Russian Circles – Guidance - Le Canal Auditif

Russian Circles – Guidance

Russian CirclesDepuis le début du projet Russian Circles, le trio explore un spectre de son et d’influences qui oscille entre deux extrémités assez définies et différentes: le post-rock ambiant et le post-métal rageur.

Telle une alternance métronomique, les gars font d’ordinaire un album à l’ascendant plus métal, suivi d’un plus atmosphérique. Avec Memorial, ils ont commencé à mélanger la sauce. Avec Guidance, ils la lient.

Et disons-le, il est probablement le meilleur album de Russian Circles jusqu’ici. D’ailleurs si on se fie à certaines critiques spécialisées, ce sera également l’album de l’année.

L’alternance entre deux spectres d’intensité, c’est chose du passé chez Russian Circles. Ça brasse désormais dans les atmosphères et ça respire dans le tonnerre. Le groupe a réussi à briser la logique du balancier. Faut écouter Mota pour s’en convaincre.

Non seulement l’ambiant et le puissant se côtoient dorénavant, mais le trio nous propose ici des compositions beaucoup moins linéaires que sur ses précédentes créations.

Évidemment, on est dans une logique du crescendo, mais on n’y ressent pas de longueur. Les pièces coulent les unes dans les autres par les ajouts parcimonieux d’éléments d’atmosphères, notamment des claviers et de l’électronique.

Voilà une décision de production qui donne moins des airs d’interlude aux pièces plus calmes: celles-ci deviennent plus fortes et nourrissent elles aussi la progression du tout. C’est d’ailleurs pour cette vision «holistique» de l’oeuvre qu’il est difficile de parler de Guidance en confinant son analyse aux chansons séparées.

Parlant de production, l’avantage clair et net qu’a Guidance sur ses prédécesseurs provient du travail de Kurt Ballou (Converge) à la console, qui ne se contente pas d’ajouter sa touche au travail de Russian Circles. Non. On sent qu’il a agi à titre de 4e membre du groupe dans sa direction de l’enregistrement, capté dans son âtre, God City Studios.

La signature du guitariste de Converge marque une rupture avec la production «DIY-papier-sablé» à laquelle nous avait habitués le groupe jusqu’ici. Le producteur est certes passé maître dans l’art de condenser la puissance d’un enregistrement, mais c’est un domaine dans lequel Russian Circles n’avait pas besoin de leçon. La rencontre donne plutôt une proposition nuancée, misant sur la profondeur des ambiances et globalement, sur un son qui a davantage d’amplitude.

C’est avec Vorel, après une pertinente intro, que l’on constate la première fois cette mutation de Russian Circles. Étonnamment, ou pas, c’est l’un des morceaux le plus pesants de Guidance, le groupe y explorant même les tales de Pelican, groupe auquel le trio est souvent comparé et qui a aussi travaillé avec Ballou. Mais la progression de Vorel, et des autres morceaux à haute intensité – Afrika, Calla, notamment -, suit une cohérente logique des ascensions et des descentes calculées.

Comme quand on monte un sommet en «mode acclimatation» à la perte d’oxygène: on descend un peu, mais pas trop, pour mieux remonter. L’album est construit comme ça.  

Bref, on sent qu’on prend part avec le groupe à l’exploration de Guidance, ou plutôt, comme si on était assis en régie avec le grand Ballou. Sans mauvais jeu de mots, on se sent «guidé» dans notre expérience d’écoute. Et c’est parfait.

MA NOTE: 9/10

Russian Circles
Guidance
Sargent House
41 minutes

http://russiancirclesband.com/

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