Chroniques

Échapper à l’orthodoxie — Entrevue avec Mats Gustafsson

Dimanche prochain, le Canal Auditif présente une nouvelle rencontre sur scène entre Colin Stetson et Mats Gustafsson dans le cadre du Festival Musique Actuelle de Victoriaville. Nous avons discuté avec le second pour nous préparer à ce concert!

Ce n’est pas la première fois que Mats Gustafsson et Colin Stetson se rencontrent sur scène. La première fois, c’était dans le cadre du Festival de Jazz de Vancouver et leur performance avait été enregistrée et sortie sur album en 2012 sous le titre Stones. Encore une fois, les deux musiciens se lanceront dans une improvisation, mais Gustafsson m’indique que ce ne sera pas exactement dans la même veine. « Ça fait une éternité! Je te dirais que c’est très excitant parce qu’on a gardé contact au cours de ces dix ans et nous avons essayé d’organiser des spectacles, mais la pandémie et plein d’autres choses se sont mises dans notre chemin. Et juste avant la pandémie, nous avons pu nous réunir à Ottawa et j’ai apporté mon matériel électronique avec moi. Stones était entièrement acoustique. »

C’est donc un concert différent que le duo nous proposera et Gustafsson ne tarit pas d’éloges pour son collègue : « Colin est l’une des rares personnes, peu importe l’instrument, qui apportent quelque chose de nouveau; un nouveau vocabulaire, une nouvelle couleur, je suis toujours très excité de travailler avec lui. » Les deux ont pu explorer un tout petit peu déjà avec le matériel électronique. Gustafsson précise que ça rejoint davantage où ils sont rendus maintenant comme musiciens et c’est mieux arrimé à sa pratique actuelle que Stones.

Une amitié et un profond respect

Une des choses qui m’a le plus marqué en discutant avec Mats Gustafsson est le grand respect qu’il a pour Colin Stetson : « Je suis un disqu-aholic et j’essaie de me garder à jour dans ce qui se fait. Son travail m’a simplement tué. Arrivant en plus de la musique indie-rock plutôt que la scène de free jazz et d’improvisation comme moi, même si la scène punk-rock et garage m’a influencée beaucoup, son travaille me parle beaucoup quand même. » Il compare sa réaction à la première écoute de Colin Stetson comme lorsqu’il a écouté Evan Parker pour la première fois, un autre saxophoniste spécialiste de la respiration circulaire.

Mats Gustafsson croit que Colin Stetson a chamboulé des choses dans ce qu’il appelle la communauté des « jazz bears », des hommes qui ont la quarantaine avec des barbes et qui s’attendent à un certain type de musique quand ils vont voir un concert de jazz. Stetson avec son approche peu orthodoxe y a créé de la commotion et ça plaît beaucoup à Gustafsson.

Même si les styles des musiciens sont différents, il y a plus de ressemblances que ce que l’on croit : « On m’étiquette comme le gars bruyant parce que j’en ai fait beaucoup dans ma jeunesse. C’est sûr qu’avec Sonic Youth et Merzbow, c’était très dynamique comme musique, mais j’aime aussi les choses plus calmes et minimalistes. J’aime m’adapter à l’autre, sans perdre mon langage. C’est une conversation, c’est comme toi et moi en ce moment. »

L’improvisation et ses dangers

Quand je demande à Gustafsson comment il approche l’improvisation, il me répond qu’il adore le risque, mais qu’il faut faire très attention de rester dans le moment pendant qu’on joue. Le trac ne semble pas faire partie de sa vie, mais il m’explique qu’une certaine tension existe avant de jouer. Pour lui, la préparation est la chose la plus importante pour bien se comporter. Il m’explique que Stetson passe une heure à faire du yoga avant de monter sur scène.

Le plaisir de jouer à un festival comme le FIMAV

Il compare le travail de Michel Levasseur à celui de Ken Pickering. « C’est la manière de faire de la curation dans un festival ». Oser aller plus loin et donner des coudées franches à des musiciens pour qu’ils créent des œuvres qui sortent de l’ordinaire. Le FIMAV l’a fait à maintes reprises par le passé et continue ici en offrant une page blanche aux deux musiciens.

Même si leurs horaires ne concordent pas aussi facilement que la première fois où cette rencontre devait avoir lieu, les musiciens ont l’intention de passer en studio après le concert. Ça va prendre un peu plus de planifications, mais la volonté des deux musiciens de pousser plus loin l’aventure est présente. Ce sera donc, la chance d’entendre le concept se développer.

Pour vous procurer un billet pour le concert, c’est par ici.

Crédit photo: Johan Bergmark