Mimi O'Bonsawin
Evoke
- Indépendant
- 2026
- 31 minutes
Mimi O’Bonsawin est une autrice-compositrice-interprète canadienne-française qui a des origines abénakises. Comme bien des membres des Premières Nations, sa culture s’est perdue sous le poids du conformisme canadien, qui voulait à tout prix noyer les identités autochtones au profit d’une hégémonie anglo-saxonne. Membre de la communauté d’Odanak au Québec, elle s’est affairée au cours des dernières années à apprendre l’abénakis et à reprendre contact avec la culture.
On en retrouve des bribes sur Evoke. Notamment sur l’excellente P8GWAS, paru plus tôt cette année. La pièce offre aussi une avenue sonore intéressante pour O’Bonsawin, qui mélange reggae et rock électronique avec quelques touches de musique autochtone dans les rythmes. La pièce promettait un album surprenant et audacieux. Le truc, c’est que c’est l’exception sur l’album et non la règle.
Dans l’ensemble, Evoke puise plutôt dans des sonorités que Mimi O’Bonsawin a creusées par le passé : un folk-reggae qui tend vers la pop. C’est clair dès les premières notes d’Homegrown, qui ouvre l’album. La pièce n’est pas mauvaise, mais côté originalité, on est plutôt dans des sonorités usuelles. Seul baume sur la pièce, c’est la mélodie efficace d’O’Bonsawin pour le refrain. Il faut dire aussi que les arrangements n’aident en rien en misant sur des réflexes mielleux.
Ce n’est pas la seule pièce qui tombe dans le piège des clichés musicaux. Steady est très pop-rock canadienne. C’est une pièce qui manque de relief, qui mise sur un country qui manque de personnalité. En fait ce sont les quatre premières chansons de l’album qui manque d’originalité. Et heureusement, ça change par la suite.
À partir de la pièce-titre, un changement de paradigme s’effectue. La chorale qui accompagne Mimi O’Bonsawin dans une envolée plus mystique donne le ton avant qu’on tombe dans Pass the Time. Cette dernière offre de beaux moments. Je me serais passé des sons de la nature qui font un peu oiseaux en canne, mais tout le reste de la pièce est réussi. O’Bonsawin offre une excellente performance vocale et une interprétation juste qui n’en met pas trop. Les arrangements sont tout simplement sublimes et la simplicité de l’instrumentation permet à tout de briller dans l’ensemble. Archive 02.05.2025 est particulièrement touchante quand on comprend qu’il s’agit des premières fois que Mimi O’Bonsawin parlait la langue de ses grands-parents, qui sera désormais la sienne aussi.
Dans ses meilleurs moments Evoke est touchant et efficace, mais dans l’ensemble, on est confronté à une pop-rock-folk canadienne qui manque de relief. Peut-être que l’album est le début d’un tournant pour Mimi O’Bonsawin. Après tout, il y a bien des choses qui se sont passées sur le plan professionnel au cours des dernières années. La suite nous le dira.