Chroniques

Le courage de Gavroche : Entrevue avec le slameur Govrache

David Hébert, mieux connu sous le nom d’artiste de Govrache, « slamme » depuis une dizaine d’années. Mais avant ça, il a été boxeur puis musicien de jazz manouche. Il est de passage au Canada pour quelques dates. On s’est entretenu avec lui pour discuter de tout ça.

Les plus fins renards d’entre vous auront vu le lien entre le nom du slameur, Govrache, et celui de Gavroche, le personnage des Misérables de Victor Hugo. Ce n’est évidemment pas fortuit. David Hébert s’inspire du courage du personnage qui meurt en chantant sur le champ de bataille dans le récit. « Il y avait toute une symbolique autour de ce petit bonhomme », explique l’artiste.

De boxeur à musicien de jazz manouche à slameur

Dans une autre vie, Govrache pratiquait les arts martiaux. À 11 ans, il gagnait les championnats de boxe en France. Il a aussi été champion de France de Kung-Fu. La pratique de ces sports lui a appris la ténacité. « Le fait que, quand on a un but, on va jusqu’au bout et on ne baisse pas les bras », précise-t-il. « En France, faire de la musique c’est assez compliqué, surtout quand on commence tard, et moi j’ai commencé très tard. C’est un milieu de jeunisme », ajoute-t-il du même souffle.

Pourtant, à 5 ans, le petit David suit des cours de guitare et de boxe. Qu’est-ce qui explique cette arrivée tardive dans le milieu de la musique? « C’est l’argent », avoue-t-il tout de go. « Quand j’étais petit, ma mère voulait me payer un cours d’un sport et un cours d’un instrument. Elle ne pouvait pas me payer les deux pendant longtemps », se remémore le slameur. « J’ai choisi la boxe. Vers 19-20 ans, j’ai arrêté le sport et je me suis dit : « Tiens, je vais faire l’autre vie que j’aurais pu choisir », et j’ai commencé la guitare à 19 ans. J’ai commencé à écrire des textes vers 25 ans. Après, à 33 ans, je suis parti à Paris pour faire de la musique », se rappelle-t-il.

C’est lors d’un spectacle en plateau double avec Gaël Faye qu’il découvre le slam. « J’ai pris une grosse claque », se rappelle Govrache lorsqu’il repense à cette soirée. Dès lors, il s’est mis à participer à des soirées de slam, et à partir de 2012, il a cessé d’écrire des chansons pour n’écrire que des slams. Avec ses textes, Govrache peut parler autant de la beauté du monde que de son absurdité. C’est d’ailleurs l’exercice auquel il se prête avec Apagogie, son plus récent album, paru en janvier 2022.

Son album double précédent, Des murmures et Des cris, a été récompensé par le Grand Prix de l’Académie Charles Cros. Or, cette récompense ne lui a pas pesé du tout lorsqu’il s’est remis à la planche à dessin pour la suite. « Je fais de la musique parce que j’aime la musique, j’écris parce que j’aime écrire. Donc non, zéro pression », soutient-il. Mais comme tout artiste, David Hébert souhaitait que son album soit bien reçu et plaise aux gens. « Il a été relativement bien reçu », avance-t-il lorsque questionné sur la réception. Pourquoi? « Parce qu’il y a quelque chose qui se passe de manière générale, dès lors qu’on prend position socialement, politiquement […], ça plaît ou ça ne plaît pas », explique-t-il.

Un artiste non pas engagé mais « concerné »

Ses prises de position sont nombreuses sur Apagogie : il n’épargne ni les politiciens, ni la corrida, ni son pays. Pour ce dernier d’ailleurs, Govrache a écrit le morceau Ma France. « On vit dans un pays formidable quand on est Français, on a beaucoup de chance : on a une culture culinaire, une culture littéraire », témoigne-t-il. « Il y a toute cette espèce de romantisme autour de la France qui est très vrai. C’est très beau la France, […] la terre en elle-même est magnifique […] c’est vraiment un pays où il fait bon vivre. […] Il n’y a pas que la terre qui est belle, il y a certains hommes qui sont beaux, mais il y a aussi de grosses pourritures », nuance-t-il. Selon lui, « C’est souvent eux qui accèdent au pouvoir et qui ont le plus d’argent. » En découlent alors des iniquités économiques, par exemple entre les « chefs d’entreprise […] qui gagnent des millions et des centaines de millions d’euros » et qui refusent de payer des impôts et les « infirmières qui crèvent la dalle. » « Quand il a fallu dresser le portrait de la France », ajoute-t-il, « j’avais envie de parler à la fois de tout ce qui est très beau et à la fois de tout ce qui est très laid : la colonisation, le fait d’entasser des immigrés dans des quartiers dégueulasses où on ne mettrait pas un chien […] », le tout, en trois minutes trente-quatre. Le secret pour y arriver? La poésie.

Govrache est présentement en tournée au Canada avec ses musiciens Adrien (contrebasse) et Antoine (claviers). Il s’arrêtera notamment à Montréal le 3 novembre prochain dans le cadre du festival Coup de cœur francophone pour un spectacle fort en émotions en plateau double avec Yao. Les billets sont en vente juste ici.

*Cet article a été rédigé en collaboration avec VALO Marketing.

Crédit photo: Courtoisie