Morrissey - World Peace Is None Of Your Business - Le Canal Auditif

Morrissey – World Peace Is None Of Your Business

Morrissey_world_peace_artwork_541_543L’indomptable vétéran chanteur britannique Steven Patrick Morrissey est de retour aujourd’hui même avec une dixième parution solo éloquemment intitulée World Peace Is None Of Your Business; titre qui donne le ton à un album aux effluves littéraires résolument acrimonieux, le chanteur exprimant sans fioritures poétiques sa vision manichéenne de l’humanité (mais ô combien jouissive pour le mélomane en mal de verbe vitriolique) dans un monde qui se veut de plus en plus conservateur…

Pour bien saisir l’essence des propos véhiculés sur cette production, il faut sérieusement s’attarder aux textes du Moz. Si la pièce-titre est un constat implacable sur la pratique douteuse de la démocratie occidentale (qui parfois évoque un certain féodalisme), les autres morceaux meublant ce World Peace ne s’en laissent pas imposer, tant s’en faut! Par exemple, Staircase At The University évoque le suicide d’un étudiant étouffé par la pression parentale et par le concept de réussite à n’importe quel prix, The Bullfighter Dies prend le légendaire parti pris que le chanteur a toujours eu pour le droit des animaux ainsi qu’I’m Not A Man sur laquelle Morrissey lâche ceci: «I’d never destroy this planet I am on!/What’ya think I am, a man?». Bref, rien de bien jojo, mais l’homme a le mérite d’être d’une honnêteté et d’une franchise implacables et on ne peut reprocher un quelconque louvoyage au vétéran.

Ceci dit, est-ce musicalement à la hauteur? Ce disque, réalisé de main de maître par Joe Chicarelli, évoque souvent l’univers musical prodigué à l’époque par les Smiths, grâce à l’excellent jeu de guitare du comparse de longue date Boz Boorer, et allie quelques salves orchestrales frémissantes qui propulsent à l’avant-plan le singulier grain de voix de Morrissey.

En contrepartie, quelques choix créatifs discutables sont venus amoindrir l’appréciation de ce World Peace. On fait référence à cette mixture suspecte d’exhalaisons sonores latines et de rock «smitheresque» apparaissant sur Earth Is The Loneliest Planet de même que le solo de guitare acoustique remémorant quelque peu les Gipsy Kings (un peu de mauvaise foi ici…) sur Staircase At The University. Cet amalgame rock latino n’a jamais vraiment plus à l’auteur de ces lignes…

Ce qui a toujours fait la grande force de Morrissey est ce contraste frappant entre son célèbre discours acidulé/fielleux et cette musique rock au romantisme exacerbé et mélodiquement maniéré qu’il a toujours conçu. Parmi les réussites de cet album, on note l’excellent pamphlet politique World Peace Is None Of Your Business, la très rock Neal Cassidy Drops Dead, la touchante I’m Not A Man, la très The Smiths titrée The Bullfighter Dies ainsi que la prenante Smile With Knife qui raconte une histoire d’amour se terminant dans un bain de sang. Ce World Peace se conclut superbement avec du Morrissey à son meilleur avec Mountjoy et Oboe Concerto.

Même si le vénérable créateur fait toujours preuve d’une incohérence idéologique crasse (notre homme a refusé de diffuser en écoute libre son album au Canada puisque les Canadiens sont réputés mondialement pour être de grands chasseurs de phoques, mais ça ne l’a absolument pas empêché d’aller tourner aux États-Unis; ce grand paradis des tueries à grands coups d’armes à feu en vente à qui le veut bien…) notre homme demeure un artiste pertinent et crédible et il en fait encore la preuve avec cette parution. Sans atteindre les standards de Your Arsenal ou encore de You Are The Quarry, Morrissey se tire manifestement bien d’affaire. À 55 ans bien sonnés, on ne peut en demander plus!

Ma note: 6,5/10

Morrissey
World Peace Is None Of Your Business
Harvest/Capitol
56 minutes

www.morrissey-solo.com

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