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Critiques

Lydia Képinski

C’est parti!

  • Chivi Chivi
  • 2026
  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

S’il y a une chose que C’est parti! fait à merveille, c’est celle de donner le goût de tout laisser tomber, de trouver le prochain spectacle près de chez soi, et d’acheter des billets pour voir et entendre comment Lydia Képinski le fera vivre sur scène.

Après la pop rock de son premier album Premier juin en 2018, la Képinski aux allures folk a troqué sa guitare pour les paillettes et amorcé un virage dance floor avec la pop dansante de l’album Depuis qui a suivi en 2022. Quatre ans plus tard, C’est parti! assume pleinement ce virage dance et fournit du matériel qui pourrait bien confirmer sa domination à la frontière d’une nuit de la poésie et d’un after-hour.

Derrière la pochette qui annonce un disque emo à écouter la nuit, l’autrice-compositrice-interprète troque une part de ses contours mélodiques habituels pour laisser une place centrale à la poésie et aux arrangements EDM particulièrement riches de son fidèle complice Blaise Borboën-Léonard.

Tu as brisé mon vaisseau
Et tu pilles ses richesses
Qu’il sombre au fond de l’eau
Comme sombre ta promesse
— Vaisseau d’or

La Bachelière en littérature n’a jamais caché son amour des mots, des récits et des allégories. D’ailleurs, l’entrée en matière de ce dernier opus est inspirée du poème d’Émile Nelligan, Le Vaisseau d’or, qui évoque le naufrage intérieur et la folie à travers la métaphore d’un navire sombrant dans l’abîme. Le texte réinterprété est récité sur des nappes électros à la tension progressive, parsemé de chœurs liturgiques, rappelant l’univers de Mykalle, avec qui Borboën-Léonard collabore également. Ce n’est pas une pièce d’ouverture convaincante pour annoncer les douze titres suivants, mais plutôt une pièce qui confirme sa mutation réussie de poétesse rock à poétesse EDM.

La plume de Képinski fait preuve d’une grande poésie et d’une finesse allégorique constante et prouve avec brio que la poésie peut tout aussi bien s’épanouir sur un plancher de danse que dans un recueil. Entre le naufrage intérieur de Vaisseau d’or, la confrontation entre les souffrances cachées et les exigences de la vie de scène sur C’est parti ! et l’exploration du regard des autres sur Vidéo, Képinski tricote des allusions mythiques et des références à ses origines polonaises. L’album traverse ainsi un cycle thématique complet, allant du sentiment de trahison à la métamorphose et à la résilience.

Je suis contente, j’ai enfin
Saisi ce que c’est que d’être bien
— À l’extérieur

Sur le plan musical, l’album propose une esthétique house riche et orientée vers la performance live, où les synthétiseurs texturés, les montées de tension progressives et les drops en milieu de titres dominent souvent les mélodies. Déjà avec Depuis, un disque pourtant plus pop, Képinski métamorphosait chaque spectacle en mini rave d’une énergie magnétique : on pouvait souvent apercevoir les mêmes visages en concert. Avec son virage EDM complété et pleinement assumé, tout indique que l’album C’est parti! trouvera son plein potentiel en tournée. Vivant•e soulèvera avec son drop en milieu de parcours, et les pièces À l’extérieur, C’est parti!, Nuit#1, Vidéo et Graal qui gravitent autour d’une forte dynamique de four-to-the-floor feront sans doute monter les pulsations cardiaques.

Les quarante minutes de l’album s’écouteraient d’un trait si ce n’était de William en milieu d’album, avec son refrain d’onomatopées qui vient troubler une écoute jusque-là fluide, et Ici, une pièce correcte, sans plus. La persévérance est cependant récompensée, puisque la deuxième partie de l’album comporte deux pièces particulièrement intéressantes.

Case D avec ses cordes synthés aux saveurs orientales, dénonce l’éternel recommencement, peut-être celui du cycle écriture-album-tournée, mais aussi celui du système D, où l’artiste doit apprendre à se débrouiller.

Retour à la case départ
Retour à la case D
— Case D

Puis suit Ma quête, véritable vent de fraîcheur. Pièce la plus expérimentale du lot, elle laisse entrevoir des bribes de la Lydia Képinski des débuts, quelques effluves de musique classique à la Rosalía, des coups de basses profondes qu’on entend dans le hip-hop : les arrangements où Borboën-Léonard atteint un degré de maîtrise rarement entendu dans ses autres projets.

C’est parti! brille avant tout par sa capacité à transposer la poésie dans un univers de boîtes de nuit et lance un message clair : l’EDM n’a pas besoin d’être vide de texte ou de sens. Là où plusieurs productions de ce registre misent d’abord sur l’énergie et le rythme, Képinski réussit à y faire cohabiter littérature, introspection et désir de danser. C’est un projet taillé pour la scène et conçu pour être écouté fort, en mouvement, la basse dans le tapis.

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