MUTEK 2026 | 2e journée : Zora Jones, Matthew Herbert, Barker
La deuxième soirée officielle du festival Mutek avait lieu hier soir à Montréal, et ce qui se faisait entendre à l’Esplanade tranquille et à la SAT hier soir était particulièrement expérimental. C’est précisément ce qui rend cet événement aussi attrayant.
Vibrer gratuitement
NVST, DJ et productrice suisse, a été une belle découverte. Elle incarnait assez bien l’image qu’on se fait de MUTEK et de l’essence du festival. La proposition de l’artiste mélangeait du breakbeat, de la techno et de la musique ambiante sur un jeu de lumière monochrome stimulant. C’était audacieux pour un set de début de soirée, prenant place sur la scène accessible au grand public. Elle a aussi su incorporer quelques éléments vocaux performés directement devant la foule montréalaise. C’était sombre et original, mais certainement moins facile d’approche que ce qui a suivi.
Zora Jones, le principal visage de la programmation gratuite d’hier soir, a renversé l’énergie dès son premier morceau. On est passé d’un set osé à une musique plus entraînante qui a désengourdi le public. Quelques pistes de disco-house nous ont été jouées au départ, suivies de chansons dance latines et afro. L’artiste établie à Barcelone marquait par le fait même la première performance de son nouvel album ici, dans le quartier des spectacles de Montréal. C’est peu dire que son énergie a été très bien accueillie par la foule. Elle a d’ailleurs assuré les deux dernières heures de la programmation gratuite à l’Esplanade tranquille.
Départs en douceur
Passé 22h, le programme NOCTURNE 1 prenait place à la SAT. Sur un étage, on avait droit à une projection de films immersifs dans le dôme de la Satosphère tout au long de la soirée, idéale pour les amateurs d’installations audiovisuelles. Sur l’autre, c’était un enchaînement de performances d’artistes électroniques qui étaient, eux aussi, accompagnés par des projections et des jeux de lumière dans l’Espace SAT.
Marc-Antoine Barbier, davantage connu comme étant l’un des membres du groupe québécois Choses Sauvages, a brisé la glace en partageant la scène avec l’artiste torontoise fongkikid. Les deux ont su installer une ambiance très légère et contemplative pour débuter la soirée. Leur musique ambiante formait un joli pont entre les instruments organiques et synthétiques. Marc-Antoine Barbier était muni d’un saxophone sur scène, qu’il réussissait à intégrer à merveille aux textures et atmosphères sonores jouées par fongkikid à ses côtés.
L’heure suivante a été comblée par la musique de l’artiste mexicaine Debit, qui a poursuivi dans la musique ambiante à son tour. On était cette fois-ci dans une énergie plus sombre : les images projetées derrière elle mettaient de l’avant des groupes de musique originaires d’Amérique latine, et sa performance musicale tentait de réutiliser quelques sonorités de ce genre de musique, comme si elle avait été ralentie et sortie de son contexte, soumise à être une atmosphère ambiante. Elle jouait de l’accordéon sur scène et l’intégrait à ses ambiances sonores, ce qui était franchement original et inattendu.
Un virage polarisant
En étant allé chercher le talentueux musicien Matthew Herbert pour faire partie de la programmation, Mutek nous offrait une surprise dont on n’aurait pu deviner la nature. À la fois compositeur et activiste, cet artiste anglais multiplie les chapeaux et les propositions qui détournent les codes, puis cherchent à provoquer des réactions fortes.
Sa performance d’hier marquait sa première en Amérique du Nord pour son prochain album theukhasmorefoodbanksthanbranchesofmcdonalds.com. Comme l’indique le titre, c’est un projet à la fois engagé et déstabilisant. Matthew Herbert utilise, dans le cadre de cet album, des sons provenant d’aliments de cuisine (pâtes, boîtes de conserve, céréales…) au sein de ses compositions. Ça peut difficilement nous laisser indifférents.
Il a par le fait même changé l’énergie ambiante qui planait dans la SAT jusque-là, en allant presque aux limites de la musique expérimentale. C’était caractérisé par des rythmes déroutants, difficiles à suivre, avec des sons secs et peu mélodiques. C’était de l’art performance plus qu’un set de musique. Ça n’a évidemment pas semblé faire l’unanimité, chose qui était prévisible, peut-être même recherchée par celui-ci. N’empêche que la fin de sa performance était prenante et intense, puis a laissé le public emballé pour la fin de la soirée.
Digne des plus grands
La dernière heure de la programmation a été signée par l’excellent artiste anglais, Barker, très attendu par plusieurs fans de musique électronique expérimentale. La foule s’est tout simplement transportée dans son univers dès les premiers instants.
Il a habilement navigué entre des mélodies planantes et des pistes rythmiques qui frôlaient le breakbeat et le Drum & Bass. Je dis frôler parce que c’est ce qui correspond le mieux à ce qu’il nous a offert hier soir. C’était très difficile de catégoriser sa musique tellement il tournait autour de deux mondes. Les moments plus ambiants étaient tout aussi lourds/intenses, et les portions plus sombres conservaient une certaine légèreté.
Il a été patient, nous a guidés du début à la fin de ce qui semblait être un long morceau sans interruption. Ça a fait du bien. Ce genre de moment rappelle la richesse de l’attente et de la lenteur dans la musique. Tout le public avait le temps d’embarquer dans sa proposition, dans de longues montées en puissance.
C’est un artiste à découvrir, et ce genre d’énergie se retrouvera assurément de nouveau dans les prochains jours du festival, tellement l’éventail de genres y est diversifié.