Pixies - Bossanova - Le Canal Auditif

Pixies – Bossanova

51JWQyae8GLVous ai-je déjà exprimé mon immense affection pour le rock des Pixies? Non? Eh bien, c’est aujourd’hui que ça se passe. Le deuxième album de la bande à Black Francis (désormais Frank Black), Doolittle, a été acquis par votre humble scribe dans un magasin de disques «el cheapo» de la liturgique ville de Cap-de-la-Madeleine; bled adjacent à Trois-Rivières, reconnu plutôt pour son sanctuaire Notre-Dame-du-Cap que pour l’adhésion de sa population conservatrice au rock alternatif décapant… Bref, j’avais acheté ce disque et celui d’un obscur groupe américain nommé Mary My Hope.

Oui, je l’avoue. À l’époque, je me suis immergé sans ménagement dans la musique de Mary My Hope en délaissant pendant quelques mois l’album des Pixies avant de m’y mettre sérieusement. Quel imbécile j’étais, car quand j’ai découvert le rock punkisant, nerveux et hyperactif de Doolittle, il n’y a eu que cet album de valable dans ma vie de jeune adulte, au point où le groupe dans lequel je faisais partie s’est attelé à la tâche afin de concocter une reprise de Gouge Away… avec un certain succès, il va sans dire. Mais ça, c’est une autre histoire!

La vraie anecdote, c’est qu’on célèbre ce mois-ci le vingt-cinquième anniversaire de Bossanova; offrande parue le 13 août 1990 précisément. Après avoir obtenu un succès d’estime avec Doolittle, le quatuor se regroupe alors dans un local de pratique de Boston (ville d’origine de la formation) et c’est le gros Black Francis qui tient solidement les rênes, ayant composé l’immense majorité des titres du disque. Un changement de paradigme assez drastique qui a déstabilisé Kim Deal (basse, voix), Joey Santiago (guitare) et David Lovering (batterie). Puisque notre Charles Thompson national aime bien être en contrôle et qu’il est un communicateur de haut niveau, disons que ce fut le début d’une ère de relations interpersonnelles un peu quelconques entre les membres du groupe…

Toujours avec Gil Norton derrière la console, on retrouve les Pixies en mode nettement moins garage que sur Surfer Rosa (quel disque mes amis!), plus lourd et plus droit au but que sur Dolittle, mais aussi harmonieux, sinon plus. Je pense à Dig For Fire et Havalina sur lesquelles le duo vocal Deal/Francis atteint un certain paroxysme mélodique. Les textes hermétiques/galactiques de Francis ont été rédigés, semble-t-il, sur des serviettes de table, aux dires du corpulent chanteur-guitariste, mais avec Thompson/Francis/Black, il faut vraiment en prendre et en laisser. Notre bedonnant de prédilection est un spécialiste pour confondre les journalistes musicaux un peu trop avides de savantes analyses.

Sans atteindre le climax du précédent effort, les Pixies continuaient à ériger leur légende avec ce Bossanova. Black Francis n’a jamais aussi bien chanté et hurlé que sur ce disque. La guitare surf-punk de Joey Santiago est toujours aussi dissonante. Kim Deal joue un rôle plus effacé, mais y va d’un apport mélodique irréprochable sur quelques chansons et David Lovering fait du David Lovering en se contentant de battre la mesure avec précision.

Rares sont les débuts d’album qui ont obtenu autant d’impact dans ma vie de mélomane que le doublé mettant en vedette l’instrumental Cecilia Ann et la criarde Rock Music sur laquelle Francis s’époumone avec génie. Bossanova regorge d’excellents morceaux: le simple Velouria, la locomotive un peu punk Alison de même que le «every morning and every day, I bossanova with you» scandé avec fureur dans Hang Wire. Néanmoins, Bossanova n’aurait pas la même valeur à mes yeux sans la «loud quiet loud», qui se conclut en mode cosmique: All Over The World. Tout simplement l’une des meilleures ritournelles de tout le corpus chansonnier des Pixies.

Avec Bossanova, l’emprise de Thompson sur le groupe s’accentuait, laissant ainsi de moins en moins d’espace au génie mélodique (et à l’époque pas mal alcoolique) de Kim Deal. Le meneur des Pixies a probablement ressenti le besoin de resserrer la bride sur la bande pour ne plus jamais la relâcher par la suite, ce qui a potentiellement tué le groupe à petit feu. Qu’à cela ne tienne, Bossanova est un excellent disque (y’a-t-il un album de ce groupe qui n’atteint pas le plein épanouissement?) qui met parfaitement la table au chant du cygne de la formation titré Trompe Le Monde.

Tout amateur de musique qui se respecte sait aujourd’hui reconnaître l’immense apport des Pixies dans l’histoire du rock. Un grand groupe de «slackers» élevé aujourd’hui au rang de mythe et en ce qui me concerne, c’est amplement mérité. Les Pixies, ce sont deux immenses créations (Surfer Rosa, Doolittle) et deux maudits bons disques (Bossanova et Trompe Le Monde) qui, encore aujourd’hui, symbolisent les standards supérieurs à atteindre pour tous les Speedy Ortiz et autres consorts qui pullulent actuellement chez nos voisins du Sud. Bon vingt-cinquième anniversaire Bossanova!

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