Chroniques

Dany Nicolas - Rockstar Municipale

Dany Nicolas: Du cru, du vrai, du vivant.

Nourri par l’authenticité du moment présent, Dany Nicolas nous livre un album folk minimaliste intitulé Rockstar Municipale. Ce long format n’a peut-être rien de rock, mais il peut s’enorgueillir de n’avoir subi aucune retouche musicale. De leur côté, les textes ont cependant été travaillés, peaufinés, retournés tous bords, tous côtés, puis co-écrits avec plusieurs auteurs, dont Rémo Gary, sur une période de plusieurs années.

À l’occasion de la sortie imminente de Rockstar Municipale, Le Canal Auditif s’est entretenu avec le musicien nomade, qui se promène entre Montréal, la Côte-Nord, le Saguenay-Lac-St-Jean, l’Europe et l’Asie depuis plusieurs années, afin de discuter de son processus créatif pour ce premier album en solo.


À quelques jours de la sortie de son disque, Dany Nicolas n’en peut plus d’attendre ce jour.

«Je me sens revivre, confie le musicien de 40 ans. J’ai hâte de recommencer à jouer et de sortir cette affaire-là. […] T’sais, c’est tout le temps long avant de sortir un album! Moi je le sortirais aussitôt qu’il est enregistré. Je suis content, finalement on y arrive.»

Capté pendant tout un mois en janvier dernier, l’album présente des choix artistiques étonnants, sans que ce soit étrange, et toujours au service de sa proposition. Poèmes lus a capella, pièces instrumentales très courtes, enregistrements d’un trait, aucune retouche au mixage. Du cru, du vrai, du vivant. Du très beau.

Il faut dire que Dany Nicolas n’a pas choisi n’importe qui pour réaliser ce pari. En studio à Saint-Élie-de-Caxton, il s’acoquine avec le prolifique réalisateur Tonio Morin-Vargas (Canailles, Mon Doux Saigneur, Mélanie Venditti, Bon Enfant). On entend parfois la basse de nul autre que Fred Fortin, puis la touche du pianiste couronné plusieurs fois à l’ADISQ Martin Lizotte.

«C’était vraiment le mood. On était juste deux, Tonio et moi. On travaillait les après-midis ensoleillés du mois de janvier. C’était super beau, on était bien relaxes à deux. […] On a capturé l’essence de ces moments-là comme une espèce de belle photo Polaroid.»

Tonio Morin-Vargas et Dany Nicolas. Photo : Camille Gladu-Drouin

Si la musique folk de Dany Nicolas se fait lo-fi, minimaliste et authentique, les textes eux, sont le fruit de plusieurs années de travail en coécriture avec l’ami, mentor, auteur-compositeur-interprète et poète français Rémo Gary, à qui l’artiste a déjà consacré un album-hommage dans le passé.

«Je suis tombé en amour avec sa plume qui ne fait pas de compromis, qui est ancrée dans la chanson française. Lui, ça fait au-dessus de trente ans qu’il roule sa bosse. […] Il m’a appris à poser chaque mot, il m’a appris la rigueur, à pousser un peu plus mes chansons. D’ailleurs, je ne considère pas que je suis rendu à son niveau, mais je sens que je m’améliore à chaque fois. Il m’a emmené en France avec lui pour tourner. C’est un bon ami, c’est l’fun de continuer à collaborer encore et encore.»

Se laissant porter par le moment présent, Dany Nicolas a aussi partagé, sur le vif, l’écriture de certaines de ses chansons avec le romancier et auteur Charles-Philippe Laperrière. En effet, cette belle rencontre intellectuelle s’est imposée d’elle-même en plein durant le processus d’enregistrement de l’album cet hiver.

«Charles-Philippe est un bon ami de Tonio. C’était la COVID, puis eux étaient deux célibataires qui se sont tenus ensemble pendant la pandémie. Alors Charles s’est retrouvé à passer beaucoup de temps au studio, il venait écouter, puis donnait toujours des commentaires tellement pertinents sur les textes, que finalement, on a collaboré comme ça, par hasard. […] C’est juste simple [avec lui], il est passionné par les mots.»

