Neil Young - Peace Trail - Le Canal Auditif

Neil Young – Peace Trail

Disons-le clairement, les plus récents albums studio de Neil Young tournent sérieusement en rond et ennuient plus qu’autre chose. Que ce soit The Monsanto Years, Storytone, et autres, il n’y a rien là-dedans de très réjouissant à se mettre dans les oreilles. Et bien honnêtement, je préfère toujours le vétéran quand il est accompagné par ces salopards de Crazy Horse. Paru en 2012, Psychedelic Pills faisait le travail.

La semaine dernière, Young, accompagné du batteur Jim Keltner et du bassiste Paul Bushnell, nous proposait Peace Trail; un album majoritairement acoustique. Le barde y va de sa poutine politique habituelle tirant à bout portant sur les négationnistes du réchauffement climatique et ceux qui bafouent impunément les droits des Amérindiens en lien avec le projet d’oléoduc qui devait être érigé à Standing Rock, dans le Dakota du Sud.

Le père Young s’est donc installé pendant 4 jours dans le studio Shangri-La appartenant à Rick Rubin. Par contre, il a préféré confier la réalisation à son bon ami John Hanlon. Fidèle à son habitude, Young a écrit ses chansons à la va-vite et s’est empressé de les enregistrer pour demeurer dans l’air du temps (actualités obligent)… et ça paraît. Musicalement, malgré le propos virulent et pertinent, Peace Trail frise l’amateurisme. J’aime l’authenticité chez un songwriter, mais avec Young, la limite est dépassée. Notre homme n’a plus envie de «travailler» sa musique, de la «réaliser» et se soumet ainsi aux diktats de l’inspiration divine. Avec cette méthode paresseuse et hyperactive, il est bien difficile de concevoir des disques musicalement à la hauteur.

Je critique cette musique bancale et brinquebalante, mais je respecte le fait que Young combat obstinément le conservatisme, le racisme et le créationniste un peu nono qui croit dur comme fer que le réchauffement de la planète est une invention de la Chine pour détruire l’économie états-unienne. Le bonhomme n’a pas besoin de se faire «selfiser» sur les réseaux sociaux pour mettre en valeur sa contribution sociale. Non, Young part en tournée avec ses chums et débarque dans des villes que plusieurs de ses semblables millionnaires refuseraient de visiter. Pas assez glamour, je suppose.

Néanmoins, Peace Trail n’est pas un bon disque. C’est une création qui donne l’impression que Neil Young a perdu la «touch», ce je-ne-sais-quoi qui faisait de lui un artiste toujours fascinant à entendre. Pas beaucoup de chansons ont obtenu grâce à mes oreilles. Peut-être le petit penchant Crazy Horse de la chanson titre, Peace Trail, et les explosions d’harmonica dans Texas Rangers. C’est à peu près tout.

Alors? J’arrive à la conclusion que Neil Young devrait engager un réalisateur digne de ce nom, travailler ses chansons et faire un effort pour les rendre intéressantes. Sinon, point de salut en ce qui me concerne, car je considère que la qualité actuelle de sa musique vient grandement diluer le propos… propos dont on aurait franchement besoin d’entendre plus fort en ces temps plus qu’incertains.

Ma note: 4/10

Neil Young
Peace Trail
Reprise Records
38 minutes

https://www.facebook.com/NeilYoung/

Commentaires

  1. Fabrice a écrit : :

    Alors je suis tout à fait d’accord avec cette critique : le Loner avait sorti un album tonitruant de fraîcheur, de riffs ravageurs en 2012 avec Psychedelic Pills et depuis … pas grand chose malheureusement !
    Monsieur Young a privilégié l’authenticité des textes avec « The letter home » album créée en 2014 dans une cabine d’enregistrement des années 40 avec un son « particulier », pourquoi pas ? Il recommence son militantisme amoureux de la Grande Bleue avec Storytone la même année avec un double album un peu léger mais bon on a le droit de s’essouffler un peu avec ce rythme effréné de production !
    Puis on entend que le Crazy Horse veut s’éloigner un peu de la scène et notre canadien préféré enrole une bande de grunges fermiers aux chemises à carreaux motivés dénommée « Promise of the real » pour en 2015, militer contre le géant de l’agriculture dangereuse avec « Monsanto Years ». La mayonnaise pour moi reste bien fade.
    Ce nouvel album « Peace Trail » est trop court et trop léger pour rentrer dans le haut de sa fabuleuse carrière.
    10 titres pour 38 minutes seulement. Vite écouté et malheureusement vite oublié ! Damage done !
    Neil Young est un maître et restera pour toujours un maître mais que notre loner semble bien perdu dans la plaine à pied et sans son cheval fou. J’espère revoir un nouvel album très vite et à consonance électrique alors retournons dans les archives de sa richissime discographie en attendant des jours meilleurs. Respect monsieur tout de même.

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Tu as tout dit et tu complètes ma réflexion. Cela dit, respect à l’artiste, mais à force d’être «immédiat», le père Young oublie de travailler. En même temps, avec tout ce qu’il a créé de qualité au cours de sa longue carrière, il a bien droit de faire à sa tête. Merci de ce commentaire pertinent.

