes, mais on a essayé de s’en distinguer avec les sons de synth et avec des tounes un peu plus bizarres, mais il y en a clairement qui sont des ballades à la Daniel Bélanger, et pour de vrai, j’en suis content. Sinon, Félix a apporté un petit côté jazz vraiment intéressant à certaines tournures de chansons. On a exploré les ballades, oui, mais comme Jolicoeur par exemple, c’est une espèce de blues weirdo légèrement différente du reste.

Comme t’as toujours joué de la guitare seul avec toi-même, comment s’est passé ton arrivée en studio, ton apprentissage? 

Du point de vue de la production musicale, j’ai énormément appris de Félix, et toujours dans la vulgarisation de ce qu’il fait. Il est super généreux et je l’apprécie entre autres pour ça. Il représente certainement un mentor pour moi, dans les récents mois. 

De mon côté, je compose quasiment tout en MIDI. J’entends le drum, je sais ce que je veux, mais je n’en joue pas. Ça prouve qu’il faut que tu t’entoures de monde meilleur que toi pour avoir un album qui se tient, au final.

Avant ça, je dirais que j’ai énormément appris sur «c’est quoi la création musicale» quand j’ai suivi des gens en documentaire. Par exemple, je suis allé filmer Klô quand elle a enregistré Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, j’ai passé une dizaine de jours avec eux. J’ai surtout appris genre «c’est quoi la composition à plusieurs» et quelles sont les étapes à passer avant d’en arriver à ce que t’entends à la fin. 

C’est fou comme les gens doutent d’eux. Ça rend le processus plus humain de comprendre ça, parce que composer un album, ça ne se fait pas par magie. Puis quand t’es là, tu te rends compte qu’il y a quatre, cinq, six personnes qui y ajoutent leur grain de sel. Ensuite t’as le mix, t’as le master. Tout ça, veut veut pas, ça a été un autre type de mentorat pour moi, d’apprendre en voyant d’autres le faire.


Pour tout dire, Excalibur est un album léger et fluide à l’écoute, mais lourd de sens, qui saura parler à quiconque tendra l’oreille. Il arrivera pile à l’heure afin d’accompagner les chillings au parc, les bières de balcon et les aventures estivales avec douceur.

Excalibur sera disponible dès le 7 mai 2021, via Chivi Chivi.

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Excalibur

01. Les Couteaux
02. Les Rois
03. Excalibur
04. Rien
05. Forteresse
06. Ouverture
07. Dans l’eau
08. Florida
09. Jolicoeur
10. Vanille
11. Épilogue

Visionnez cette session live captée en 3D, réalisée et animée par Etienne Dufresne et son équipe. Le scénario original prend place à Jolicoeur, une ville fictive aux allures du gameplay des Sims 1.

Crédit photo: Etienne Dufresne