Chroniques

Dave Grohl : sauver le rock et vendre de la lasagne

Depuis que Dave Grohl a prononcé son fameux keynote à South By Southwest en 2013, il est passé d’ex-batteur de Nirvana, dont on se sacre du groupe, les Foo Fighters, à quelque chose comme le roi Midas de la musique : tout ce qu’il touche se transforme en or et en likes… des millions de likes.

Je vous propose d’analyser la fantastique capacité du chanteur et guitariste à renouveler son public sans pour autant avoir eu à épater par ces récentes performances de songwriter.

Petit retour en arrière.

Après le keynote de SXSW, Grohl a lancé le documentaire Sound City, dans lequel il invite des musiciens célèbres à venir enregistrer avec lui sur la console unique du défunt studio. Heille Fleetwood Mac a enregistré Rumours là-dessus toi chose! Évidemment, Grohl rachète la console (SPOILER : c’est le punch du documentaire) et en équipe son studio. Plus tard, lors d’un festival en Suède, Dave tombe de scène, se casse une jambe, mais continue le concert alors qu’on lui plâtre la jambe (!). Il tournera ensuite durant toute sa convalescence sur un énorme trône tout en rockant avec énergie et pure attitude rock. Plus récemment, il a lancé une pièce d’une demi-heure sur laquelle il joue tous les instruments. Les profits étaient réservés pour l’éducation musicale de jeunes provenant de milieux défavorisés. Plus récemment, il a lancé une compagnie de barbecue en Californie et a cuisiné pour des pompiers qui luttaient contre les feux de forêt. Vous voyez le topo.

Bon, ce ne sont que quelques exemples qui ont suivi son apparition à SXSW, mais Grohl était quand même très actif avant 2013. Ne faut-il pas oublier qu’il a été la figure du premier GIF viral avec son inoubliable FRESH POTS ! Il y a eu aussi la personnification du démon dans un clip de Tenacious D, un vidéoclip avec Lemmy Kilmister pour White Limo, sa participation au cultissime album Songs for the Deaf de Queens Of The Stone Age et son album solo expérimental Probot. Voilà de solides entrées à ajouter à son profil LinkedIn.

La différence entre l’avant et l’après 2013 ? Le public visé par ses frasques. Avec le keynote de SXSW, Dave Grohl est devenu l’idole des jeunes X et des plus vieux millénariaux avec son discours empreint de nostalgie et de tendresse. Avec Sound City, les boomers se sont intéressés à sa démarche et avec Play, il a titillé les amateurs de rock progressif.

Avant 2013, il s’est montré pertinent à un public de niche qui levait le nez jusque là sur ses Foo Fighters depuis la fin de Nirvana. Il a aussi frappé fort en 2010 en chantant des tounes des Beatles devant Barack Obama et Paul McCartney à la Maison Blanche.

Donc en 2019, Dave Grohl est à la fois un père, un démocrate, un rocker cool, un showman acharné, un mélomane incomparable, un gars proche de sa communauté, toujours de bonne humeur et qui ne dédaigne jamais quelques petites frettes. C’est dur de ramasser plus grosse cagnotte d’amour quand tu réussis à plaire à autant de monde.

Si on revient maintenant à la musique des Foo Fighters. Et mettons qu’on oublie In Your Honor (2005), on peut dire que la carte de visite des Foo Fighters est somme toute immaculée de toute bévue jusqu’à Echoes Patience Silence and Grace (2007).

Ce sixième album a marqué un retour convaincant du groupe avec des extraits comme The Pretender, Let It Die et Come Alive qui ont cartonné sur les ondes FM.

C’est aussi le premier album des Foo Fighters sur lequel Grohl porte les cheveux longs. Et à mon avis, c’est là que le virage musical s’opère. Les Foo Fighters se mettront alors en mode pilote automatique ce qui laissera à Grohl du temps pour vaquer à d’autres occupations… genre être populaire et entretenir cette popularité.

Musicalement, oui, il y avait de bons moments sur Wasting Light (2011), mais après 5 titres, l’album tombe à plat jusqu’à Walk. Comme Echoes Patience Silence and Grace d’ailleurs. Mais ce n’est pas grave, les hits sont au rendez-vous dans les deux cas.

Disons que ça se gâtera cruellement par la suite avec Sonic Highways (2014) et Concrete and Gold (2017), deux albums soporifiques dans leur ensemble et qui n’ont ensemble produit qu’un seul hit radio : Run.

Serait-ce donc dire que la pertinence musicale des Foo Fighters est inversement proportionnelle à la cote de popularité croissante de son frontman?

Ouais, c’est un peu ce que je dis, en effet!

Mais pourquoi écrire là-dessus au juste?

Deux raisons.

a) Le premier album des Foo Fighters (1995), confectionné par Grohl à Seattle aux lendemains du décès de Kurt Cobain est un chef-d’oeuvre trop souvent oublié de la discographie du groupe et il doit être réhabilité. On n’y retrouve pas de My Hero ou de Everlong, soit, mais la voix et les mélodies de Grohl y sont d’une finesse inégalée. Et le bon Dave n’y a surtout pas encore développé ce crescendo vocal qu’il utilise à outrance depuis The Colour and The Shape (1997) pour construire la tension de ses chansons en criant toujours un peu plus les refrains. Des chansons comme Oh! George, Alone + Easy Target et surtout I’ll Stick Around sont des bijoux de compositions et leurs arrangements de guitares sont d’une grande définition et d’une grande richesse même si Dave a dû emprunter une Les Paul à son producteur pour tracker toutes les guitares du disque. Less is more qu’on dit hein ? Bref, moi c’est l’héritage de ce Dave-là que je veux célébrer, et ce, même si je me considère comme un fan des Foo Fighters.

b) Parce que Dave Grohl est devenu plus grand que son groupe à ce stade-ci de sa carrière et qu’il incarne maintenant en quelque sorte la figure du dernier rocker. À une époque où le rock est perçu au mieux comme passéiste, au pire comme carrément ringard, on rit souvent de Nickelback, que je considère l’équivalent musical du pulled pork : la musique du groupe de Chad Kroeger est grasse, tache les doigts et est clairement coincée quelque part en 2013. Quant aux Foo Fighters, le groupe de Grohl serait alors davantage la lasagne du rock n’ roll : tout le monde adore ça, mais tout le monde s’en fout si y tu mets de la ricotta ou de la béchamel, des épinards ou des aubergines parce que ça goûte tout le temps bon de la lasagne. Un classique est un classique en cuisine comme un hit est un hit à CHOM FM. Et on doit en convenir, Dave Grohl, avec sa personnalité, est de loin le plus prolifique vendeur de lasagne ces jours-ci !

P.-S. Sonic Highways et Concrete and Gold sont des lasagnes aubergines et courgettes. Et c’est pas parce que j’aime moins ça que ça ne vend pas.

Crédit photo: Trish Badger

1 commentaire

  1. The B, le 2019-08-20 à 06:13

    Excellent avis et critique je suis fan des foo mais pareil j aime les lasagnes mais trop souvent ça m emmerde et mangé mieux étant à la mode j attend un plat plus intéressant vendu par mr Grohl (quitte à ce que ce soit à nouveau une lasagne)

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