  2. C’est quand même très drôle de lire une critique du style propre de Neil Young : écrire ,composer et enregistrer sur le vif, dans l’inspiration du moment, et de regretter dans le même jet le « travail » avec Crazy Horse… et ses albums antérieurs
    … alors que la plupart des titres enregistrés avec CH l’ont été sans aucune répétition, pure impro, et que ce qui est gravé sur l’album, c’est la première prise. Psychedelic Pill tout spécialement n’est qu’une longue session de pure impro. ( voir interview de Poncho Sampedro )
    … alors que nombre des anciens morceaux de Neil ont été écrits et composés en 5 min, comme Ohio, Mr Soul, Cowgirl In The Sand, Down By The River etc…etc…
    C’est la méthode de Neil et ça l’a toujours été: composer tout ce qui lui vient, tout enregistrer, et dans le lot, parfois, on trouve une perle rare. D’autres titres prennent leur temps, rejetés lors de leur sortie, ils deviennent des standards avec les années, comme Tonight’s The Night, que personne ne trouvait « à la hauteur  » de Harvest à l’époque, au point d’en refuser l’édition pendant des années.
    Alors quoi ? Neil travaille à la manière de Neil…. et sur ses 400 titres, une centaine seulement sont des chefs d’oeuvre immortels? Bah…. Je n’ai qu’un mot à dire : continue Neil. Moi, je ne m’ennuie jamais avec toi.

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Excellent commentaire. Tu as parfaitement raison, c’est une critique de son style. Cela dit, son style fonctionne nettement moins depuis quelques albums. Alors, logiquement, Young serait peut-être dû pour brasser la sauce, s’entourer d’une nouvelle équipe, faire confiance à un réalisateur… Mais bon, il ne le fera pas et c’est tout à fait droit. Ça fait longtemps qu’il a le respect de tous. En ce qui me concerne, je décroche de son oeuvre récente, un point c’est tout. Et ça n’enlève rien aux accomplissements de Young. Merci.

      • serge a écrit : :

        Cela me fait toujours sourire…ceux qui cherchent chez un artiste ce qu’ils aiment et non ce qu’il a à offrir!
        On a des oreilles pour écouter…la musique….pas la nostalgie d’hier….pour les sourds écouter sur ce disque le travail de l’excellent Jim Keltner avec le jeu de Neil le toujours jeune…..c’est tellement une grosse coche au-dessus du pathétique disque simili-blues des Stones….l’art de bien vieillir c’est Neil !
        Keep on rockin in a free wolrd!

        • Stéphane Deslauriers a écrit : :

          En tout respect mon cher Serge, le dernier album de Neil ne se résume pas seulement au jeu de Jim Keltner. Ce que je dis clairement dans ce texte (et je le répète), la recette « Young » commence à être éculée. Le fait d’arriver en studio avec des chansons écrites à la va-vite (quasi improvisées), je crois sincèrement qu’on a fait le tour… et si tu lis bien ma critique, je dis qu’avec la carrière qu’il a eue, le père Young peut bien faire ce qu’il veut. Mais en ce qui me concerne, je vais laisser le soin à d’autres de l’apprécier. Neil Young a longtemps bien vieilli. Plus maintenant. Cela dit, je respecte ton point de vue.

          • serge a écrit : :

            Je respecte aussi le tien….tout n,est que perception….Neil a-t-il aussi mal vieilli que les Stones …
            que Dylan chantant Sinatra….tout n,est que perception….bonne journée et chouette réponse….

          • Stéphane Deslauriers a écrit : :

            C’est sûr que Young s’en sort nettement mieux que les Stone ou que Dylan. Tout à fait d’accord. C’est la raison pour laquelle on jase de ses disques sur Le Canal Auditif parce qu’on croit encore qu’il est (ou qu’il peut être) pertinent. Merci encore pour le commentaire!

  3. franckmod a écrit : :

    Bonjour, je découvre l’album depuis quelques jours seulement et comme je le trouve très excellent, j’ai voulu lire de qu’on en dit sur le web. Je vous trouve très dur dans vos commentaires. Perso, je ne connais pas tous ses albums, mais il est certain que j’accroche bien sur celui-ci, hypnotisé que je suis pas son new robot, et d’une manière générale j’adore le style dépouillé de cet album et son homogénéité.

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Tu as tout à fait le droit à ton opinion. Je ne critique pas l’ensemble de l’oeuvre de ce grand artiste. Je dis tout simplement que Neil Young, depuis quelques albums, est loin d’être à son meilleur. Merci pour le commentaire.

  4. Yves Brisavois a écrit : :

    Je ne suis pas d’accord PEACE TRAIL est un excellent CD n’en déplaise à tous les grincheux. Il est bien plus convainquant que les Stones ou Clapton (8 ans pour faire un album de reprise…) et j’ajouterai que l’avant dernier MONSANTO YEARS était excellent et que dire de ses concerts…bravo l’artiste

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Eh bien, ma foi, jamais je n’aurais pensé que cette critique aurait pu provoquer autant de réactions… Cela dit, je répète ce que j’ai répondu à tous ceux qui sont en désaccord avec mon jugement. J’adore Neil Young le rebelle, l’activiste et l’artiste, mais je n’en démords, il est capable de beaucoup mieux que Monsanto Years et Peace Trail. La preuve? L’excellent Psychedelic Pill avec ces bons vieux salopards de Crazy Horse. Cela dit, vous avez parfaitement le droit d’aimer ces deux disques, mais je réitère que le père Young est toujours à son meilleur avec son « cheval fou ».

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