Julia Jacklin
The Gem
- 4AD
- 2026
- 35 minutes
I’m free, now let me be brand new
— Brand New
Julia Jacklin gagne en notoriété avec chaque album. Crushing avait été celui qui l’avait mis sur la mappe, alors que Pre Pleasure avait confirmé que l’autrice-compositrice-interprète était rendue un incontournable de l’indie-rock. Ce dernier, enregistré à Montréal, avec certains artistes locaux comme Laurie Torres, a confirmé son statut et sa place au sein de la scène. The Gem arrive après de grands changements : la fin d’un contrat de disque et le changement de gérance. Dans cette grande mouvance, Julia Jacklin s’est posée des questions sur elle-même et sur ce qu’elle créait. Il est dangereux de tomber dans le piège de commencer à évaluer ses créations en fonction de l’idée qu’on se fait des attentes des autres. Et c’est précisément ce qui est arrivé avec The Gem, un album qui était terminé une première fois et qui a même été célébré avec une session d’écoute pour des amis proches et qui finalement aura pris un an de plus pour arriver à sa forme finale.
En ce sens, le titre de l’album est évocateur : la pépite. Julia Jacklin peut-être se cherchait à travers ses pièces et s’est elle trouvée? Une chose est sûre, elle délaisse les sonorités de Pre Pleasure pour retourner vers quelque chose de plus ancré dans un folk-rock indé mélodieux. Brand New, qui ouvre l’album, reprend les sonorités de Pre Pleasure, mais, sur celle-ci, Julia Jacklin exprime son désir de se retrouver, un peu comme le phœnix à travers un retour à l’essentiel. Puis, des God Sometimes, le changement s’effectue avec les sonorités de claviers et les guitares acoustiques qui tirent plus vers le folk. La glissade se poursuit et se termine dans la douce I Wish où The Maes se joint à Jacklin.
On retrouve quelques pièces entrainantes sur The Gem, comme The Hardest Thing, une pièce qui, malgré ses airs dynamiques, chante la fin difficile d’une relation. C’est l’autre grand thème qui traverse l’album : la vision de Jacklin où l’envie d’aimer et d’être aimé entre en conflit avec son sentiment de liberté. C’est un équilibre qu’elle cherche à travers les pièces de l’album. De l’autre côté du spectre de cette question, Get Away From Me (I Think I’ll Love You Soon) chante les papillons qui s’installent dans une relation humaine qui tend vers les émotions tendres.
À travers le glissement vers le folk-rock, un sursaut des anciennes sonorités revient avec Real Life. La pièce avec une belle grosse basse et une trame qui nous garde en haleine offre de beaux moments sur lesquels Jacklin chante de manière nuancée, se promenant d’une intensité bien poignante à des moments plus calmes.
Angel Vision et You Turned on the Tap offrent des moments plus doux à travers The Gem. On y revient à une simplicité qui ressemble davantage au début de carrière de Jacklin. Son interprétation est réussie et on embarque dans ses propositions un peu plus mélancoliques sans trop d’efforts.
C’est réussi pour Julia Jacklin, qui offre un bel équilibre entre la simplicité et des arrangements plus somptueux sur The Gem. On sent l’attention qui a été mise sur chacun des détails pendant cette année de travail d’extra. Les mélodies vocales sont efficaces sans être transcendante, mais l’interprétation est toujours au rendez-vous. Ça vaut le détour.