Chroniques

Neutral Milk Hotel

Les 20 ans d’In the Aeroplane Over the Sea de Neutral Milk Hotel

  • Merge Records
  • 1998

On est en décembre 2013. Je suis assis à l’arrière de la voiture avec à côté de moi Katakan Kabin qui est en train de me montrer ses dessins. On ne le sait ni l’un ni l’autre, mais elle allait être la première et la seule à me tatouer deux mois plus tard. Je suis en arrière parce que je ne suis pas capable de conduire une voiture manuelle.

« Babe, peux-tu mettre de la musique? »

Ça, c’est Laurie, c’est un peu beaucoup à cause d’elle qu’on est chemin pour New York. Quelques mois auparavant, Gabriel (le babe en question) et moi avions été flabbergastés d’apprendre qu’elle n’avait jamais été à New York.

« C’est à côté! »

Bref, tout ça pour dire qu’on est sur la route qui mène quelques heures plus tard à la grosse pomme. Pis Babe, il met In the Aeroplane Over the Sea dans le lecteur CD. C’était un char « old school ». Je vais être bien honnête, je n’étais pas convaincu au premier abord. En fait, j’étais beaucoup plus subjugué par les desseins de Kat. Ce voyage à New York est en soi un roman. Les péripéties qui allaient marquer nos prochaines journées et notre amitié sont du type indélébile. Le genre de situation qui fait que même quand on se perd de vue, l’amour elle ne s’évapore tout simplement pas.

Une rencontre sera décisive pendant ce séjour à New York. Une rencontre qui aura une importance capitale sur ma façon d’absorber les chansons d’In the Aeroplane Over the Sea.

What a beautiful face
I have found in this place
That is circling all round the sun
What a beautiful dream
That could flash on the screen
In a blink of an eye and be gone from me
Soft and sweet
Let me hold it close and keep it here with me

– In the Aeroplane Over the Sea

Un soir dans un bar de blues où nous avions pris place, j’ai rencontré Tiff. Tiff est une ballerine des Philippines francophile qui entretenait une passion pour Jack Kerouac. Moi, j’étais un comédien québécois qui écrivait et qui avait Maggie Cassidy dans mon sac… Cupidon s’est fait aller les fléchettes et une idylle est née. Je vous épargne les détails de nos rencontres, parce que ce n’est pas de vos affaires… mais je vous dirai ceci. Quand au matin de mon départ, j’ai quitté son appartement de Gramercy Park, j’avais l’impression de tourner le dos à une personne avec qui j’aurais pu être très heureux. J’étais dévasté en reprenant le métro vers Brooklyn pour aller rejoindre les autres et remettre le cap sur Montréal. C’était comme dans les vues avec le déchirement et un sentiment d’impuissante totale.

C’est à ce moment qu’In the Aeroplane Over the Sea est entré réellement dans ma vie. Les mots de Jeff Mangum ont pris une nouvelle tournure, se rattachant à une peine réelle et tangible. C’est un peu ça après tout le rôle de l’art, de nous offrir un miroir de la vie. Si Mangum chante souvent au sujet d’Anne Frank, ces paroles résonnaient en moi, même si mon histoire était pas mal plus banale.

We will take off our clothes
And they’ll be placing fingers through the notches in your spine
And when all is breaking
Everything that you could keep inside
Now your eyes ain’t moving
Now they just lay there in their climb

– Two-Headed Boy 

Encore aujourd’hui, la tragique tristesse d’Oh Comely m’émeut vivement et me fait lever le poil sur les bras. Et pourtant, cet album, je l’ai usé à la corde, écouté à toutes les sauces. Les références à Goldaline, aux peaux qui se fusionnent, aux fosses communes nazies, à la terrible abomination que sont les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale… ces images limpides que Magnum nous peint les une aux côtés des autres m’ont toujours beaucoup touché. Que dire de la salace Communist Daughter qui réussit à parler de sexe de façon très explicite sans jamais sombrer dans la vulgarité. La chanson-titre pour sa part berce avec sa mélodie hypersimple doublée d’une égoïne magnifique.

In the Aeroplane Over the Sea est devenu un album marquant dans ma vie en partie en raison des événements qui ont croisé sa trajectoire. Une conjecture qui arrivé comme ça. Comme bien des choses dans la vie. Plusieurs années plus tard quand Mangum se met à chanter, je revois Laurie qui demande à Gabriel de mettre de la musique pendant que Kat me montre son porte-folio. Un moment de bonheur entier cristallisé sur la route hivernale entre Montréal et New York.

4 commentaires

  1. Billy, le 2018-02-21 à 18:51

    On dit dessins et non pas desseins, en passant. 😉

  2. mc, le 2018-02-24 à 13:43

    et maNGum 🙂

    • Louis-Philippe Labrèche, le 2018-02-24 à 13:48

      Hahaha. Ça c’est très drôle. Merci à Antidote et mon doigt passé trop vite sur la touche. Jeff Magnum c’est quand même pas si pire comme nom. Merci infiniment de me l’avoir gait remarqué. C’est maintenant rectifié!

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