Modest Mouse - Strangers To Ourselves - Le Canal Auditif

Modest Mouse – Strangers To Ourselves

Modest MouseModest Mouse est de retour cette semaine après huit d’absence. Ça commençait à faire un bail pour le groupe formé en 1993 à Issaquah, Washington. Mené par un leader assez stoïque et un peu antisocial nommé Isaac Brook, Modest Mouse détient à son actif deux disques de très grande qualité: l’immense The Moon And The Antartica (2000) et le populaire (grâce à l’improbable succès Float On) Good News For People Who Love Bad News (2004).

L’histoire de la formation américaine tient pratiquement du conte de fées. S’il y avait une bande qui n’était pas destiné au succès de masse, c’était bien Modest Mouse, tant pour l’attitude «retirée» de ses membres que par la musique labyrinthique présentée par le groupe… jusqu’à Good News For People Who Love Bad News. Après Float On, ce fût le déluge et Isaac Brook est devenu encore plus silencieux accordant très peu d’entrevues aux grands médias. Concrètement, Modest Mouse est incapable de réelle prévisibilité.

Ce Strangers To Ourselves ne déroge pas à la règle. Voilà encore une parution fort valable à ajouter à un compteur chansonnier assez garni. Pas un grand disque, mais Modest Mouse, après tant d’années de réclusion, s’offre un tour de piste somme toute fort satisfaisant. Encore une fois, Brook et ses acolytes présentent un album inclassable, mélodiquement singulier, qui allie rock, folk, pop faussement racoleur (voir Pistol (A Common, Miami, FL, 1996)), quelques déflagrations évoquant les bons vieux Pixies ainsi que de rares moments frémissants (la conclusive Of Course We Know).

Chez Modest Mouse, réside toujours cette même constante: tous les disques présentés depuis les balbutiements du groupe demandent un effort d’écoute diligent afin de découvrir les nombreuses petites surprises sonores étalées subtilement tout au long de leurs albums. Ce Strangers To Ourselves ne fait pas exception à la règle. Ça vieillit bien et le sextuor est toujours aussi aisément identifiable à la faveur des habiles (et superbes) arrangements guitaristiques ainsi que des mélodies saccadées et uniques de Brook.

Un disque que certains sanguins pourraient trouver un peu longuet, mais pour le mélomane patient, Strangers To Ourselves offre plus que sa part de récompenses. On pense aux guitares quasi funk entendues sur The Ground Walks, With Time In A Box, au riff salopé en introduction de The Tortoise And The Tourist, la fédératrice Be Brave ainsi qu’à la carnavalesque Sugar Boats. Évidemment, la réalisation est tonitruante (comme d’habitude), mais curieusement, ça ne sert pas toujours très bien les morceaux rock de Modest Mouse. Défaut qui perdure depuis Good News.

Au final, si vous êtes persévérants, vous pourriez être happé sournoisement par cette conception sonore. Pour ce qui est des boulimiques pressés qui préfèrent faire du «name dropping» plutôt que d’apprécier et d’approfondir la musique (par faute de temps, ce qui est fort pardonnable ou par souci «d’hipsterisme», ce qui l’est moins) n’auront pas envie de passer du temps en compagnie de Modest Mouse.

Ma note: 7/10

Modest Mouse
Strangers To Ourselves
Epic Records
57 minutes

http://modestmouse.com

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