Magrudergrind - II - Le Canal Auditif

Magrudergrind – II

MagrudergrindII est le vitriolique retour sur disque du trio brooklynois Magrudergrind. Vitriolique quoiqu’inattendu retour parce qu’après la leçon de brutalité qu’était l’exercice homonyme de 2009, le groupe s’est fait silencieux. Il y a bien sûr eu le EP Crusher, paru en 2010, mais il n’y avait pas là de quoi écrire à sa mère. Et j’insiste.

Car Magrudergrind, disons que ça sonne exactement comme le nom du band plein de consonnes: c’est comme se faire passer un rotoculteur dans face.

Le trio qui est associé au courant grindcore et powerviolence, revient sur II (qui est en fait son troisième album?!) avec des sonorités plus proches du d-beat. Mais au-delà de ces étiquettes qui partagent beaucoup, disons qu’à l’instar des icônes du grind et du d-beat, Napalm Death et Discharge, Magrudergrind fait également dans le «thrash-anarcho-en-tabarnak».

Sur le plan des sonorités, ces deux pôles d’influence se côtoient harmonieusement (c’est drôle à dire dans ce cas-ci) tout au long de II. On y retrouve ce ton de guitare, caractéristique du son d’Entombed, que l’on compare à une scie (buzzsaw guitar), de même que les fameux blast beats, le chaos permanent et l’agression érigée en système qui crée une expérience d’écoute digne de l’état de nature hobbésien (mettons)!

Sur le plan de la livraison, même si on ne peut pas reprocher à Magrudergrind d’être laxiste côté technique, l’album manque tout de même de relief. Je suis conscient que c’est sans doute absurde de dire une pareille chose après avoir statué que le groupe faisait dans l’ultraviolence garrochée au prix du gros. Mais II se contente de secouer alors qu’il a le potentiel de mettre le feu à l’enfer (hé hé).

Et pourtant, c’est le grand Kurt Ballou qui réalise. Disons qu’il n’a pas l’habitude de livrer un produit terne. Christopher Luedtke de Metal Injection soutient que Ballou n’est pas le plus habile pour enregistrer les fameux blast beats propres au style hautement percussif du grind/d-beat. Hypothèse partagée en partie: c’est vrai qu’après avoir réécouté II après avoir lu Luedkte ça m’est apparu clair que les tambours manquaient de «snap» et les cymbales d’effets laser (désolé, je ne suis pas drummer)! Je m’explique: c’est comme si Ballou avait gardé ses «presets» de Doomriders pour la batterie. Malgré le jeu de Casey Moore, irréprochable, le tout sonne finalement assez feutré.

Mais hypothèse rejetée: Ballou a aussi réalisé l’album précédent et c’était sans faille.

Bref le principal attrait de II demeure dans le fait qu’il nous en fait prendre plein la gueule et qu’il donne globalement l’envie de se verser des pichets sur la tête.

Et j’ajouterais en terminant que je suis tombé cette semaine sur cette vidéo au contenu graphique où des métalleux/punks «éruptent» dans une manifestation du Ku Klux Klan à Anaheim et tabassent souverainement les néonazis et je me suis dit: me semble que les gars devaient se crinquer juste avant avec du Magrudergrind

Et le trio n’aurait certainement pas condamné le geste. On les imagine commenter la scène: «C’est pas de la violence dude, c’est de la justice active et participative».

Des gars fâchés, mais ben corrects Magrudergrind pareil einh?

Ma note: 7,5/10

Magrudergrind
II
Relapse Records (2016)
24 minutes

https://magrudergrind.bandcamp.com/

https://magrudergrind.bandcamp.com/track/black-banner

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