Sur la route avec Rémo Gary en Europe, en tournée avec ses groupes Sagapool et Kleztory à travers le monde, ou bien pendant ses cours en Études Autochtones, Dany Nicolas griffonne sans cesse des poèmes sur n’importe quel bout de papier qui croise son chemin. Les mots qui se retrouvent en chanson sur Rockstar Municipale sont apparus alors que ses lectures, recherches et travaux universitaires lui font aller les méninges.

«Ça me donnait tellement d’idées!»

D’ailleurs, ces chansons-là sont en fait la pointe de l’iceberg de ses réflexions. On apprend de la bouche de Dany Nicolas qu’un bouquin inspiré de ses «coins de notes universitaires» est en construction. On y retrouvera surtout de la poésie.

«On était sensés sortir ça en même temps que le disque, mais finalement, moi je n’étais plus là. Je travaille habituellement sur mes choses à l’automne et à l’hiver. L’été, j’ai juste envie de voyager et de chanter des tounes, de tripper là.»

Photo : Camille Gladu-Drouin

Parlant de se dégourdir les jambes, Dany Nicolas entame une petite tournée de lancement qui débute à Montréal au Club Soda, avec plein d’artistes sur scène avec lui, dont Lucien Francoeur.

«J’ai eu la chance de jouer plusieurs fois en première partie de Lucien Francoeur et de Aut’Chose. Lucien, c’est devenu mon chum, mon « oncle » Lucien, lance Dany Nicolas en riant. C’est un bon jack, je suis content que ça lui tente d’ouvrir pour moi. Il va venir faire de la poésie. On avait un projet d’album ensemble ; genre que je fasse du noise puis que lui fasse de la poésie. On va peut-être en profiter pour se relancer l’idée au Club Soda, là. Je l’aime beaucoup.» 

Justement, Dany Nicolas a inséré une pièce sans musique sur son disque, où ce dernier lit un poème : un choix esthétique inspiré de la démarche éclatée de Lucien Francoeur. «J’aurais jamais été brave de faire ça. Sans le savoir, [Francoeur] m’a aidé à m’assumer en faisant ça. Je me demandais jusqu’où je pouvais aller dans la simplicité, mais je voulais aller au maximum. Pour moi, c’était super punk dans ma tête. On l’a assumé et aujourd’hui, j’en suis content.»


Retrouvez Dany Nicolas pour sa tournée Rockstar Municipale à travers le Québec cet été et au Club Soda de Montréal pour le lancement de son album le 20 août 2021, en formule cabaret avec : Jolène Ruest, Lucien Francoeur, Poulin, Jacques Bertrand Junior et Bad Uncle.

dany nicolas pochette
Rockstar Municipale (Spectacles Bonzaï)

À propos de Dany Nicolas

Au cours des vingt dernières années, ses groupes — le sextuor Sagapool et la formation Kleztory — auront été  récipiendaires de quelques récompenses, entre autres un Félix pour Album de l’année – instrumental ainsi qu’un prix Opus à titre de Meilleur concert de musique du monde. Depuis 2019, le voici qui évolue également en solo et en son propre nom. Guitariste aguerri et sculpteur métallurgique à ses heures, il compose ses chansons comme il soude le fer : en peaufinant la matière brute sans la charger de fioritures pour un résultat empreint de sensibilité. Porté par la vague d’un premier EP salué — Dommage à Gary, lancé à Coup de coeur francophone en 2019 et nommé au GAMIQ dans la catégorie EP folk de l’année, qui l’aura fait voyager au Québec et en France — Dany Nicolas réitère avec un premier album complet — Rockstar Municipale — à paraître le 20 août 2021.  

*Cet article a été écrit en collaboration avec Spectacles Bonzaï

Crédit photo: Camille Gladu-Drouin