Les JUNOS ou comment l’industrie se minouche en public
Il y a tant de questions qui naissent en moi quand je regarde les nominations en commençant par : voyons qui vote à ce jury-là? Y a-t-il presque juste des gens des majors? Ont-ils des oreilles? Ont-ils écouté de la musique au cours de la dernière année? Suivent-ils un tout petit peu l’actualité musicale?
Cette année, les nominations sont atroces. À l’exception des traditionnelles catégories qui échappent aux membres de l’académie CARAS : album francophone de l’année (sûrement que personne ne parle le french anyway), les deux catégories autochtones et les deux catégories alternatives. Parce que, pour le reste… eh la la. On se rend compte que les gens de CARAS ne connaissent pas grand-chose à la musique. En tout cas, pas suffisamment.
Mais c’est quoi, CARAS? Que je vous entends crier de l’autre bord de l’écran ! C’est la Canadian Academy of Recording Arts and Sciences. Et ça coûte 85 beaux dollars pour en être membre. Elle dit vouloir contribuer à des standards artistiques plus élevés, mais on comprend rapidement en regardant les nominations que c’est relatif comme prétention. Très relatif.
Votre crème de la musique? Really…
Quand Justin Bieber avec ses deux ordinaires SWAG se retrouve dans les grosses catégories, tu le sais que t’es dans le champ. Et loin dans le champ. L’autre bord de la clôture. Pis, on doit utiliser des jumelles pour t’apercevoir en tout petit tout petit tout petit. C’est insultant pour le reste du Canada de clamer que ça fait partie des meilleures créations à émaner du pays au cours de la dernière année.
Autre chose qui fait tiquer quand on suit un tant soit peu l’actualité musicale : Arcade Fire pour groupe de l’année? On parle bien du même groupe qui a tellement pris une grosse débarque qu’il ne fait plus des Centre Bell, mais l’Olympia? Qui vient de sortir un genre d’album un peu cringe où un couple qui était en train de se séparer voulait nous faire croire (et sûrement se faire croire à eux, c’est très humain) que ça pouvait encore fonctionner. On n’est pas obligé de clouer Arcade Fire sur le pilori, mais quand même, de là à les nommer dans « groupe de l’année ». On ne parlera même pas de la présence de Three Days Grace dans la catégorie.
Où sont les Québécois?
Pendant ce temps, nos Québécois francophones sont confinés à la catégorie « album francophone ». Vous allez me faire croire que Lou-Adriane Cassidy qui a remporté 12 Félix et une courte liste au Polaris ne méritait même pas une place dans les révélations de l’année? Population II ne méritait pas une place dans les groupes de l’année? Vous allez me faire croire que Daisies de Bieber est une meilleure chansons que Dis-moi dis-moi dis-moi ou La Trippance?
Les JUNOS donnent plus de munitions en faveur de l’indépendance à Paul St-Pierre-Plamondon que le Premier Ministre Carney.
Une industrie qui se donne des high-fives
Je comprends que, depuis que Beyoncé s’est mis un chapeau de cowboy, tout le monde pense que c’est le fun de célébrer le supposé country, mais il va falloir en revenir. Josh Ross sonne comme une patente faite par intelligence artificielle générative. C’est épouvantable. Au moins, le James Barker Band garde un petit quelque chose de country, même si la réalisation est d’une quétainerie sans nom. C’est mid, comme qu’on dit au Canada.
Même moi, qui n’en est pourtant pas à ma première déception, je me dis : voyons, comment on en arrive là? Ce qui m’a poussé à creuser sur le « comment on vote au JUNOS » et j’ai trouvé la phrase qui tue : « Vote in up to 16 categories for the JUNO Awards to ensure an industry-driven voting process. » Ça explique l’omniprésence des trois majors dans toutes les catégories importantes et l’absence totale de présence québécoise. Parce que, rappellons-le, le Québec est un trop petit marché. Et pendant ce temps l’industrie se donne tes tapes dans les mains en se disant qu’ils sont donc beaux et donc fins.
Très. mid.