Festival Tryptique 2026 | Fred Fortin au Verre Bouteille le 10 septembre
Fred Fortin était hier soir au Verre Bouteille dans le cadre du nouveau festival montréalais Tryptique. Accompagné de son éternel complice Olivier Langevin à la généreuse guitare et Robbie Kuster (qui, on l’avoue, si on le croisait dans la rue, on aurait plus tendance à croire qu’il est genre prof en pub à l’université Concordia qu’un drummer super-héros prêt à te sortir une impro disjonctée entre 4 temps) aux percussions, il présentait la fin de sa tournée estivale dans une ambiance plus que festive!
La musique de Fred Fortin en spectacle semble prendre 4 tonnes de pesanteur, alors que les mains des musiciens s’affairent à construire des riffs qui finissent par débouler sans que rien ne puisse les arrêter. C’est dans ce premier jam – et oh, non, clairement pas le seul – de la soirée que les partitions se sont finalement alignées vers les airs connus de Oiseau, acclamée fortement par la foule.
Led Zeppline suit dans une version un peu plus pressée que d’habitude, mais les musiciens ne sont pas pressés de partir, ils sont pressés d’entrain. Madame rose, 10$, Le cinéma des vieux garçons, Molly, Tapis noir, cette exécution entraînante et précise sera le modus operandi de tout le show, sans compter les multiples envolées de guitare de Langevin, profitant parfois de seulement un petit 8 temps pour nous faire quelques prouesses musicales purement langevines. L’humeur est bonne, les interactions entre les chansons sont plus drôles les unes que les autres, Fred laisse chanter la foule sur certains refrains, et même le verre d’Olivier tombe sous les vibrations sonores, signe incontestable de la profondeur du rock qui est joué.
Langevin et Kuster quittent la scène pour une partie solo de Fortin, qui avoue se sentir nu, partie pendant laquelle il va nous interpréter une nouvelle pièce fort prometteuse, et …Que je t’étranglerai, prouvant que tout son répertoire contient des pépites scintillantes.
Le band revient pour la deuxième partie du show, encore plus lourde musicalement (comme si c’était possible!), sous le thème de Gros Mené, tout récemment annoncé comme étant le groupe allant suivre Angine de Poitrine dans sa tournée européenne cet automne. Agnus Dei, La Sarre, Bonsaï, J’garde le fort, on se dit même que la fin de l’excellente Vénus doit être le morceau le plus fort jamais joué au Verre bouteille, ever. Et dans tout ça, il y a la générosité d’Olivier Langevin, qui n’a d’égal que son enthousiasme et sa créativité.
S’en suit un premier rappel sur le 220 Volt avec des versions allant jusqu’au prog de Scotch et Mélane, mêlant intensité et improvisation de musiciens de haut calibre. « Non mais quel franc succès! » s’exclame Fred Fortin, pour qualifier la qualité de la soirée qu’on est en train de passer.
L’auteur-compositeur-interprète revient pour un dernier rappel solo, l’unique Ultramarr, meilleur exemple de la richesse des textes de Fortin. Ses chansons allient les gros riffs sales, certes, mais également une délicatesse, une finesse dans le choix des histoires racontées. Des personnages hauts en couleur, des histoires crues et réelles, et une poésie imagée forgent ses pièces depuis plus de deux décennies. Des morceaux bourrés de sensibilité qui racontent les travers des gens ordinaires, avec une franche humanité et une touche d’humour.
On sort d’un show de Fred Fortin avec la preuve indéniable qu’on vit à la même époque que le Félix Leclerc de notre génération… version juste un tout petit peu plus stoner.