Tweedy - Sukierae - Le Canal Auditif

Tweedy – Sukierae

fe457d61La plupart des mélomanes avisés connaissent très bien l’excellente formation rock Wilco, menée de main de maître par l’un des songwriters américains les plus respectés de sa génération, Jeff Tweedy. Après autant d’années derrière le volant de Wilco, Jeff Tweedy lance cette semaine son premier solo intitulé simplement Sukierae. Accompagné à la batterie par son fils Spencer (solide batteur de surcroît), aidé par la participation vocale de Jess Wolfe et Holly Laessig du quintette indie-pop Lucius, Tweedy nous balance un total de vingt chansons étalées sur soixante-douze minutes… puisque le musicien avait écrit pas moins de quatre-vingt-dix ritournelles!

En premier lieu, voilà la grande carence de ce premier rejeton en mode individuel: la durée. Cette conception sonore contient quelques pièces qui font tout simplement office de remplissage, plus particulièrement les morceaux folk/pop/rock beatlesque que le compositeur prodigue à quelques occasions avec Wilco. On fait référence ici à Wait For Love, Low Key, Flowering et Summer Moon. Ce type d’écriture chansonnière de la part de Jeff Tweedy, on en connaît parfaitement la recette quelque peu éculée. De plus, on note clairement une absence de prise de risque autant au niveau des arrangements que de la réalisation, ce qui fait que certaines pièces peinent à s’élever au-dessus de la mêlée.

Puisque Jeff Tweedy est un musicien hors pair, un mélodiste de luxe et un parolier d’exception, cette première offrande, même si elle n’atteint pas les hauts standards établis par Wilco, en est une de qualité. Pas de doute là-dessus! Le songwriter propose somme toute une litanie de pépites sonores éclatantes et émouvantes; spécifiquement les chansons portant sur son épouse, diagnostiquée pour un cancer durant le processus de composition (heureusement, Susie Miller Tweedy est actuellement en rémission). On ne peut rester insensible en écoutant cette Nobody Dies Anymore d’une authenticité sans équivoque.

On remarque également que Tweedy est probablement meilleur pour les autres que pour lui-même (la marque des vrais), car son travail de réalisation avec Low, White Denim et Mavis Staples est beaucoup plus éloquent que ce qu’il a appliqué à ses propres chansons. Dommage, car avec une meilleure sélection chansonnière et un désir de dépassement plus accentué, ce disque aurait pu se hisser à un échelon supérieur. Ceci dit, ça demeure Jeff Tweedy et l’homme est tout simplement incapable de médiocrité.

On a affectionné le rock dissonant dispensé sur l’entrée en matière titrée Please Let Me Be So Understood, la psychédélique à la rythmique irrésistible (bravo à Spencer Tweedy!) Diamond Light Pt. 1, les dépouillés tristounets et folkisants Pigeons, Honey Combed et Fake Fur Coat, l’aérienne/labyrinthique Slow Love, la bouleversante Nobody Dies Anymore, la quasi fédératrice I’ll Sing It, ainsi que la mélancolique/brinquebalante Down From Above.

Au fond, on aurait aimé être épaté par ce Sukierae autant que nous l’avons été si souvent par Wilco, mais si on écoute ce disque objectivement, on ne peut que s’incliner devant l’indéniable et remarquable talent de songwriter de Jeff Tweedy. Les fervents de l’homme seront parfaitement confortables avec ce solo, mais on s’ennuie quand même de l’apport guitaristique gigantesque de Nels Cline, des harmonies vocales lumineuses de John Stirratt et de Pat Sansone, des imposants claviers de Mikael Jorgensen ainsi que du jeu absolument inventif du percussionniste/batteur Glenn Kotche. Malgré tout, on y va avec la famille!

Ma note: 7/10

Tweedy
Sukierae
dBPM/ANTI
72 minutes

wilcoworld.net/#!/

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