Madonna
Confessions II
- Warner Bros. Records
- 2026
- 63 minutes
Plus de vingt ans après Confessions on a Dance Floor, celle qu’on surnomme la reine de la pop, Madonna, revient sur la piste de danse, là où elle a toujours été la plus convaincante avec Confessions II, une œuvre autobiographique et rétrospective empreinte de nostalgie, mais jamais dépourvue de modernité.
La pochette, photographiée par Rafael Pavarotti, illustre d’ailleurs parfaitement cette idée d’acceptation du passé et d’audace tournée vers l’avenir. Madonna y revisite la pose de Confessions on a Dance Floor, mais fait cette fois face à l’objectif.
En retrouvant son complice du premier Confessions, le producteur Stuart Price, elle reprend également le principe qui faisait la force du disque de 2005 : des chansons qui se fondent les unes dans les autres comme dans un DJ set de 63 minutes, conçu pour être écouté d’un seul trait.
Come on meet me on the dance floor
— I Feel So Free
Ce qui frappe d’abord, c’est à quel point l’album s’écoute bien d’un bout à l’autre. On entre dans Confessions II comme on entre dans un club : d’abord porté par l’euphorie house avec le morceau d’ouverture I Feel So Free, on traverse ensuite des territoires plus sensuels et personnels en milieu d’album à partir de Bizarre, pour finalement terminer la nuit sur L.E.S. Girl, une berceuse d’après-club qui nous invite enfin à rentrer à la maison.
Ce qui fonctionne merveilleusement bien, c’est la maîtrise avec laquelle Madonna et Price appliquent une recette aussi assumée qu’efficace pour nous faire aimer l’album dès la première écoute : emprunter, évoquer et s’auto-référencer.
Dans I Feel So Free, Madonna applique cette recette qu’elle maîtrise mieux que quiconque. D’une voix sensuelle qui rappelle Justify My Love, elle nous entraîne sur le plancher de danse dans une deep house construite autour de synthétiseurs qui évoquent inévitablement I Feel Love de Donna Summer et échantillonne French Kiss de Lil’ Louis. Mais plutôt que de tomber dans un pastiche sans intérêt, le morceau trouve une identité fraîche et moderne dans les syncopes et les textures électroniques modernes injectées par Arca, une artiste électronique vénézuélienne transgenre ayant également travaillé avec Björk, Kanye West et FKA Twigs.
Un autre bel exemple est Danceteria où, dès les premiers vers, on entend l’emprunt aux défilés de personnages qui peuplaient Vogue, mais l’utilise ici en célébration de ses années new-yorkaises dans le club mythique qui l’a vu naître dans les années 80. Le morceau se termine d’ailleurs sur le fameux “Do-do-do, do-do, do-do-do” de Walk on the Wild Side de Lou Reed. Il y a aussi Bring Your Love, un duo pop-house moderne avec Sabrina Carpenter destiné aux radios de masse, qui pourrait théoriquement rejoindre un public plus jeune et qui évoque sans détour Express Yourself, un des titres phares de son répertoire sur un jeu de clavier du house des années 90. I Feel So Free, Danceteria et Bring Your Love sont les trois moments forts de l’album qui nous invitent à danser euphoriquement.
Call it trance, call it house. Call it love without words
— Love Without Words
Parmi les titres les plus audacieux du disque figurent Everything, Love Without Words et Betrayal. Everything séduit par son ambition : sur une structure house sombre et raffinée, Madonna réaffirme sa philosophie selon laquelle la danse relève presque du rituel spirituel sur des synthétiseurs compressés et hachés hérités de l’EDM du début des années 2010, comme dans Gangnam Style. Quant à Love Without Words, il impressionne par sa production à la fois organique et aventureuse ainsi que par son refrain qui évoque Me Too de Meghan Trainor. Enfin, Betrayal délaisse le rythme effréné de la piste de danse au profit d’une élégante esthétique électronica, ambient et trip-hop, portée par une trompette jazzy et une interpolation de la Gnossienne no 1 d’Erik Satie. Tous en collaboration avec le duo de producteurs italien PARISI, ces morceaux confirment que Madonna possède encore ce talent rare de savoir bien s’entourer pour enrichir, moderniser et réinventer son propre héritage.
Deux de mes coups de cœur se trouvent toutefois un peu plus loin dans le parcours. Avec Read My Lips, Madonna réussit une fusion étonnamment naturelle entre la deep house de Stuart Price et les textures du reggaeton et de la musique urbaine latine apportées par Feid, l’une des figures majeures de la scène colombienne actuelle. Porté par un registre vocal plus grave qu’à l’habitude, ce morceau au refrain ver d’oreille et aux inspirations latines s’avère particulièrement efficace. À l’autre extrémité du spectre se trouve My Sins Are My Savior, probablement l’une des plus belles surprises du disque. La collaboration avec Stromae apporte une rupture bienvenue avec l’euphorie du dancefloor grâce à une production hybride, sombre et élégante où les couplets en français se fondent dans une ambiance rappelant autant le trip-hop que les climats new age d’Enigma. Construite autour d’une interpolation de My Army of Lovers, la chanson démontre une fois de plus la capacité de Madonna à nous plaire avec son regard nostalgique tout en trouvant de nouvelles façons de se réinventer.
I just want to lose myself in the groove
— Danceteria
À 67 ans, Madonna ne demande plus au dancefloor de la sauver : elle lui demande simplement de se souvenir avec elle. En faisant enfin face à son passé plutôt que de lui tourner le dos, elle signe avec Confessions II une œuvre-synthèse aussi touchante que dansante, et probablement l’un de ses albums les plus réussis depuis deux décennies.